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?Avec le recul, je critique moins la coalition?

10 juillet 2006, 00:00

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À l?occasion de la réédition de deux de vos ouvrages, vous affirmez vouloir ?rééquilibrer l?Histoire?. Expliquez-nous votre démarche.

Pendant des siècles, on a écrit l?Histoire dans une perspective ethnocentrique jusqu?à ce que naisse dans les années 70, l?école quasi officiellement reconnue des ?nouveaux? historiens, avec Satteeanund Peerthum, Musleem Jumeer et moi-même. Nous avions une vue de l?Histoire débarrassée des lunettes ethniques. Ce qui ne veut pas dire que l?histoire des groupes ethniques n?a pas sa légitimité. Mais il y a des ouvrages qui sont dangereux pour l?unité nationale.

Vous rejetez l?étiquette d??historien de gauche.? Pourquoi est-ce qu?elle ne vous convient plus ?

Encore une fois, les historiens de gauche, ceux qui jugent certains aspects de l?Histoire comme pro-capitaliste et anti-travailleurs, ont leur légitimité?

Certains aspects ? Donnez-nous des exemples

?Pendant la période de la coalition, de 1969 et 1974, entre Sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) et Sir Gaëtan Duval, où il y a eu rétrécissement des libertés, s?est produit en même temps un miracle économique. Pourquoi reconnaît-on le bon travail de Lee Kwan Yu à Singapour, tout en étant critique d?autres aspects de son régime par rapport aux libertés individuelles ? Pourquoi fait-on l?éloge de la Chine, la quatrième puissance économique du monde, tout en ayant des réserves envers le régime. Pourquoi ne pas avoir ce même point de vue balancé chez nous ?

Vous sentez-vous des affinités avec d?autres historiens ?

Jocelyn Chan Low, Vijaya Teelock, Jean Claude de l?Estrac. Avant eux, Sookdeo et Basdeo Bissoondoyal, Félix Jacquemin que l?on connaît mal. Jean Baptiste Tabardin aussi, tous dépourvus d?ethnocentrisme. J?admire le courage qu?ils ont eu pour revoir l?Histoire de Maurice. Ils font un travail qui aurait dû se faire dans les années 60.

Votre parcours de journaliste vous a amené à couvrir le 12 mars 1968. SSR vous a accordé sa dernière interview. Quand on a été acteur d?événements marquants, comment les raconter comme historien. Est-ce 30 ans plus tard que l?on acquiert suffisamment de distance ?

Vous ne pouvez pas être totalement objectif, si vous avez 150 000 personnes remplies d?émotion autour de vous. À l?époque de l?Indépendance, il y avait eu des bagarres raciales en janvier, on avait peur que cela recommence. Il avait des doutes quant à la stabilité sociale. Le futur était incertain. Dans ces circonstances, on prend position pour son pays. L?indépendance n?arrive qu?une fois dans la vie. J?avais 19 ans, c?était une émotion terrible. Le journaliste raconte à chaud, l?objectivité est relative. Tant que l?on dit la vérité, que l?on est crédible?Quand j?écris des livres, c?est 15 ans plus tard, avec un bagage de dix ans de recherche. J?ai eu le temps de me détacher. L?émotion est devenue souvenir.

Vous dédiez ?Ramgoolam? au ?peuple admirable mauricien?. C?est parce que le ?peuple? a réagi favorablement à vos ouvrages qui sont en rupture de stock, est-ce de l?ironie ?

Non, ce n?est pas une ironie. Je ne gagne pas ma vie en faisant des livres. C?est vrai que je suis un best-seller ici, mais je trouve que les livres sont chers à Maurice. J?ai acheté mon livre chez Bookcourt pour l?offrir en cadeau, le libraire m?a dit que c?était le dernier exemplaire. Cela a été le déclic pour la réédition.

Vos rééditions comportent des modifications au texte publié initialement. Dans quel sens avez-vous orienté vos efforts de remise à jour ?

Pour le Comprehensive history of Mauritius, cela concerne surtout la coalition. Ce livre a été publié en 2001. À l?époque, Maurice était encore fortement marquée par la gauche intellectuelle. Maintenant, nous sommes entrés dans l?ère de la globalisation et l?écroulement des idéologies. J?ai écrit en 2005 au Canada. Cette distance donne une nouvelle lecture des événements. Je suis moins critique, je trouve que cela a donné le premier miracle économique. Depuis, tous les gouvernements successifs ont été investor-friendly.

Est-ce une coïncidence que ?Ramgoolam? ressorte sous un gouvernement travailliste ?

Je ne suis ni complaisant ni négatif envers SSR. Dans le livre, vous trouverez toute la critique de la gauche, mais je rééquilibre. Il fallait une nouvelle approche. J?ai été mauve. Maintenant, je suis redevenu indépendant. Je ne dois rien au gouvernement. Je suis éditeur et journaliste.

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