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?Le social ne peut s?épanouir si l?économie est chroniquement malade?
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?Le social ne peut s?épanouir si l?économie est chroniquement malade?
● Quel est votre constat général du Budget 2006-2007 ?
Le budget a eu l?effet d?un choc salutaire de par le nombre et la profondeur des réformes énoncées. Les reformes ont été souvent évoquées dans le passé mais trop souvent mises au placard. Le budget a aussi le mérite d?être cohérent. Les solutions proposées répondent à l?analyse économique des enjeux.
Bien sûr, cela ne veut pas dire qu?il n?y a pas des éléments qui auraient pu être améliorés. Mais il fallait avoir le courage et l?audace de prendre les décisions et on ne peut certainement pas critiquer le budget sur cet aspect.
Je dois ici admettre mes préjugés. A la veille de la présentation du Budget 2004, j?avais publié un article dans lequel j?avais abordé la quête de l?excellence, l?efficience et l?empowerment. J?avais suggéré six idées génériques pour y parvenir : un accent continu sur l?éducation et la formation, un environnement efficient et sans corruption; un rapport sans équivoque entre l?Etat et le monde des affaires; une plus grande ouverture au monde extérieur; la promotion des petites et moyennes entreprises; exploiter la contribution des femmes; et l?équité et la compassion.
Je me retrouve donc dans les mesures introduites. Le budget est cohérent, parce qu?il y a une suite logique du diagnostic. Il y a un constat sur la fin d?un cycle et sur les problèmes systémiques. Il y a prescription de l?émergence d?un nouveau modèle basé sur l?ouverture et surtout sur un changement de mentalité. Aussi, l?approche est globale et non pas piecemeal ou sectorielle, misant sur une approche intégrée de l?économie ? intégration à économie globale et intégration aussi en interne.
?Pour réussir dans les secteurs de services et de produits manufacturiers de niche, qui sont notre salut, la qualité est primordiale.?
● Dans quelle mesure le budget aborde-t-il nos problèmes structurels?
Nous avons été victimes des séquelles de la globalisation mais aussi de nos problèmes structurels internes ? inefficience, rigidité, perte de compétitivité, mentalité de job seekers et rent seekers. Le budget prône une nouvelle stratégie basée sur l?ouverture, l?efficience, une fiscalité légère, l?entrepreneuriat, la compétitivité et des mesures claires pour promouvoir l?investissement.
La volonté des réformes dans le budget est plus qu?évidente. Reste maintenant la volonté et la capacité de tous les stakeholders de saisir la balle au bond et de les transformer en réalité. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais il y va de notre salut. L?important c?est de passer à l?action.
● Le budget reste néanmoins peu compris par la population?
Ce budget met l?économie au centre et est porteur de beaucoup de réformes qui sortent de l?ordinaire. Donc c?est normal qu?on soit toujours en train d?essayer de comprendre les tenants et aboutissants. Chacun essaye de décortiquer le budget par rapport à ses attentes. Une campagne assidue pour expliquer à la population le bien-fondé des mesures serait la bienvenue. La publication du Finance Bill devrait aider.
● Il y a eu des mesures pour faciliter l?investissement, déréglementer le marché du travail et alléger la fiscalité. Quel est le sens de ces initiatives ?
L?investissement et la création d?emplois doivent être nos priorités. De ce fait, l?ouverture et l?élimination des obstacles sont autant d?atouts pour que les investisseurs, locaux, étrangers mais aussi les petits et moyens entrepreneurs, qui en souffrent le plus, puissent démarrer et opérer dans un environnement plus business friendly.
La fiscalité devient plus légère et plus prévisible. Et investisseurs et salariés devraient obtenir une meilleure récompense par rapport à leurs efforts. Quoique j?aurais souhaité que le système de taxe soit plus progressif, je me réjouis de la réduction de la charge fiscale qui nous crée un avantage compétitif.
Pour améliorer notre compétitivité, il fallait aussi s?attaquer aux rigidités, là où elles sont. Avant, notre main-d??uvre était un avantage compétitif. Vu ce qui se passe ailleurs, un marché de travail plus flexible est un des moyens de devenir plus compétitif et de sauvegarder les emplois. Ces mesures doivent également profiter aux chômeurs dans la mesure où elles vont créer plus de jobs.
