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Le choix entre la science et l?éthique

21 juillet 2006, 00:00

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Le vote, par le Sénat américain, d?une loi autorisant le financement fédéral des recherches sur les cellules souches issues d?embryons humains marque une étape essentielle dans les rapports complexes entre le politique, le scientifique et la morale. A juste titre, George Bush fait valoir que cette loi impose un ?choix entre la science et l?éthique?. Le président américain est fidèle à ses convictions quand il envisage de mettre son veto à un texte qui vise la destruction programmée d?embryons humains à des fins scientifiques et médicales. Il reste qu?on assiste sur ce sujet à une évolution des esprits.

Hier encore, les milieux conservateurs considéraient l?embryon humain comme une ?personne humaine potentielle?, à ce titre intouchable. Aujourd?hui, ce même embryon est majoritairement considéré ? y compris chez des sénateurs républicains américains ? comme une ?potentialité de personne humaine?. Du fait de l?évolution des pratiques de l?assistance médicale à la procréation, des centaines de milliers d?embryons humains conçus in vitro et conservés par congélation ne font plus l?objet d?un projet parental. Dès lors, la seule alternative est de les détruire ou de faire en sorte que, avec l?accord des couples concernés, cette destruction puisse servir à la science et à la médecine.

Les politiques doivent aussi composer avec l?enthousiasme croissant des biologistes, qui voient dans la maîtrise des cellules souches humaines l?une des avancées majeures de la médecine du XXIe siècle et la réponse thérapeutique à des affections dégénératives aujourd?hui incurables. Ces biologistes trouvent sans mal des relais médiatiques pour les soutenir. A cet égard, les actions menées, outre-Atlantique, par la veuve de Ronald Reagan, atteint de la maladie d?Alzheimer ou par Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, se révèlent aujourd?hui particulièrement efficaces.

Aucune démocratie ne pourra faire l?économie de ce questionnement. D?ores et déjà, la Grande-Bretagne, dans une démarche pragmatique, a choisi d?aller plus loin en autorisant le clonage à visée thérapeutique, c?est-à-dire la création in vitro d?embryons humains à des fins scientifiques. En France, la démarche est moins claire et plus hésitante. La loi de bioéthique du 6 août 2004 autorise, à titre dérogatoire et pour une période de cinq ans, quelques recherches sur des embryons ?orphelins? devant être détruits. Cette loi doit être révisée en 2009. Dans quelques jours, Pierre-Louis Fagniez, député (UMP) du Val-de-Marne, remettra un rapport sur ce thème à Dominique de Villepin. Tout laisse ainsi désormais penser que la question de la légalisation du clonage thérapeutique ? qui n?est pas sans rapport avec celle de la définition de la personne humaine - ne pourra pas, à la différence de 2002, être absente de la prochaine campagne présidentielle.

<B>©Le Monde2006

Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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