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Squadra Azzurra
Nul ne peut m?accuser d?avoir traité la Coupe du monde par-dessus la jambe. Je n?ai pas téléspectaté un seul match sans enfiler mes chaussures à crampons, les tricots adéquats et les chaussettes assorties. Des drapeaux habilement façonnés trônaient sur le divan et les menus du soir avaient banni implacablement les bouillons de brèdes de peur qu?ils ne brûlassent.
J?ai montré dans mon choix des équipes une impartialité admirable. Loin de ressembler à ces fans chauvins qui n?ont d?yeux que pour les représentants d?une seule nation, d?un seul pep, j?ai changé de conviction et de casaque avec une constance dans la diversité, une régularité dans le sanzman qui auraient fasciné tous les politiciens encore en liberté.
Retournant mon tricot à chaque occasion, à défaut de veste, j?ai été le caméléon de la nation arc-en-ciel. Tour à tour bouillant Équatorien, applaudissant peu après aux exploits ghanéens, j?ai brandi l?Union Jack, ondulé avec la ola espagnole et waltzé au bras de Mathilda quand j?ai cru que pour les Kangourous, c?était dans la poche. Sacrifiant un quart du pavillon mauricien, je me suis enroulé dans le jaune brésilien, esquissant une samba du tonnerre, lorgnant en même temps les belles de Rio et entretenant l?illusion d?effectuer plus de touches à moi seul que tous les Ronaldos de Sao Paulo.
Je n?ai pas négligé pour autant le reste de l?Amérique du Sud. Déguisé en gaucho pour les matches de l?Argentine, j?ai aperçu Maradonna sur les gradins et je jurerais qu?il m?a fait un petit allo avec la main de Dieu. Pour les Mexicains, basanés ou pas, j?ai arboré un sombrero gigantesque tout en m?irriguant la glotte à intervalles réguliers avec une tequila millésimée issue du plus bel agave.
Pendant ce temps, les arbitres, très imaginatifs, se donnaient à coeur joie sur le terrain. Le referee-gérant, c?est comme un martin : il faut lui couper le sifflet quand il est jeune. Jamais autant de décisions controversables n?ont été prises pendant une Coupe du monde et il y a même un arbitre qui est fortement soupçonné d?avoir eu des intérêts dans une usine de carton.
Finalement, le cas boche étant résolu et les portuguaises ensablées, je me suis dépouillé de leurs tricots peu enthousiasmants et me suis préparé au duel France-Italie. Avec Zizou, le maestro, Thierry Henry, le spécialiste du hors-jeu, Vieira qui botte de la tête et Thuram, la grand-muraille, soit dit sans le chiner, opposés à tous les Italiens qui portent des noms de voitures ou presque, Materazzi, Ferrari et Tutti quanti, il y avait du beau sport en perspective.
Bien installé dans mon fauteuil amiral, portant deux survêtements superposés, l?un blanc et l?autre bleu, un plaid bleu blanc rouge sur les genoux, et une écharpe vert, blanc et rouge autour du cou, j?étais paré à toute éventualité. Pour me remonter le moral, deux petites tables portant un bordeaux de derrière les fagots, et un Pô d?asti spumante complétaient les éléments indispensables à une bonne audio-vision.
Vous avez dû remarquer que je ne fais montre d?aucun parti pris dans mes préférences. J?ai acclamé longuement le penalty de Zidane, et salué le but italien comme il se doit et ai suivi le reste du match en alternant mes libations avec un souci d?équité digne de Salomon. Puis il y a eu Zidane qui est sorti crânement et les tirs aux buts dont un particulièrement imprécis et l?alea était jacta.
Pendant la remise du trophée, j?ai fait disparaître le survêtement blanc, me suis délésté de l?encombrant plaid tricolore et, couvert de bleu, j?ai fêté la victoire de mon équipe, celle que j?ai toujours soutenue d?ailleurs, en entonnant quelques classiques du bel canto, l?écharpe italienne tenue à bout de bras comme la taie d?oreiller de Pavarotti. Après quoi, ravi au lit, je me suis endormi béatement.
VOLCY
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