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Quand les prix subissent les caprices du marché

10 juillet 2006, 00:00

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Les prix prennent l?ascenseur. Les consommateurs sont désabusés. La spirale est-elle irrémédiable ? Le contrôle des prix peut-il encore être envisagé ? Pourquoi les prix flambent-ils le marché ? Les causes sont multiples et connues. ?Nous sommes, à Maurice, dans une structure oligopolistique où les producteurs jouissent du privilège d?augmenter les prix?, explique Sunil Bundhoo, senior lecturer Economics and Finances à l?université de Maurice. ?Les prix sont déterminés par l?offre et la demande et les coûts de production?, enchaîne Rajiv Servansingh, assistant secrétaire général de la Chambre de commerce et d?industrie.

Le fait demeure que si tout coûte aussi cher aujourd?hui, c?est que les règles du commerce international ont radicalement changé. ?Avec la mondialisation, la répercussion des hausses de prix se fait sentir plus rapidement sur un marché intérieur?, confirme Rajiv Servansingh. Les frontières se diluent, mais aussi les préférences. Même le régime des prix en liberté contrôlée ne fonctionne plus. ?Aucun gouvernement ne contrôle les prix. Mais il peut prendre certaines mesures pour que l?augmentation des prix ne passe pas immédiatement au consommateur?, assure Rajiv Servansingh.

Serait-ce tout ce dont un gouvernement est désormais capable ? La vigilance et le renforcement des instances de contrôle pour éviter les abus sont d?autres moyens pour préserver l?intérêt des consommateurs. Mais c?est un travail d?inspection et minutieux qui n?aboutit pas toujours. ?Généralement, ce sont les hausses dans les coûts qui entraînent une hausse des prix. Mais c?est difficile de vérifier tout cela. Parfois les importateurs peuvent demander à leurs fournisseurs qu?ils ne reflètent pas le prix réel. Pour éviter cela, il faut accroître la compétition?, fait remarquer Sunil Bundhoo.

La compétition est l?autre recette miracle. ?Ce qui est rassurant pour le consommateur, c?est de savoir qu?il y a de la compétition?, soutient, à cet effet Nicolas Kan Wah, directeur des magasins London Way, à Rivière-Noire. Le consommateur se doit de faire preuve de lucidité, souligne Rajiv Servansingh. ?Les prix reflètent une politique commerciale. Au consommateur d?acheter là où c?est moins cher. L?important est de s?assurer une compétition saine entre les entreprises et les commerces?, affirme-t-il. Nicolas Kan Wah, de son côté, explique que les commerçants n?ont aucun intérêt à flouer les consommateurs. ?Le client aujourd?hui est très mobile et infidèle. Si on veut le retenir, il faut établir une relation de confiance?, ajoute-t-il.

La confiance, c?est justement le maillon qui manque dans la chaîne qui défile du commerçant au consommateur, en passant par l?Etat. Celui-ci est de plus en plus vilipendé pour l?abandon graduel d?un modèle d?aide et de subvention. A-t-il le choix de faire différemment? ?Il arrive un moment où certaines subventions ne sont plus soutenables. Dans ce cas, soit on pratique le prix réel, soit on imprime des billets de banque dont la valeur dérisoire vient à appauvrir davantage le peuple?, fait, pour sa part, ressortir Rajiv Servansingh.

<B>Les intérêts des consommateurs</B>

Il est aussi vrai que le modèle économique mauricien dérive à grande vitesse vers l?ultra-libéralisme. Cela implique que le marché régit tout. La question se pose toutefois de savoir si le marché fonctionne en toute transparence. ?Le principal problème, je le répète, est le fait que le marché est oligopolistique?, insiste Sunil Bundoo. Il plaide ainsi pour la mise en place rapide d?une competition commission. Une loi en ce sens devrait être votée incessamment. ?Mais pour être efficace, il faut qu?elle soit dotée de réels pouvoirs afin de veiller sur les intérêts des consommateurs?, rappelle l?économiste. Des intérêts que les associations de consommateurs ne parviennent pas à défendre avec autant de succès qu?elles auraient souhaité. Car elles ne disposent pas des moyens financiers et des ressources humaines nécessaires pour cela. De surcroît, note Sunil Bundoo, les consommateurs se signalent par une certaine attitude passive.

Mais il n?y a pas que du noir au tableau. L?institution de l?Automatic Pricing Mechanism permet une certaine équation entre le marché, l?Etat et le consommateur. De même, le ciblage est une politique à encourager. Une manière d?acheminer l?aide vers ceux qui sont réellement dans le besoin. De la même manière, il y a des facteurs objectifs à prendre en compte. Ainsi, il faudrait reconnaître que la petitesse du marché n?encourage pas de nombreux acteurs à s?y engager. Aussi, la dépréciation de la roupie, précise Sunil Bundhoo, ne joue pas en faveur des Mauriciens. D?autre part, des pays émergents comme l?Inde et la Chine jouent les dérégulateurs sur le commerce international.

L?objectif désormais, notent les observateurs, est de remettre l?économie sur les rails. ?Après plusieurs années, on s?est rendu compte qu?il est impossible de continuer à accumuler des déficits. Cela aurait mis en péril toute l?économie du pays. Cette politique de vérité des prix fait partie des mesures qui permettront au pays de se resaisir?, estime Rajiv Servansingh. Cela incitera aussi, ajoute notre interlocuteur, chaque consommateur à revoir son comportement économique.

Rajiv Servansingh est catégorique, la spirale de hausse des prix traduit les forces et faiblesses de l?économie nationale. ?Ce qui compte désormais, c?est une meilleure compétitivité de l?économie nationale par rapport aux autres pays?, fait-il ressortir. C?est un débat de fond. Celui qui oppose le libéralisme à la social-démocratie. Mais cela, c?est un autre débat. En attendant, il faudra se convaincre que la dynamique du marché finira par jouer en faveur des consommateurs.

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