● On promet des procédures d?investissement plus souples. Est-ce que cela suffit pour faire de Maurice une plate-forme d?affaires compétitive ?
Il faut bien comprendre les différences. L?Etat ne peut que mettre en place un environnement propice à l?investissement et à l?esprit d?entreprise. Le budget va dans cette direction à travers des mesures pour des procédures plus souples, une plus grande flexibilité et une fiscalité légère. Les investisseurs, eux, sont à la recherche d?un business environment plus attrayant, efficient, prévisible et équitable. Mais aussi où il y a des opportunités qui leur permettent de réaliser des rendements satisfaisants sur leurs affaires. L?esprit d?entreprise doit primer. On doit avoir l?espace pour créer les opportunités
Et je reviens à l?ouverture et au changement de mentalité. Pour réussir dans les secteurs de services et de produits manufacturiers de niche, qui sont notre salut, la qualité est primordiale. Qui dit qualité dit aussi une culture d?excellence et d?efficience !
Je crois aussi qu?il nous faut une campagne de marketing agressive : cibler un certain nombre de services que nous souhaitons vendre à l?étranger et expliquer les réformes amorcées pour que les gens viennent investir ou travailler à Maurice.
● Il y a aussi les coûts sociaux des réformes et de la rupture. Ne craignez-vous cela puisse remettre en questions la mission même du budget ?
Tout le monde est d?accord qu?il fallait réduire les dépenses de l?Etat et adapter nos objectifs par rapport à l?évolution mondiale. La question qui se pose est : qui fait les frais de cette rupture.
Il y a deux perceptions qui sont en train d?être véhiculées. La première, c?est que le budget n?accorde pas assez d?attention au social. La deuxième, c?est que les gouvernements travaillistes privilégient le social au détriment de l?économie. Which is which ? Je pense que quel qu?aurait été le scénario, le gouvernement aurait été blâmé.
Si le budget avait un contenu plus social, on aurait crié au populisme. Je crois qu?il y a eu plusieurs mesures sociales qui ont été enclenchées en dehors du cadre du budget depuis l?année dernière. Mais on doit reconnaître que l?île Maurice profonde est anxieuse en ce qui concerne la réorientation des subsides sur la farine surtout, l?extension de l?âge de la retraite, le National Residential Property Tax ou les changements concernant les règles du travail. De là à penser que le budget est un acte de suicide politique prémédité, c?est faire un mauvais procès aux décideurs.
Plus on aurait tardé, plus la pilule aurait été amère. On doit saluer ce courage de prendre des décisions impopulaires mais qui vont contribuer à un lendemain meilleur pour tous. C?est un pari risqué mais crucial.
Les subventions pour les démunis sont une chose importante. Une société est jugée par la manière dont elle traite ses groupes vulnérables. Mais pour s?assurer que l?aide aille à ceux qui en ont le plus besoin, il faut que ceux qui peuvent payer ne se réfugient pas derrière les subventions. Cela explique la réorientation des subsides vers ceux qui en ont le plus besoin à travers les income support expliqués par la Sécurité sociale cette semaine.
En ce qui concerne l?extension de l?âge de la retraite, c?était inévitable étant donné l?état lamentable de notre fonds de pension. Le fonds n?aurait pas eu le moyen de payer les pensions dans les années à venir.
La paix sociale est importante pour la sérénité de la nation. Cependant, pour que cette paix soit durable, il y a des décisions difficiles à prendre. Le social ne peut pas s?épanouir si l?économie est chroniquement malade. Entre-temps il y a un gros travail à faire pour expliquer à la population le bien-fondé des mesures budgétaires globalement.
● Le budget prône l?ouverture aux talents, aux idées et aux capitaux étrangers. Dans quelle mesure cela aidera-t-il à la transformation économique ?
