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Bojer envoie à Londres un coco-fesse
Wenceslas Bojer réussit tout le long de ses recherches, l?exploit de réconcilier ses explorations, ses multiples correspondances avec ses contacts à l?étranger, correspondances exigeant parfois l?envoi de spécimens, devant respecter les lois de la conservation des espèces, de longs rapports descriptifs, et la nécessité d?acclimater à Maurice les nouvelles variétés de fruits, de légumes, de plantes, susceptibles de renforcer les assises économiques de l?île.
Son association, d?abord avec Charles Telfair à Bois Chéri, Moka, et ensuite avec le jardin botanique des Pamplemousses lui permet de mettre en place un service d?échanges des plus précieux entre botanistes du monde entier. Cela permet aussi l?introduction, à Maurice, des plantes les plus utiles et aux valeurs ornementales les plus grandes. Il lui permet encore d?exporter nos plantes indigènes les plus recherchées au monde.
Mais aucun de ses envois ne connaît autant de succès et de retentissement que celui d?un coco-de-mer (coco-fesse) des Seychelles à Kew Garden. De cet archipel, Bojer reçoit, en effet, une noix montrant des signes de germination et qu?il met en terre dans un énorme caisson de bois. Dix-huit mois plus tard, émerge la première palme qui atteint vite une hauteur de quatre pieds. Il écrit à Sir William Hooker, l?informant de son projet d?expédier en Angleterre son coco-de-mer naissant. Il imagine même de construire une mini-Crystal Palace de verre car rien n?est trop confortable pour la plante de tous ses espoirs. L?apparition d?une seconde palme empêche la réalisation de cette mini-serre. Le coco-de-mer, expédié par Bojer, parviendra heureusement à destination, en relativement bon état. Notre savant a la consolation d?apprendre que sa plante, le ?Prince des Princes?, est bel et bien le premier coco-de-mer à être introduit en Europe.
Bojer s?intéresse beaucoup aux manguiers. Il noue amitié avec un maître-greffier bourbonnais qui lui permet d?introduire à Maurice le?fruit de ses croisements les plus réussis. Mme de Chazal-Moon lui est d?une aide précieuse pour la description et l?illustration des variétés ainsi reçues. Il se propose de publier ce recueil botanique sous le titre : Mangologia Mauritiana. Ce projet, si louable, ne verra malheureusement pas le jour.
En 1826, le gouverneur Lowry Cole crée une chaire de botanique au Collège Royal de Maurice et la confie, bien sûr, à Wenceslas Bojer. Cela l?oblige à retourner au collège trois fois par semaine. Les cours commencent à 6h30 du matin. C?est vrai qu?il n?y a pas à l?époque, d?embouteillages chroniques, chaque matin, entre Moka et Port-Louis. Bojer innove aussi en instituant des classes en plein air et même des excursions dans des endroits aussi excentrés que la Savane. Elles ont au moins le mérite d?augmenter considérablement les collections d?histoire naturelle existantes.
La chaire de botanique sera, hélas, abolie par mesure d?économie. Cette mesure administrative ne décourage pas pour autant Bojer de se rendre au Collège Royal pour donner, de temps en temps, une conférence publique sur un sujet scientifique de son choix. En 1855, il sera renommé professeur d?histoire naturelle et de chimie agricole du Collège Royal. Il était temps car il décède l?année suivante. Le lot de consolation officielle aura été de courte durée.
Bojer est aussi partie prenante du musée naissant appelé à devenir par la suite l?Institut de Maurice. La Société d?Histoire Naturelle de Maurice regroupe, bien sûr, plusieurs naturalistes passionnés, possédant leurs collections personnelles, les unes plus précieuses que les autres. Parmi elles, se trouvent la collection d?oiseaux et de poissons de Julien Desjardins. A sa mort, ses héritiers en font don à la colonie. Elle constituera le noyau du futur musée de l?Institut de Maurice. La collection Desjardins s?installe au Collège Royal qui se trouve alors à l?emplacement tristement occupé aujourd?hui par l?hôpital Dr-Jeetoo de Port-Louis. Elle est ouverte au public en 1842.
Bojer en devient le premier curateur avec un salaire annuel de _ 240. La générosité gouvernementale sera un feu de paille, comme c?est souvent le cas pour les savants, chercheurs, artistes et collectionneurs. Vite, une somme de _ 96 est déduite des salaires de Bojer, sous prétexte que des livres lui ont été retirés dans le but de créer la bibliothèque municipale de Port-Louis. La Société de l?Histoire Naturelle doit puiser dans ses fonds pour lui adjoindre un taxidermiste, recevant _ 36 par an. Le nouveau musée peut se glorifier de recevoir 4 000 visiteurs entre 1842 et 1849.
Compte tenu de l?expérience acquise par Bojer auprès de Von Sternberg, le gouverneur Farquhar lui demande, dès son arrivée à Maurice, de l?aider dans l?entretien et la prise en charge du jardin botanique des Pamplemousses. Après la mort de Newman, cause de tant de déprédations de ce jardin, Bojer est de nouveau prié d?aider à la bonne gestion de cette institution renommée. Il est l?homme indiqué pour prendre charge de l?entreprise. Mais Londres, à plus de 10 000 kilomètres de Maurice, en décide autrement et envoie, à Maurice, James Duncan que l?ampleur de la tâche et des responsabilités nouvelles, qui l?attendant, terrifient au plus haut point. Il veut même retourner à Londres par le bateau qui la conduit à Maurice. Bojer prend tout cela avec un calme exemplaire. Maurice le nomme. Londres décide autrement et envoie quelqu?un d?autre qu?il doit prendre en main et encourager à persévérer. So what ! Bel exemple de dévouement et de désintéressement. Bojer aidera considérablement Duncan à produire le catalogue des plantes du jardin de Pamplemousses. Ce document sera publié en 1869.
Cette série d?articles sur la vie et l?oeuvre de Bojer s?achève ici. Elle se base entièrement sur l?hommage que rend le Dr Reginald Vaughan à Wenceslas Bojer, à l?occasion du centenaire de la mort de ce savant, à qui l?île Maurice, sa patrie d?adoption, doit tant. Le Dr Vaughan a toutefois parfaitement raison quand il précise, en 1956, que la biographie définitive de Wencelas Bojer reste à écrire. Avis aux amateurs.
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