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?Cancer? de l?éducation nationale ?

28 juillet 2006, 00:00

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Mal nécessaire, aide supplémentaire aux élèves, perversion d?une éducation nationale ultra-compétitive ou besoin fondamental ? Comment faut-il considérer les leçons particulières ? Alors que le ministre de l?Education, Dharam Gokhool, estime que c?est aux parents de prendre leurs responsabilités, d?autres professionnels tirent à boulets rouges.

Pour de nombreux pédagogues, les leçons particulières ne sont pas ce qu?elles devraient être : un soutien pour ceux qui en ressentent le besoin. En réalité, elles sont perçues comme essentielles pour réussir brillamment les études dans un système orienté vers la compétition.

?En fait, les leçons particulières, c?est un vrai cancer. ça ne sert strictement à rien. ça a transformé les enseignants en hommes d?affaires au lieu de professionnels dévoués?, regrette ce dirigeant d?un syndicat du domaine éducatif. ?Mais tout le monde est hypocrite sur le sujet. L?on vous dira que les leçons sont nécessaires et en cas d?excès on blâme les parents. En fait, tout le monde est coupable?, confie-t-il sous le couvert de l?anonymat.

Répondant à une question parlementaire mardi dernier, Dharam Gokhool laisse entendre qu?il ?n?envisage pas de réguler de manière unilatérale ou de prendre des sanctions contre les leçons privées parce que la responsabilité repose sur les épaules des parents?. En revanche, une équipe du ministère a étudié leurs différentes implications et a soumis un rapport préliminaire récemment.

Véritable industrie parallèle dans un pays qui se vante d?avoir un système éducatif gratuit, les leçons représentent une manne de roupies sonnantes et trébuchantes pour bon nombre d?enseignants. Environ 20 % d?entre eux y succombent. A tel point que certains sont carrément devenus des donneurs de leçons professionnels, s?étant fait un nom dans les établissements scolaires. Les ?faiseurs de lauréats? les plus demandés taxent environ Rs 800 par tête. Avec 200 élèves qui payent cette somme tous les mois, les comptes sont vite faits.

Mais, pour Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers? Union (GHTU), il ne faut pas diaboliser les leçons. ?C?est régi par l?offre et la demande. Ce sont souvent les parents eux-mêmes qui veulent que l?on donne des leçons. C?est un besoin fondamental et qui est bien ancré dans notre culture.? En revanche, il fait la distinction entre le primaire et le secondaire. ?Au primaire, c?est assez bien réglementé alors qu?au secondaire, il n?y a strictement rien. Il n?y a pas d?humanisme à ce niveau-là. Il serait bon d?y mettre de l?ordre.?

?Cela donne bonne conscience au parent, lui permet de transférer ses responsabilités sur l?épaule du prof. En cas d?échec, il pourra toujours dire qu?il a fait le maximum pour son enfant, c?est-à-dire payer des leçons...?

Entre autres mesures, au primaire il est interdit de donner des leçons particulières à des écoliers de Std I à III. Pour les autres classes, janvier, décembre, les week-ends et jours de fête ne peuvent être utilisés pour donner des leçons.

Pour le reste, pas de leçons les matins et après cinq heures de l?après-midi et uniquement trois jours par semaine. Le maximum est de six heures de leçons par semaine pour un enfant. Reste qu?il n?y a personne pour appliquer cet article de l?Education Act. Au secondaire, tout est permis.

Tout en qualifiant les leçons de mal nécessaire, Vinod Seegum, président de la Government Teachers? Union (GTU), reconnaît que c?est un ?fléau? au secondaire. Des mesures concrètes doivent également être prises, dit-il, pour ?éviter des abus?. Combien d?enfants sont laissés de côté parce qu?ils ne prennent pas des leçons chez leur prof de classe ? ?Le seul moyen de diminuer les leçons c?est d?alléger le curriculum. Au primaire, le prof ne parvient pas à terminer le programme dans le temps réglementaire?, affirme Vinod Seegum.

Il évoque également la pression parentale. ?La réalité crue est que si un enseignant qui deliver the goods ne donne pas de leçons, les risques pour que les parents exigent qu?il soit transféré sont forts?, confie le syndicaliste. Enseignants piégés par l?ambition parentale ? Parents pris entre les tenailles de certains profs ? C?est sans doute un peu des deux.

Hervé de St-Pern, directeur du Bureau de l?éducation catholique (BEC) est, pour sa part, un farouche opposant des leçons particulières. ?C?est totalement inutile. C?est un cercle vicieux et tant que c?est la compétition qui régulera notre éducation, il ne pourra être cassé. Les parents en demandent, les enseignants en proposent.? Pour prouver que les leçons sont totalement inutiles, il expose une logique implacable. ?Malgré les leçons, le taux d?échec reste particulièrement élevé à Maurice. Au CPE, environ 40 % d?enfants ne réussissent pas.?

Kadress Pillay, ancien ministre de l?Education (de juillet 1997 à septembre 2000), est plus explicite encore. ?Les leçons ne sont pas particulières à Maurice, C?est une classe répétée et rien de plus. Une leçon particulière devrait être donnée à un ou deux enfants à la fois et non à 40 en même temps. C?est de la pédagogie prêt-à-porter où le prof vient avec une méthode et l?enfant doit l?adopter. Et s?il ne le peut pas, eh bien, tant pis pour lui.? Les leçons telles que pratiquées à Maurice sont à ses yeux ?une faillite de l?école?. Ni plus ni moins. ?On force nos enfants à avaler et dégurgiter. C?est une tragédie.?

Une étude réalisée par un des directeurs de l?Education, Dharam Kulpoo, en 1998, démontre d?ailleurs que les leçons n?apportent strictement rien à l?enfant. ?Au lieu d?être un moyen de rattrapage pour les élèves en difficulté, c?est de l?exploitation. Au mieux, elles permettent de consolider la mémorisation, mais rien de plus. Finalement, avec un système qui produit 40 % d?échec, l?on voit que ces leçons ne sont qu?une grande illusion?, s?emporte Kadress Pillay qui a lutté en vain contre ce phénomène lorsqu?il était ministre.

Alléger le programme d?études

Mais cela donne bonne conscience au parent, lui permet de transférer ses responsabilités sur les épaules du prof. En cas d?échec, il pourra toujours dire qu?il a fait le maximum pour son enfant, c?est-à-dire, payer des leçons...

Mais quelle est la solution ? Pour les enseignants du primaire, il faut alléger le programme d?études. Pour Kadress Pillay, il faut introduire une pédagogie différenciée où des leçons peuvent être données à un maximum de cinq élèves en difficulté scolaire à la fois. Mais pour cela, il faut une volonté politique et actuellement, elle ne se manifeste pas. ?Si le gouvernement a pu arrêter les subsides sur le riz ration et la farine, pourquoi ne peut-il pas mettre un stop aux leçons ?? se demande-t-il.

Et cela ne peut se faire sans bouleverser complètement notre système actuel pour le rendre moins orienté vers la performance. Pour Hervé de St-Pern, ?le secteur éducatif est basé sur un système de répétition. C?est l?approche et la méthode qui doivent changer en même temps que les mentalités si nous voulons changer quelque chose...?

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