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Sauver l?inestimable

23 juillet 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Quel est le point commun entre la Grande barrière de corail en Australie, Stonehenge en Grande-Bretagne, la réserve de pandas du Sichuan en Chine, le parc national du Lac Malawi ou enco-re le Taj Mahal ? Tous ces sites naturels ou construits par l?homme ont été inscrits au patrimoine mondial de l?humanité par l?United Nations Educa-tion Scientific and Cultural Organisation (Unesco).

On semble souvent l?ignorer, mais l?inclusion d?un site dans la liste de patrimoine mondial est davantage un signal d?alarme qu?une consécration de sa valeur historique, culturelle, scientifique, esthétique ou écologique. La naissance même du concept de patrimoine de l?humanité en témoigne. En 1959, la cons-truction du barrage d?Assouan, en Égypte, condamne à l?engloutissement les temples millénaires d?Abou Simbel.

Une campagne internationale, me-née par l?Unesco, permettra alors de recueillir 80 millions de dollars qui serviront à démonter, puis ré-assembler les temples plusieurs kilomètres plus loin. Mais ce n?est qu?en 1972 qu?une convention internationale sur la protection du patrimoine mondiale sera adoptée.

Entre-temps, la mobilisation de l?Unesco permettra de sauver d?autres sites, comme celui des temples et vestiges archéologiques de Mohenjo Daro, au Pakistan, et de restaurer les temples bouddhistes de Borobudur, en Indonésie.

Depuis le début des années 70, l?inclusion sur la liste du patrimoine mondial est davantage formalisée. L?Unesco prend en effet ses décisions avec l?aide du Conseil international des monuments et sites (Icomos), qui juge l?inclusion d?un site sur sa « valeur universelle » exceptionnelle.

Pour cela l?Unesco s?engage à « aider les États à sauvegarder les sites du patrimoine mondial en leur fournissant une assistance technique et une formation professionnelle », mais aussi à offrir des aides d?urgences aux pays qui en ont besoin. Tout en encourageant les populations locales et les États à mettre en place des politiques et initiatives nationales en vue de protéger leurs biens communs.

830 sites classés dans 138 pays

Depuis le début des années 70, 830 sites ont été classés dans 138 pays. On compte 644 lieux culturels, 162 sites naturels et 24 à propriété partagée entre un ou plusieurs États.

Certaines accusations ont fini par peser contre l?Unesco sur les sites classés. Le principal reproche est d?accorder davantage d?intérêt aux sites européens ou occidentaux. C?est donc avec une certaine satisfaction que l?Unesco a fait savoir que, pour l?année 2006, un nombre égal de sites européens et africains, ont été ajoutés au patrimoine de l?humanité. Ce qui n?était pas arrivé depuis 34 ans !

L?avantage de figurer au patrimoine mondial demeure la possibilité d?obtenir des aides financières et techniques pour la préservation des sites. Chaque année, ce sont 4 millions de dollars qui sont alloués à la cause, sans parler des milliers de chercheurs et techniciens mis gratuitement à la disposition des pays qui souhaitent préserver leur patrimoine.

Si la baie d?El Vizcaino, au Mexique, accueille toujours les baleines grises et si, au Mali, les paysages et l?architecture particulière de Bandiagara, dans le pays Dogon, sont toujours conservés, c?est en grande partie à cause de leur inclusion au patrimoine de l?humanité. Il s?agit de préserver l?inestimable, pendant qu?il en est encore temps?

■ Algérie ? La Casbah d?Alger

Entrée dans le patrimoine mondial en 1992 dans la catégorie culturelle, la casbah d?Alger est l?un des plus beaux sites maritimes de la Méditerranée. Un comptoir carthaginois y avait été installé au ive siècle avant J.-C. La casbah constitue un type unique de Médina ou ville islamique.

■ France ? La juridiction de St-Émilion

On y cultive des vignes qui servent à la fabrication d?un des vins de Bordeaux les plus connus et apprécié : le St Émillion. C?est à ce titre culturel que ce terroir de la France a été inscrit au patrimoine mondial en 1999. Selon l?Unesco, la Juri-diction de Saint-Émilion est un exemple re-marquable d?un paysage viticole historique qui a survécu intact et est en activité de nos jours.

■ Afghanistan ? Les vestiges de Bamiyan

Les statues du Bouddha sculptées à même la roche avaient été rendues tristement célèbres par les talibans. Qui avaient choisi de les démolir à la dynamite en 2001, soit plusieurs mois avant l?inscription du site au patrimoine de l?Unesco en 2003. Le paysage culturel et les vestiges archéologiques de la vallée de Bamiyan illustrent les développements artistiques et religieux qui ont eu lieu dans cette région entre le 1er et le xiiie siècle.