La taille et la structure de notre marché, nos désavantages géographiques et le manque de compétences restent un gros problème pour notre économie. Nous sommes condamnés à nous tourner vers les secteurs de services et de produits manufacturiers de niche. Dans les deux cas, c?est principalement pour l?exportation.
Il faut que nous puissions nous intégrer à l?économie mondiale et opérer d?après ses normes. Nous devrons donc être plus ouverts, pas seulement pour avoir des sous, mais aussi en termes d?apport humain, d?idées, de technologies et de network.
En ce qui concerne l?investissement, pour se positionner comme un pays disposant d?un potentiel significatif dans ce domaine, c?est important d?offrir un environnement des affaires attrayant aux investisseurs mais aussi aux experts étrangers.
Le pays deviendra plus compétitif, comme Dubayy, Singapour et Hongkong qui ont beaucoup bénéficié de l?ouverture de leurs économies. Les étrangers nous aideront aussi à avoir plus l?esprit d?entreprise au lieu d?être des job seekers et des rent seekers.
Il y a certes des craintes. Je pense qu?elles sont injustifiées. Certains donnent l?impression que les étrangers vont faire la queue à Plaisance et nous envahir. Nous avons trop cette mentalité d?insulaire. C?est justement là où on a besoin d?une rupture avec le passé.
● Est-ce que le budget fait assez pour démocratiser l?économie et mettre les PME à l?avant-scène de l?économie ?
L?Alliance sociale avait fait de l?ouverture des opportunités, l?accès à la terre, la méritocratie, le renforcement des institutions et l?entrepreneuriat ses thèmes de campagne de démocratisation lors des dernières élections générales. Le gouvernement a exprimé son intention de venir vite avec un Equal Opportunities Act et une Competition Bill révisé, qui sont attendus avec impatience autant dans le fond que dans la forme
En ce qui concerne l?entrepreneuriat, il y a un bon nombre de mesures budgétaires.
Les PME ont été le parent pauvre de l?économie. Mais il y a tout un secteur informel au sein duquel elles sont très présentes. Il faut maintenant les encourager à intégrer le mainstream économique. Les mesures budgétaires de financement et de support devraient les aider.
Les actions pour réduire la bureaucratie vont aussi profiter aux PME. L?environnement du business devrait être plus propice aux petits opérateurs. Il ne faut pas oublier l?Empowerment Programme qui prévoit une enveloppe de Rs 5 mds pour les quatre prochaines années. Un des objectifs de cette initiative est justement de faciliter la création de cette classe d?entrepreneurs par une nouvelle culture d?entreprise et de création d?opportunités pour ces entrepreneurs. Si ces opportunités ne sont pas présentes, il n?y aura ni PME ni croissance. C?est pourquoi le monde des affaires doit faire de la place pour les PME. Les chaînes logistiques (supply chain) doivent être accessibles à toutes ces PME qui ont le potentiel d?offrir un service de qualité. Cela n?est pas une question politique mais de bonne gestion financière.
● Le gouvernement vise une croissance supérieure à 6 % à partir de 2008. Est-ce réalisable sur la base des réformes enclenchées ?
Nous n?avons pas le choix. Nous devons essayer d?atteindre une croissance de plus de 6 % pour pouvoir justifier nos attentes... J?espère que la relance de la consommation, quoique ce soit important de maîtriser l?inflation qui risque de grimper sur le cour terme, les mesures prises pour encourager l?investissement, l?ouverture vers l?étranger et les mesures prises pour encourager les nouveaux secteurs vont nous aider.
Mais au-delà des chiffres, je crois que cet objectif ne sera réalisable qu?avec un nouveau mindset. C?est important de réaliser que nous sommes à un moment où notre pays a perdu ce que beaucoup pensaient être des droits acquis. Quand je dis le pays, je dis aussi nous tous ? le temps des privilèges est bel et bien révolu. On a tendance à penser qu?on peut préserver ses privilèges individuels et que les changements doivent s?appliquer à autrui.
C?est pourquoi le changement de mentalité est si capital. On pourra faire 6 % et même plus. A condition qu?on soit individuellement et collectivement plus discipliné, rigoureux, ouvert, et tourné vers l?avenir.
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN
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