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La baraka naufragés du Sun Leopard

19 juillet 2006, 00:00

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Ils sont cinq naufragés à se retrouver, en juillet 1981, au sec et à sec à l?hôtel ?La Pirogue? après avoir dérivé pendant 51 heures à bord d?un canot de sauvetage à l?étanchéité douteuse. Le dinghy se dégonfle mais nos cinq héros ne sont pas des dégonflés pour autant car ils ne parlent que de se renflouer financièrement pour tenter de nouveau l?aventure, acheter un catamaran quelque part dans le monde et le ramener en Afrique du Sud, si possible sans faire de nouveau naufrage.

Ils sont : Pavel Rybka, 34 ans, tchécoslovaque nationalisé allemand, chimiste de formation, ajusteur en Allemagne de l?Ouest de 1968 à 1975, raffineur de pétrole en Norvège, à Anvers, en Afrique du Sud. Il a longtemps séjourné en Amérique du Sud et au Sri Lanka. Le capitaine Yves Bétuel se charge de son rapatriement en Afrique du Sud, à bord du Rogers Trader ; Graham Edward Suttie, 26 ans, inspecteur de casino au Sun City, au Bophuthatswana, un des Etats fantoches créés par l?Afrique du Sud de l?apartheid honni ; Roger Fraser Granger, 32 ans, également inspecteur de casino, ancien officier de la Royal Navy ; Gerald Stephen France, 30 ans, même profession, le play boy de la bande ; Richard Arthur Coleman, 23 ans, diplômé en génie électronique de la Brunel University de Londres où il fait la connaissance de plusieurs étudiants mauriciens, dont M. Kong Kee Fah, le major de la promotion, tellement brillant que ses condisciples font queue devant sa chambre, attendant leur tour de trouver, grâce à ses lumières, la solution à leurs problèmes qu?ils jugent insolubles. Eureka ! ils lui trouvent le surnom d?? Archimède. C?est tout dire.

Ils quittent les Seychelles à bord du Sun Leopard, catamaran de 14 mètres de long qu?Alan Budworth, Sullie et France viennent d?acheter pour la somme de 40 000 rands (Rs 360 000 dévaluées de 1981). Le voyage s?annonce, au départ, sous les meilleurs auspices. La mer est d?huile et le ciel bleu d?azur. Au soir du 5 juillet 1981, les cinq hommes d?équipage apprennent que la météo annonce du mauvais temps pour le lendemain. Le 6, à 3 heures du matin, changement de quart. France se met à la barre, Granger à la vigie et Coleman se tient prêt à toute éventualité.

Le Sun Leopard se trouve alors à 150 miles au nord de Madagascar, par latitude 10º 10 sud et longitude 49º 05 est. Le catamaran doit attaquer les vagues latéralement, montant et descendant des creux de cinq à six mètres de haut. Soudain une lame de fond s?écrase sur le pont arrière. Les hublots volent en éclats. Des trombes d?eau s?engouffrent par moments à bord. Le constat est immédiat : le Sun Leopard va couler. Il n?y a plus qu?à préparer le matériel de secours : dinghy, nourriture, eau, instruments de navigation. On met le canot de sauvetage à l?eau. On y prend place. On assiste, le coeur serré, à la disparition du catamaran dans les flots. La dérive commence et avec elle une longue attente devant durer 51 heures d?angoisse et d?incertitude. Curieusement, l?express qui publie le récit de ce naufrage, ne précise pas si le Sun Leopard a pu lancer un appel de détresse avant de couler par le fond.

C?est alors que nos cinq naufragés constatent que le dinghy se dégonfle. Ils repèrent une première fuite à l?avant qu?ils essayent tant bien que mal de colmater. Suttie en découvre une seconde après douze heures de dérive. Les naufragés sont trempés jusqu?aux os. Ils grelottent la nuit et subissent un soleil de plomb le jour. Ils scrutent sans cesse l?horizon et chaque faux espoir les décourage davantage. Le scintillement qui les entoure devient aveuglant. Fort heureusement, ils ont de quoi se nourrir, encore que les boîtes de conserve ont perdu leur étiquette. Ils doivent manger à la fortune du pot, découvrant la nature du contenu à son goût. Ils n?ont droit qu?à un demi-verre d?eau par jour.

En guise de mesures d?accompagnement dans leur détresse, ils ont droit à un cortège de requins, ne cessant de tourner autour de leur dinghy, faisant ainsi preuve d?une inquiétante patience. Ils ne consentiront à s?éloigner qu?à l?arrivée du navire sauveur. C?est Sittie qui le découvre après 51 heures de dérive. Il hurle : A shiiip ! Pas d?erreur possible. Cette fois-ci c?est la bonne. Mais ce sauveur tant attendu a-t-il seulement aperçu les naufragés qui comptent tant sur lui ? A toute vitesse, ils préparent les fusées de détresse. Le premier fait fusette. Le second laisse derrière lui une traînée de fumée des plus prometteuses. Le navire poursuit imperturbablement sa route. Il faut actionner une cartouche fumigène flottante. Chaque naufragé tient à bout de bras des cartouches fumigènes personnelles. Enfin, le navire commence à virer de bord et se dirige vers le dinghy. L?émotion est trop forte : les naufragés se jettent dans les bras, les uns des autres et se mettent à pleurer comme des gosses. Le Gulf Cem, le nom du cargo-sauveur, fait route sur la Réunion où il débarquera les naufragés recueillis. Il vient de dériver sur 50 miles pour permettre à son capitaine de faire le point. Le premier officier a juste le temps d?apercevoir la fusée de détresse avant qu?elle retombe à l?eau. A l?aide de ses jumelles, il découvre ensuite les fusées éclairantes et le dinghy aux cinq naufragés.

Le reste est une simple question de formalités. A l?hôtel La Pirogue où ils reprennent des forces, ils sont déterminés à repartir l?aventure. C?est vrai que la chance est pour l?instant de leur côté.

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