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“Vivre ce que l’on aime”
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“Vivre ce que l’on aime”
Un hippodrome parisien. L’occasion de parler compétition... et de féminité avec celle qui a décidé en début d’année de passer chez les professionnels.
■ <B>Les débuts</B>
Avec un père jockey d’obstacle, on les imagine très précoces... Et c’est encore pire que cela ! “J’ai commencé à deux ans avec mon père, et à quatre ans seule sur les pur-sang. Un jour, papa m’a surprise dans le box de Prince Misti, à qui il était obligé de mettre le tord-nez pour le seller... Il est passé par toutes les couleurs, puis, au culot, il lui a mis la selle sur le dos, moi dessus, et le cheval n’a pas bougé. De quatre à huit ans, j’ai monté en poney-club, mais je n’aimais pas le fait de travailler seul, de ne pas pouvoir se mesurer aux autres. Et sans doute, cela n’allait pas assez vite ! À sept ans, j’ai, donc, fait mes premiers galops de chasse, à neuf ans, les premiers canters, puis à douze ans, j’ai sauté pour la première fois et monté des galops... Cela n’allait jamais assez vite ! Mon père m’avait donné deux réformés, Cricket Player, que j’ai perdu à cause de coliques, et Eracer. Ces deux maîtres d’école m’ont tout appris.” Une carrière qui semble toute tracée... “À cette époque, je voulais devenir jockey ou vétérinaire. Mes parents ne m’ont pas laissé faire l’Afasec, et je les en remercie aujourd’hui, si bien que j’ai continué mes études...” Les souvenirs de l’enfance sont étroitement mêlés à l’hippodrome d’Auteuil. “Apple Girl, que je montais depuis mes sept ans, et Galant Moss, le partenaire de mes premiers canters, m’ont particulièrement marquée. Ils ont tous deux gagné des groupes à Auteuil...” Et déjà, une idole : “Olivier Perlier, qui était apprenti chez mon père.”
■ <B>Dans le rang des amateurs</B>
“J’ai eu ma licence de cavalière la veille de mes seize ans, j’étais très fière ! Quinze jours après, je débutais à Vichy, en nocturne, avec T’Inquiète Pas (non placée) et Santander (quatrième). J’ai su que j’avais trouvé ma voie. Je garde un très bon souvenir de mes années de cavalière même si, sur la fin, la rivalité avec Anne-Sophie Pacault pour la Cravache d’Or a été un peu pesante... La dernière année, j’ai monté un peu plus de 150 courses, dont 70 avec les professionnels (car ces dernières comptent dans l’obtention de la Cravache d’Or), ce qui me donnait un statut un peu particulier... Je regrette aussi de ne pas avoir pu participer à la Coupe du monde des amateurs, même si je suis allée monter (et gagner) aux Etats-Unis, en Allemagne, en Espagne...” Avec un tel “pedigree”, Nathanaëlle était attendue au tournant. “Les gens me voyaient depuis toute petite à cheval, sur les pistes. Ils auraient été déçus, je pense, de ne pas me voir réussir.”
■ <B>Conjuguer études et cheval</B>
“J’ai passé un bac STAE (Sciences et Techniques de l’Agronomie et l’Environnement), qui m’a fourni des bases scientifiques et agronomiques, mais aussi économiques. Dans ce type de terminales, les horaires sont presque doublés par rapport aux filières classiques, en raison du plus grand nombre de matières. De plus, mon lycée se trouvait entre Tours et Châteauroux, à St Cyran du Jambot, bien loin donc des pistes d’entraînement ! Ensuite, j’ai fait un BTS productions animales à Vendôme. Le secret pour concilier mes études et ma passion ? Beaucoup de sport à l’école pour garder la forme, course, volley, équitation... Et une vraie gestion du travail dans la semaine, pour que mes week-ends puissent être consacrés aux courses. Mon amie Nadège m’a beaucoup aidée durant ces quatre années, quand j’étais absente pour monter. Pas le temps non plus d’avoir de petit copain ! Mais je n’ai pas l’impression d’avoir sacrifié quoi que ce soit. Je vis ma passion, je visite tous les coins de France. Il faut se rendre compte de la chance que l’on a. C’est beaucoup de voyage, beaucoup de fatigue, mais tellement de bonheur ! Mes amis, qui ne sont pas forcément du milieu, comprennent ce que je vis. Et s’ils ne le comprenaient pas, ce ne serait pas des amis, non ? J’essaie toujours de leur consacrer un peu de temps.”
