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Les malheurs d?Anousha et de Ryan

23 juillet 2006, 00:00

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L?indicible horreur s?exhibe, répugnante, sous le regard de Jack Mario Dimba, 55 ans. De grosses larmes s?écrasent sur ses joues lorsqu?il enlève, un à un, les vêtements de sa petite-fille, Anousha Banee, 3 ans, figée sur son lit de mort, pour que tous soient témoins du véritable martyre qu?elle a vécu.

Ce 16 juillet, à son domicile situé à l?entrée de la Cité-Barkly, Jack Mario s?apprête à accompagner la malheureuse à sa dernière demeure.

Anousha était déjà morte 24 heures auparavant, quand elle a été conduite, vers 11 heures, à l?hôpital Jeetoo par sa mère, Rajini Munisami, 24 ans et le compagnon de celle-ci, Stephan Tosse, 25 ans.

Anousha ne respirait plus et son corps était déjà rigide. Un examen rapide révèle au personnel médical que la petite a des fractures anciennes et de multiples ecchymoses que les infirmiers n?ont jamais observées sur un enfant jusqu?ici.

L?autopsie du chef du service médi-colégal, le docteur Satish Boolell, établit que l?enfant a été terrassé par une septicémie, aux petites heures du matin le samedi 15 juillet. Cette septicémie a été provoquée par les innombrables blessures causées par des coups et des brûlures qui lui ont été infligés durant des semaines. Un terrible calvaire.

« Mo ti anvi ou tir inpe foto pou dimounn trouve ki kalite mizer sa piti la inn pase », laisse échapper Jack d?une voix cassée. Sa respiration devient de plus en plus saccadée quand il fixe de nouveau le corps zébré de coups, de cicatrices diverses, de plaies et de traces de brûlures.

La photo qui trône à côté de la dépouille montre Anousha il y a plus de six mois. Le contraste est saisissant. Ce qui était jadis un joli minois est méconnaissable. Le visage de la malheureuse est boursouflé, comme celui d?un boxeur après des heures passées sur un ring. Ses paupières ont triplé de volume. Et que dire de ses petites mains?

<B>Des brûlures faites par des mégots</B>

Ses bras sont constellés d?entailles, sans doute le résultat du couteau chauffé à blanc qu?on lui a posé sur la peau. C?est ce qu?a décelé le docteur Satish Boolell, qui a aussi mis en évidence des points noirâtres sur la peau de la petite, séquelles des brûlures faites par des mégots de cigarette.

Jack retourne avec peine le corps d?Anousha, sous le regard consterné des proches venus assister aux funérailles. Des épaules jusqu?aux orteils, la petite porte les stigmates de blessures les unes plus affreuses que les autres.

Des sanglots éclatent soudain dans le salon de la petite maison qui accueille les proches. Il nous faut demander au grand-père de recouvrir la dépouille. Par respect.

Même s?il tente de garder son calme, Jack est furieux. Sa colère est dirigée contre la police qui n?a pas eu la présence d?esprit de retrouver le frère d?Anousha, Ryan, 5 ans, lorsque la fillette a été déclarée morte à l?hôpital Jeetoo. Jack reproche également aux autorités de ne pas avoir appréhendé Stephan sur-le-champ.

Logiquement, ce dernier devait savoir ce qui se tramait dans sa maison et être au courant de l?état des enfants. Même si Rajini a été arrêtée à ce moment-là et est passée aux aveux, Stephan aurait dû avoir été entendu pour sa participation éventuelle, et non laissé en liberté, déplore Jack.

Le personnel médical semble avoir été plus perspicace que la police car, en constatant l?état de la fillette, les médecins ont demandé à voir le garçonnet. Mais leur mère a soutenu qu?il se trouvait chez une parente.

À ce moment-là, Rajini et Stephan paraissaient cool, se souviennent ceux qui étaient présents aux soins intensifs. « Ils semblaient ne pas être conscients de ce qu?ils venaient de commettre », déplore un membre de l?équipe médicale.

Mais ses collègues et lui-même n?ont pas été dupes, flairant un coup tordu. Il était plus qu?évident que la petite et son frère étaient maltraités. Surtout qu?Anousha a été transportée aux soins intensifs nue, enveloppée dans une couverture.

<B>« Li mett nou touni deor »</B>

Pour eux, Anousha a dû passer la nuit dehors la veille, en cette période hivernale où la température ne cesse de chuter. Ils ne croyaient pas si bien dire, car c?est ce que relate Ryan depuis qu?il a été retiré à Stephan tard dans la soirée de samedi, dans la maison qu?il louait depuis plus d?un mois à la rue Robertson, Beau-Bassin.

« Papa abitie batt nou. Kan mama dormi li mett nou touni dehor. Dan sal de bain, lor lakaz. Li fer nou mont leskalie a zenou avek enn boutey Coca dan nou lame », a révélé l?enfant aux officiers de la Child Protection Unit qui ont consigné sa déposition dimanche matin.

Celui qu?il appelle papa est en fait son beau-père. Et le récit du garçonnet est accablant. « Li atass nou lipie, li attas nou lame, li bouche nou labouss ek sifon li batte nou », poursuit-il sur son lit, à l?hôpital de Candos. À chaque fois, un bâton ou une ceinture était utilisé.

L?usage d?un bâillon semble corroborer la version des voisins du couple à la rue Robertson, car nul n?a jamais entendu les enfants. « Zot ti bann dimounn bien diskre. Zame tann zot, zame pa tann bann zanfan la », confiait la plus proche voisine.

