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Malcolm de Chazal, Jésus ou Judas ?

24 juillet 2006, 00:00

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Surtout ne pas être effrayé. D?abord aider le bonhomme Malcolm à ôter son chapeau et à accrocher sa veste à une patère. En somme se débarrasser de sa réputation d?auteur hermétique. Et enfin dialoguer avec lui.

Prendre la précaution de se faire accompagner d?un solide interprète. Un universitaire armé de patience et de minutie. En l?occurrence le Pr Serge Rivière. Et découvrir sous sa conduite deux pièces de théâtre de Malcolm de Chazal. Iésou : Théâtre mythique en six actes ( 1950) suivi de Judas, Théâtre (1953). Ce texte établi, annoté et présenté par Serge Rivière sera lancé aujourd?hui par Mahendra Gowressoo, ministre des Arts et de la Culture.

Première étape avant de se laisser porter par ce Malcolm méconnu (de de Chazal, nous connaissons surtout ses peintures et sa poésie) : le pardon. La réconciliation avec un personnage qui n?a pas caché son mépris pour le public local (de son temps). Accablé à l?époque par la critique, Malcolm disait de ses compatriotes que nous étions ?trop peu éclairés pour comprendre ses pensées?. Pire, que nous étions atteints du ?complexe chazalien (?) le refus des nouveaux temps, le refus de la poésie, le refus du vivant?.

Serge Rivière note que Edmée Le Breton, amie de Malcolm, a consigné dans son journal, les phrases dures : ?On me traite de possédé (?) Mes livres sont critiqués sans être lus. Ils n?ont qu?un succès de curiosité, ils ne retiennent que par leurs audaces.?

Le travail de l?universitaire ( Serge Rivière est titulaire de la chaire de français à l?université de Limerick en Irlande) est justement d?apaiser les hystéries entourant Malcolm, les appréhensions aussi.

Avec l?érudition née d?une bibliographie fournie, il saisit sur le vif l?homme et l?auteur avec ses (trop) nombreuses contradictions, ?toujours en évolution, passionnante?.

Serge Rivière affirme que son ouvrage n?est ?pas destiné qu?aux amateurs de Malcolm de Chazal?. Ces pièces sont au programme universitaire. ?J?espère qu?à terme, elles seront étudiées en HSC.?

Si Judas a été mis en scène par Yves Forget et 12 amateurs mauriciens, au Plaza le 25 février 1960, avec une seule reprise en mars, Iésou n?a jamais été monté chez nous. Le Pr Rivière nous propose de dépasser l?horizon d?une critique acerbe qui a étiqueté ces pièces de ?théâtre à thème, aux dialogues fastidieux, quasi injouable?.

Pour enfin pénétrer une dramaturgie où ?une seule chose compte (?), le verbe au-delà du style ?. Le Pr Rivière balise les pistes de lecture à coup de questions. Nous en avons choisi trois : d?où vient l?originalité de de Chazal, si en effet originalité il y a ? Serait-ce dans la manière dont il utilise les traditions bibliques pour mettre en avant une philosophie personnelle qui se retrouve dans ses recueils de pensées ? Y-a-t-il des liens entre ce théâtre et celui des existentialistes ?

Son Jésus, un ?poète pur?

Premier élément de réponse : les obsessions bibliques de Malcolm dans les années 50. ?Abandonnant la volupté et la sensualité comme les thèmes majeurs, de Chazal se plonge dans la quête du sens caché de la Bible?, indique le Pr Rivière.

L?intérêt de Malcolm est dirigé vers ?l?aspect politique du rôle de Jésus, libérateur?. Ce ?seul homme qui est comme moi et que je respecte?, déclare un de Chazal hautain. Un Jésus ?poète pur? qui a ?découvert totalement le sens de la vie?. Et si avec sa provocation habituelle, Malcolm se décrit lui-même comme ?le fou de Dieu?, mettons cela sur le compte du zèle de la recherche, de l?enthousiasme de la découverte littéraire.

Serge Rivière résume : ?Par l?entremise de Lazare, ramené à la vie par Iésou, de Chazal tente de décrire ses propres expériences mystiques et ses visions paranormales.? Quand il s?attaque à la figure de Judas, il en fait un ambitieux politique, un personnage qui veut être ?être chef de l?Eglise naissante? car Jésus ne ferait ?pas assez preuve de réalisme politique, voire de machiavélisme?. Un Judas ?orgueilleux et égocentrique?. Comme Malcolm.

PEINTURE

Malcolm de Chazal sauvé de la poubelle

■ Retrouvé dans une poubelle par Robert Gordon-Gentil, ce portrait réalisé par Denise Hall en 1948 a été rentoilé et restauré par l?artiste peintre Yves David. Il a été confié à Tristan Bréville qui en a pris la charge. Comme l?explique ce dernier, ?Ce tableau est une découverte majeure dans le domaine de l?art mauricien, d?autant plus qu?il n?existe pas beaucoup de documents montrant le visage de Malcolm de Chazal?.

Quand ce portrait a été découvert, il était dans un piteux état. Fait étrange noté par Yves David : l?emplacement de la signature de Denise Hall. ?Au départ, je n?avais pas remarqué cette signature très légère, c?est Tristan Bréville qui a attiré mon attention. La signature de l?artiste est visible au haut du portrait. C?est assez inhabituel comme procédé? Mais c?était peut-être de cette façon que signait Denise Hall?. Une artiste connue pour avoir exécuté un portrait de Robert Edward Hart, laisse entendre Yves David.

Ce qui est certain, c?est que ce portrait vient enrichir la timide collection de portraits de Malcolm de Chazal. ?A Maurice, trois portraits seulement représentent ce peintre illustre dont deux sont au Musée de la photographie?, explique Tristan Bréville. ?Même les portraits photographiques sont rares?.

Tania HUËT

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