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La diaspora à l?heure de Kadress Venkatachellum
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La diaspora à l?heure de Kadress Venkatachellum
Le symposium Pas bliyé nou rasinn ravive le débat pour ou contre la diaspora mauricienne et le rôle qu?elle doit jouer dans le développement durable de notre île Maurice. Entre le rien-à-attendre-de-ces-traîtres-à-l?Indépendance et le vivement-qu?ils-investissent-leurs-économies-dans-nos-projets, il y a place pour un nombre appréciable d?initiatives. Attardons-nous sur les meilleures pour mieux glisser sur les moins recommandables, en espérant que nos frères et soeurs de l?au-delà du Bell Buoy auront la même indulgence à l?égard de nos vicissitudes. A la mi-juillet 1981, la presse présente un fils du sol ayant fait montre de nombreux talents à l?étranger, en la personne de Kadress Venkatachellum.
Il revient sur sa terre natale, en tant que, excusez du peu ! représentant de la Banque africaine de développement (BAD) à l?inauguration du tronçon Albion Dock/Terre-Rouge de l?autoroute du Nord. Elle ne relie pas encore, l?autoroute Saint-Jean-Place Labourdonnais à la circulation au nord de Port-Louis mais tout vient à point à qui sait attendre, embouteillages chroniques non compris. Il ne cache pas sa fierté de représenter la BAD auprès de nos grosses légumes politiques, encore qu?il ne peut prendre place dans la limousine inaugurale avec les ministres Ramgoolam, Ringadoo et Emmanuel Bussier. Depuis 1979, il agit comme ?Executive Director? de la BAD ?une des plus hautes fonctions qu?un Mauricien ait jamais occupées au sein de cette institution?. Il est basé à Abidjan, Côte d?Ivoire, pays qu?il estime ?excessivement développé?. Il avoue toutefois que notre mère, l?Afrique, n?a pas encore trouvé son identité. Elle constitue pourtant un bon débouché pour nombre de Mauriciens pourvu qu?ils aient ?le sens de l?aventure?. Il juge primordial le dialogue Sud-Sud si l?on veut faire fructifier celui Nord-Sud.
Afrique, planche de salut pour chômeurs mauriciens : il y croit. Ils sont même nombreux à oser cette aventure. Il dit rencontrer des Mauriciens aux quatre coins du continent africain. Il cite, en exemple, deux managers mauriciens de la Citibank au Sénégal et au Niger.
Généreusement, il confie que le bilinguisme mauricien est un atout considérable. Il y voit un débouché extraordinaire pour les enseignants locaux pour peu que les pays africains se convertissent aux vertus du bilinguisme et même pourquoi pas du multilinguisme. La Zambie montre la voie, à cet effet. Les firmes anglaises et américaines, implantées en Afrique, apprécient énormément le bilinguisme des nôtres, plus ou moins rallié au français ze conne, anglais zé débrie, si cher à notre Volcy national. Secrétaires bilingues mauriciennes, l?Afrique vous réclame, ou plus exactement, les entreprises américaines ou européennes qui s?y installent.
Comment alors expliquer la méfiance et la réticence locales pour l?Afrique ? Notre ignorance crasse en est la seule cause. Nous ne connaissons pas l?Afrique et nous nous en faisons une idée totalement inexacte. L?ignorance est d?ailleurs la mère de la peur. Ce continent n?est plus la jungle et les bêtes sauvages. La faute en est aux médias occidentaux persistant à diffuser l?image de l?Afrique qui sert leurs intérêts et leurs fantasmes. Ils consentent surtout d?en parler à l?heure des grandes catastrophes. Il faudrait une agence africaine d?informations.
On parle, il est vrai, depuis un quart de siècle de celle-ci. Le moins qu?on puisse dire, à ce sujet, c?est que la PANA n?est guère parvenue à se faire une place dans le firmament médiatique mondial. Existe-t-elle toujours ? A-t-elle encore un représentant à Maurice ? Est-elle encore utilisée par nos services d?informations gouvernementales, au même titre que l?AFP, Reuter et des chaînes d?informations indiennes ? Notre MBC (Radio et Télévision) utilise-t-elle couramment les informations diffusées par la PANA ? Nos lecteurs nous excuseront de ne pouvoir répondre à ces questions.
Kadress Venkatachellum dit, en juillet 1981, que le Mauricien s?étonne en débarquant en Afrique d?y voir de grands aéroports, des autoroutes, des grandes surfaces, des gratte-ciel. Ce dernier comprend alors que ce continent n?est plus le territoire vierge qu?explorent les David Livingstone, Stanley, Pierre Savorgnan de Brazza, René Caillié et autres François-Joseph Lamy, l?homme-fort du Tchad.
Il ne tarit pas d?éloges sur la BAD qui l?emploie et qu?il considère comme le seul organisme, dans le domaine économique, à avoir une approche vraiment africaine. Son personnel est entièrement africain, assez familier aux problèmes de ce continent pour pouvoir les anticiper et même les solutionner. Le Mauricien est peut-être plus développé et plus cultivé que l?Africain mais son modèle à suivre demeure occidental, sinon européen, au lieu d?être africain. Il a les pieds en Afrique mais sa tête rêve d?Europe, d?Amérique, d?Asie, d?Océanie. L?identité africaine, comme la mauricienne, est encore en gestation. Difficile de se libérer d?un seul coup de ses colonisateurs européens. Même le système éducatif s?emploie à freiner la mise au point d?une identité africaine. Un pas est toutefois franchi dans la bonne direction : on sait, au moins, que cette identité africaine doit exister. Kadress Venkatachellum ne sait pas s?il est déjà plus africain que mauricien. Il sent cependant qu?il devient de plus en plus Africain. ?Il faut vivre en Afrique pour découvrir tout ce qui lie Maurice à ce continent.?
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