■ <B>Le passage chez les professionnels</B>
“2005-2006 était une année charnière. J’ai tenté de faire une classe préparatoire aux écoles de vétos, mais cela devenait vraiment trop compliqué. L’hiver, je suis partie à Pau pour le meeting, tout en continuant mes études. J’ai gagné deux courses contre les pros et les gens commençaient à me parler de cette éventualité de devenir jockey. En rentrant de Pau, j’en ai encore parlé avec David Smaga, qui m’a conseillé, avec la création de ce circuit réservé aux femmes, de tenter ma chance. Pour lui, il aurait été idiot de passer à côté de cette opportunité. Mes parents aussi me soutenaient dans mon choix. Et puis tous les entraîneurs de province qui me faisaient confiance en tant que cavalière ont continué à me donner des chevaux à monter. C’est très important de monter en province quand on débute. C’est ce qui forge une carrière.”
Volontiers pitre dans les vestiaires, surtout quand l’enjeu est important, Nathanaëlle s’est vite fait accepter par ses collègues masculins. “Le fait que je ne débarque pas de nulle part, que j’ai déjà monté contre eux quand j’étais cavalière m’a aidé. Dominique Boeuf et Christophe Soumillon, en particulier, me donnent de précieux conseils.” Ce qui a changé depuis le temps de l’amateurisme ? “Je continue à faire ce que j’aime, mais désormais, c’est mon métier, mon gagne-pain. J’ai moins le droit à l’erreur. Je dois simplement être plus... professionnelle !”
■ Les femmes dans les courses</B>
“Ce circuit féminin est une très bonne initiative, qui permet à des filles qui n’en auraient pas forcément la possibilité de monter en courses. Le problème, c’est que la plupart des entraîneurs ne nous donnent pas de chevaux à monter ensuite, dans les courses mixtes. Pour cela, il faudrait que, comme à l’étranger, les filles bénéficient d’un ou deux kilos de décharge face aux garçons. Je n’aime pas trop que l’on me demande en quoi nous sommes inférieures. Nous sommes des sportives accomplies. Si nous avons moins de force physique que les garçons, nous compensons par une approche différente du cheval. Tout est une question de volonté. Des femmes gagnent des groupes I aux Etats-Unis, pourquoi pas en
France ? Cependant, je pense qu’il est plus important pour une fille d’avoir fait des études, d’avoir un bagage en plus pour se reconvertir quand elle décidera d’arrêter.”
■ <B>Rester féminine</B>
“Enfant et adolescente, j’étais très garçon manqué. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Je fais très attention à sortir bien habillée, à avoir des jolies mains, à surveiller mon langage. Mes amis qui ne sont pas du milieu me recadrent très vite si je dérape... Je trouve aussi très important de s’intéresser au monde dans lequel on vit, se cultiver... Je préfère lire un bouquin que de m’affaler devant ma télé ! J’aime aller au cinéma avec mon petit frère et ma petite soeur. Le shopping ? Trois ou quatre fois par an, pas plus ! J’apprécie aussi partir en week-end. Quand je monte dans l’Ouest, j’en profite pour rejoindre mon copain, qui est jockey d’obstacle à Sennones. Je ne voulais pas du tout être avec quelqu’un du métier, mais cela se passe si bien avec lui... et, bien sûr, il comprend mieux qu’un autre les contraintes de mon métier.”
■ <B>L’obstacle</B>
“La suite de ma carrière ? Je me vois bien évoluant dans un autre milieu professionnel, la comptabilité par exemple, et garder le cheval comme loisir. Mon rêve serait de gagner une course à Auteuil. Mes parents ne sont pas très pour, mais, quand à deux ans, votre père vous emmène au pied du gros open-ditch en vous disant “tu seras jockey d’obstacle”, cela crée une vocation ! Je ne veux pas faire carrière en tant que jockey d’obstacle, simplement parce que mon petit poids m’offre des opportunités en plat. Mais monter un bon cheval à Auteuil, quel pied !”
<I>Propos recueillis par </I>
<B>Adeline Mouatadiri (Paris-Turf)</B>
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