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Juste un bon polar
Il n?y avait vraiment pas de quoi fouetter un chat. Ron Howard, lui, ne s?en est pas donné la peine. Avec un roman polémique sous le bras (celui de Dan Brown qui a soulevé maintes passions à travers le monde), le réalisateur du Da Vinci Code a tout juste réussi à ficeler un polar.
Pourtant ce n?est pas l?envie qui manquait d?aller voir ce film. Depuis plus d?un an que nous avions dévoré le livre et qu?il nous était resté en mémoire aussi frais qu?au premier jour, nous étions impatients de découvrir ce qu?un thriller survitaminé grâce à une sacrée dose d?histoire de l?église et d?histoire de l?art, donnerait une fois restitué sur grand écran.
Preuve aussi que nous sommes trop (bien ?) conditionnés. D?abord par la critique française qui lors de la sortie du film au Festival de Cannes a hué le Da Vinci Code. Pour avoir lu une flopée de comptes rendus assassins (sceptiques que nous sommes en général), nous ne pouvions nous empêcher de penser que si pour une fois la critique était si unanime, c?est que le film tant attendu n?était pas à la hauteur des espérances.
Conditionnés aussi, nous l?avons été par les interdictions tombées dans trois pays et les appels au boycott lancés par l?église dans divers pays. Et la campagne d?explication dans laquelle l?Évêché compte se lancer chez nous.
Une fois le film visionné, la preuve est faite, le Da Vinci Code est un énième exemple qu?un roman palpitant ne fait pas nécessairement un bon film. L?histoire est à la limite banale : il y a eu meurtre. Le dossier est confié à un officier de police buté qui, une fois qu?il a trouvé son suspect idéal, ne le lâche plus.
Il revient alors au présumé coupable de prouver son innocence. Course poursuite, chasse à l?homme, des ?gentils? qui s?en tirent in extremis. Tout cela sur fond de descendance supposée de Jésus. Au spectateur de relier le Louvre, Leonardo de Vinci et ses tableaux représentant des sujets bibliques, dont La Dernière Cène. Si les ?révélations? sont minutieusement expliquées et mises en scène dans le roman, elles sont dévoilées en quelques secondes dans le film. Le ?décodage? tombe alors à plat comme un soufflet raté. Nous nous surprenons à attendre une fin qui tarde à arriver.
Auparavant, il faudra qu?Audrey Tautou, dont le personnage a été propulsé au rang de descendante de la lignée royale de Jésus et de Marie-Madeleine, se permette le luxe d?un clin d??il à l?épisode où Jésus marche sur l?eau. Sourire forcé. Mais il n?y a pas de quoi ébranler même les fois les plus vacillantes. C?est un film qui parle trop, mélange les demi-vérités à la fiction aux grosses ficelles.
Les personnages justement sont servis par un Tom Hanks boudiné, un Jean Reno figé, sans expression, comme taillé d?une pièce dans un bloc de granit. À l?autre pôle, Silas, le moine qui s?auto-flagelle est le personnage le plus dense de cette décevante intrigue. Un ?fantôme? qui meurt trop tôt, laissant l?intrigue se désagréger lentement, malgré les effets spéciaux.
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