■ Chine ? La Grande Muraille

Selon l?Unesco la Grande Muraille mérite de figurer au patrimoine de l?humanité en raison de son caractère culturelle universelle. C?est deux siècles avant J.-C. que Qin Shin Huang décidera de réunir des tronçons de fortifications existants pour en faire un système défensif cohérent. Les travaux continueront jusque dans les années 1600, faisant de cette muraille le plus imposant ouvrage de génie militaire jamais construit.

■ Grèce ? L?Acropole d?Athènes

Ce site, inscrit au patrimoine mondial en 1987, abrite quatre des plus importantes ?uvres d?art de la Grèce antique : le Parthénon, les Propylées, l?Erechthéion et le temple d?Athéna. L?Unesco considère ces édifices comme un élément majeur du patrimoine mondial.

■ Pologne ? le Camp de Concentration d?Auschwitz

Quelques-unes des pages les plus sombres de l?humanité ont été tournées dans les baraquements de ce site. Lieu d?extermination des juifs par le IIIe Reich dans le cadre de sa « solution finale », Auschwitz a vu transiter entre 1,1 à 1,5 million de personnes, essentiellement des juifs, qui y ont été affamées, torturées ou tuées dans des chambres à gaz. Ce site est le symbole de la « cruauté de l?homme envers l?homme » pour l?Unesco a été ra-jouté au patrimoine mondial en 1979.

■ Sénégal ? l?Île de Gorée

Cette petite île au large de Dakar a été, du XVe au xixe siècle, le plus grand centre du commerce d?esclaves de la côte africaine. « L?île de Gorée reste encore aujourd?hui un symbole de l?exploitation humaine et un sanctuaire pour la réconciliation », pour l?Unesco qui l?a inscrite au patrimoine en 1978.

■ Tanzanie ? Le Parc national de Serengeti

Les plaines du Serengeti recouvrent un million et demi d?hectares de savane. Et voit chaque année la migrations par des troupeaux se comptant en millions d?individus, de gnous, de gazelles et de zèbres. Le parc abrite également une impressionnante quantité de prédateurs : lions, panthères ou crocodile.

■ Pérou ? Le Sanctuaire de Machu Picchu

Situé à plus de 2000 m d?altitude, le site de Machu Picchu témoigne de la magnificence et de la maîtrise des techniques architecturales par le peuple inca. Le site est composé de murailles, terrasses et rampes gigantesques.

■ Australie ? La Grande Barrière de Corail

C?est l?unique organisme vivant qui sur la planète qui peut être vu de l?espace. Située au nord-est de la côte australienne, la Grande Barriè-re abrite 400 espèces de coraux, 1 500 espèces de poissons et 4 000 espèces de mollusques. Son très haut intérêt scientifique a été reconnu en 1981 par l?Unesco.

Des réserves sur l?Aapravasi Ghat

Faire classer l?Aapravasi Ghat sur la liste du patrimoine mondial de l?Unesco n?a pas été chose facile. Mais une fois la consécration acquise, le travail doit continuer à Maurice. C?est ce que préconisait le rapport d?évaluation soumis au comité du patrimoine mondial au début de l?année.

Au premier rang des réserves émises figure le manque de cohérence dans la politique nationale de préservation du patrimoine historique et culturel du pays. Une lacune que devraient solutionner les prochains amendements bientôt apportés au Aapravasi Trust Fund Act, qui fera passer le statut du site à celui de regional and international heritage site en tablant sur les aspects liés à la préservation et la mise au jour d?autres vestiges archéologiques.

C?est précisément la préservation du site qui inquiète le plus l?Unesco, qui relève ainsi que des ajouts, changements de toiture et autres réparations sans souci de préserver l?aspect originel du site ont été effectués. D?ailleurs, si la logique prônée par l?Unesco est suivie, c?est une vaste zone de Port-Louis qui devrait intégrer le site de l?Aapravasi Ghat, s?étalant ainsi jusqu?à la lisière du Caudan Waterfront, et traversant l?autoroute pour aller jusqu?à la rue Royale.

Passé ces aménagements, le comité patrimoine suggère alors « l?élabora-tion d?un plan touristique pour optimiser les ressources du site », tout en évitant que les « autocars de touristes » fréquentant le site ne le dégradent à jamais.

Enfin, sur un plan symbolique, l?Unesco suggère également que l?Aapravasi Ghat soit débaptisé pour être dorénavant appelé « Dépôt d?immigration » afin de « signaler l?importance du lieu pour les immigrants de toutes confessions ».

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