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Sortir de la crise sociale !
Avec une inflation de 8 %, et un taux de chômage qui persiste autour de 9,6 %, la situation va s?aggraver pour ceux qui « pe ris diab par lake et pa pe kapave zwenn de but ansam ». C?est une réalité qui doit interpeller le sens de la solidarité nationale de tous les partenaires de développement.
« C?est très bien et courageux de contrôler les dépenses et de faire des économies pour assainir les finances publiques, mais encore faut-il que tout le monde arrive à se nourrir », s?inquiète un important opérateur économique ; avant d?ajouter : « Ce ne sont pas les économistes, et encore moins des experts-comptables, qui ont la solution aux problèmes du pays. Il faut d?autres compétences. »
Dans les critiques portant sur « le manque total de considération accordé au social dans le budget 2006-2007 », il y a une distinction fondamentale à faire. Entre celles qui se nourrissent d?une réelle sensibilité et d?un « genuine concern » issus d?une connaissance acquise grâce à une présence sur le terrain ? tant en régions urbaines que rurales ; et celles qu?on ressasse mécaniquement et qui renvoient tantôt à la critique « artistique » et tantôt à la critique « utopico-idéologique », deux variantes d?une crise de la critique du système socioéconomique.
Depuis plus de dix ans, nous avons régulièrement mis à l?agenda la dimension sociale du développement à Maurice : en parlant du « blocage sociétal », en analysant les signes d?une dynamique de « dépression sociale », en mettant en garde contre les risques « d?implo-explosion sociale », en insistant sur la nécessité d?imaginer les moyens de « limiter la casse sociale de la transition socioéconomique en cours ». Avec d?autres, nous nous sommes efforcés d?explorer les pistes d?une sortie de crise : en soutenant qu?il faut repenser les rapports entre l?économique et le social, et leurs implications dans le rôle et la responsabilité respectifs des acteurs du développement que sont l?État, les entreprises et la société civile.
Pour lutter contre le chômage, la pauvreté et les dynamiques d?exclusion, il est temps d?en finir avec les fuites en avant et les fauxfuyants. Méfions-nous des pseudo-solutions qui ne tiennent pas compte des contraintes socio-économiques et culturelles du système économique et de l?environnement global. Seule une approche réaliste, pratique, créative et innovatrice s?inscrivant dans la durée permettra d?obtenir des résultats probants.
La première condition est la relance de l?économie nationale sur de nouvelles bases pour construire un modèle de développement performant, juste et durable. Pour négocier ce tournant stratégique, le gouvernement mise sur l?« Empowerment Programme » (EP). C?est un vaste et ambitieux programme de développement social touchant des domaines aussi divers que le logement social, la formation, l?emploi, l?accès aux marchés, le développement des micro, petites et moyennes entreprises?
Parmi les conditions à réunir et des modalités pratiques à définir pour une mise en route rapide et efficace de l?EP, il faudrait trouver, dans un esprit de partenariat, une articulation et une complémentarité entre les initiatives de l?EP et celles, en cours et à venir, relevant de la responsabilité sociale et citoyenne du secteur privé. Il faut, dès le départ, optimiser les ressources, partager les expériences et le savoir-faire pour assurer « ki lamain drwat koné qui lamain gos pé fer » afin d?atteindre les objectifs dans les meilleurs délais et conditions.
L?efficacité de l?« Empowerment programme » reposera avant tout sur la capacité d?identifier et de développer les « drivers » et les « doers », dont des entrepreneurs sociaux. Soit des gens créatifs, tenaces, animés d?une motivation inébranlable pour donner une impulsion aux innovations qui permettront à la société de s?attaquer à ses maux les plus graves.
Tout comme l?entrepreneur marchand, l?entrepreneur social crée de la valeur pour une société. Au « steering committee » de l?EP d?inclure dans son plan d?action, des structures de soutien social et économique capables de multiplier le nombre et l?efficacité des entrepreneurs sociaux. Il faudrait, dans le même temps, que le secteur associatif fasse son aggiornamento s?il veut jouer pleinement le rôle qui devrait être le sien : celui d?un catalyseur capable d?induire un changement structurel en faisant évoluer les comportements et les mentalités.
Après une longue période de « refuge dans la réalité virtuelle », de « confort paresseux » et d?attente du prochain miracle, la médication administrée par le budget 2006-2007 fait mal, et pour une couche de la population, très mal. C?est le devoir de tous les partenaires du développement de proposer des solutions d?accompagnement innovantes aux plus vulnérables de la société pour qui certains effets du budget 2006-2007 sont insupportables. L?antidote à la crise sociale ? et à tous les maux qui y sont associés ? se trouve dans l?articulation complémentaire des initiatives des secteurs public, privé et associatif, et la mise en chantier de l?entrepreneuriat social.
Ne nous y méprenons pas, l?irruption du volcan social n?épargnera personne.
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