Alors que Ryan n?implique à aucun moment sa mère dans les sévices qui leur ont été infligés par Stephan, Rajini passe, quant à elle, aux aveux et soutient avoir « bat zot koumsa kan zot fer move ».

« Stephan finn dir li et linn dir moi osi Rajini met moi ladan to pa pou trouv sann piti la osi. Samem mo tifi inn dir li mem kinn fer sa. Kifer kan li ti pe reste kot moi zame linn lev lame lor bann zanfan la ? », se lamente Jack Mario Dimba qui a fait une déclaration similaire au journal télévisé dimanche.

« Oui mo konn Anousha. Li pa-rente ar moi. Mais je ne peux pas vous faire de commentaire? », nous disait Stephano dans l?après-midi de samedi dernier (le 15 juillet), après que Rajini est passée aux aveux. Nous avons pu le joindre sur son téléphone portable, et il avait alors décliné notre offre de le rencontrer pour en savoir plus sur cette affaire.

<B>Au centre de toutes les attentions</B>

Moins de 48 heures plus tard, son corps est retrouvé sous le pont suspendu destiné aux piétons sur l?autoroute de Pailles. Stephan s?est sans doute suicidé en se précipitant dans le vide la tête la première, d?après le constat du docteur Satish Boolell.

Stephan est décédé d?une fracture du crâne et sa mort ne peut être assimilée à un foul play, d?autant qu?aucune trace de lutte ou de blessure n?a été trouvée sur son corps.

Dans l?intervalle, sachant que son fils aîné n?était plus avec Stephan, Rajini a expliqué qu?elle avait peur de ce qu?il aurait pu faire à Ryan. Elle a alors lâché le morceau. En fait, dit-elle, elle giflait ses enfants et les frappait avec un rotin bazar de temps à autre, mais c?est Stephan qui les « corrigeait » avec un bâton et une ceinture.

La CID de Beau-Bassin, menée par le sergent Moosun, l?assistant surintendant Roger Noël et le surintendant Anand Ramchandar, se défend de n?avoir pas tenté d?appréhender Stephan samedi dernier.

« On a essayé de l?arrêter. On a même eu des indications qu?il se trouvait aux environs de Pailles. Puis, c?est bien après que la mère est passée à table qu?elle a incriminé son compagnon », explique un enquêteur.

Les services de protection de l?enfance, qui ont eu Stephan face-à-face en récupérant Ryan vers 20 h 30 samedi dernier, donnent un autre son de cloche. « Nou pann kass nou latet. Li diboute linn gete kan noun pran zanfan. Nou pa ti ena osi pou rann li kont parski li pas papa biolozik », confie une source.

Stephan encore en vie, la police aurait été davantage en mesure d?évaluer la part de responsabilité de la mère dans la mort d?Anousha. « Ryan dire boper la bat li souvan ek diboi me ena bann sikatris pli ansien », souligne un membre des services de la protection de l?enfance.

Dans la salle B9, où il se remet de ses vieilles blessures au ventre et aux jambes, Ryan est au centre de toutes les attentions. Surtout de ceux qui viennent visiter les autres patients de la salle. Les infirmières doivent les chasser pour que l?enfant puisse reprendre des forces.

Ranini Munisami, 22 ans, la s?ur cadette de Rajini, est aussi présente. Elle espère fortement avoir la garde de Ryan. « Depi li tipti monn gett li. Et zame mo pense mo ser ti pou lev lame koumsa lor li », soupire la jeune fille.

<B>Un camouflet aux autorités</B>

En écoutant le récit de Ryan, Ranini croit de plus en plus que c?est Stephan qui est coupable de toutes ces atrocités. Dire que c?est un homme que sa s?ur a suivi, après l?avoir rencontré dans le vidéoclub où il travaillait, abandonnant son mari trop porté sur la bouteille.

C?était il y a plus de six mois, et c?est à ce moment que la vie des deux enfants a été un véritable enfer. En fin de compte, l?histoire reste la même. Elle gravite autour d?une famille éclatée : le père, en l?occurrence Rajesh Banee, qui préfère davantage taquiner la bouteille ? comme il l?admet lui-même plus loin ? que de bosser pour nourrir sa famille.

Les autorités viennent de recevoir un camouflet avec cette affaire car l?école que fréquentait Ryan aurait dû alerter les services de protection de l?enfance, vu que les traces de coups sont encore visibles jusque sur son visage.

Lors d?une émission spéciale de la MBC sur cette affaire en milieu de semaine, la ministre de la Femme et du Bien-être de l?enfant, Indira Seebun, a évoqué la possibilité de mettre en place un service de pastoral care dans les écoles.

« On n?est pas arrivé à un projet définitif, mais il est temps d?agir. Il y a déjà des travailleurs sociaux associés aux écoles pour identifier ce genre de cas et des psychologues attachés à mon ministère pour encadrer les parents. Le pastoral care est d?ailleurs un projet pour éduquer les parents », fait ressortir, quant à lui, le ministre de l?Éducation, Dharam Gokhool.

En attendant, alors que le cas de la petite Anousha fait réagir les autorités, les proches de Rajini se demandent si sa version des faits n?est pas le résultat de la crainte que lui inspirait Stephan et si la police ne devrait pas approfondir davantage son enquête.

Déjà ils craignent pour la santé mentale de Rajini, car elle montre des signes de troubles psychologiques.

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