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Le repli stratégique

24 juin 2006, 20:00

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Nous ne croyons pas qu’il faille éterniser la polémique pour savoir si l’Alliance sociale a trahi les électeurs, pendant la campagne de l’année dernière. C’est un problème qui doit être réglé entre le gouvernement et l’opposition sur d’autres plateformes.

Il était aussi question, dans le sillage du discours du budget, si l’opposition aurait pu faire autrement et présenter un budget aussi généreux qu’elle le prétend dans le contexte de l’économie mondiale. Cela aussi n’est plus d’actualité. Il suffit de prendre acte de toutes ces réactions de l’opinion et de les appréhender à partir des sensibilités politiques qui les ont animées.

Ces réactions, il faut le dire ont été multiple. Les mesures de rupture proposées par Rama Sithanen pour doper l’économie dans un nouveau contexte mondial sont audacieuses et visent à satisfaire des objectifs à long terme et avec les sacrifices que cela suppose dans le court et moyen termes. Sinon, Navin Ramgoolam n’aurait pas exhorté la population à l’austérité aujourd’hui, en attendant des jours meilleurs, demain, que les mesures budgétaires 2006-2007 ne manqueront pas d’inaugurer.

Les réactions hostiles au budget sont venues, dès le lendemain, de l’opposition. Ces réactions ont été amplifiées par la classe syndicale, frileuse par rapport à l’abolition du tripartisme avec les yeux rivés sur des intérêts sectoriels ; par d’autres partenaires sociaux dont les demandes n’avaient pas été écoutées et par une frange de l’opinion publique, celle des plus démunis, incapables de faire face à la situation avec la cascade d’augmentations de prix et dont la situation, selon eux, a empiré avec l’abolition des subsides sur le riz et la farine et celle de la distribution gratuite de pains dans les écoles.

Nous l’avons archidit, aucun esprit indépendant et raisonnable ne peut contester le package Sithanen visant à sortir le pays du marasme en vue, avec l’absence de filets de protection pour notre sucre et notre textile et aggravé par l’augmentation du prix du pétrole.

L’artillerie lourde

Pour audacieuses et courageuses qu’elles soient, ces mesures frappent de plein fouet, pour l’instant, les plus vulnérables. D’autant que Rama Sithanen s’est attaqué à des symboles forts du Welfare State que le précédent gouvernement, pour des raisons évidentes, a précautionneusement évité de mettre à mal.

Le riz, la farine, le pain (accessoirement les frais d’examens et la taxe sur la lump sum) ne sont pas exclusivement des denrées alimentaires. Ils sont les piliers de l’État providence. Le débat n’est pas de savoir si cette providence devra être revue et corrigée. Seuls quelques nostalgiques croient encore que l’État a encore les moyens de sa générosité.

Il était à prévoir que ce sont sur ces points que l’opinion hostile allait concentrer son tir. La résistance s’est ainsi organisée autour. Tous ont donné de la voix. Mais la plus significative est venue du député travailliste Suren Dayal, à l’Assemblée nationale, exhortant le ministre des Finances à revoir sa copie sur ce chapitre, compte tenu des sollicitations de ses mandants. D’autres députés, moins audacieux que Suren Dayal, se sont en fait rencontrés pour prendre acte des réactions de leurs mandants, surtout dans des régions rurales et ont fait part à qui de droit « qui aurait pris bonne note ».

À cela Rama Sithanen répond que chacun devrait assumer ses responsabilités. À l’Assemblée nationale aussi l’opposition a utilisé l’artillerie lourde plus particulièrement a partir de la PNQ de Nando Bodha concernant l’abolition de la distribution gratuite de pains à l’école sous l’item Primary School Supplementary Feeding Project. Jayen Cuttaree a retourné le couteau dans la plaie en insistant lourdement sur le fait que l’école primaire de Camp-Levieux a été privée de pains et que Rama Valayden allait certainement en subir les conséquences.

Formule idéale

Toutes ces pressions ont contribué pour que Rama Sithanen fasse des concessions ça et là. C’est ainsi qu’il a annoncé, cette semaine, que les frais de scolarité pour les examens (SC-HSC) seront rétablis à 100 % pour les plus nécessiteux, que la distribution de pains sera maintenue et que la lump sum ne sera pas taxable en deçà du seuil de Rs 1 million !

Ce que d’aucuns ont appelé « volte-face » peut être aussi qualifié de « repli stratégique » parce que Rama Sithanen avait sous-estimé l’ampleur de la réaction. Il nous a affirmé vendredi qu’il pouvait s’offrir le luxe de ces concessions parce qu’elles ne remettent pas en cause l’essentiel de sa réforme économique. « L’essentiel des mesures ne change pas ; bien au contraire. Il y aura un manque à gagner pour l’État, mais les autres mesures enclenchées pourront nous permettre de faire face à la situation », nous a déclaré Rama Sithanen.

Sur la distribution gratuite de pains, Rama Sithanen concède que la formule idéale reste à trouver. « J’ai eu des entretiens avec l’évêque de Port-Louis et nous sommes d’accord qu’il faudra trouver une formule qui ne porte préjudice à personne », a souligné le ministre des Finances.

En revanche, la formule est toute trouvée pour relancer l’investissement et la création d’emplois. À ce titre, si le secteur privé ne jubile pas, il affiche quand même une satisfaction à peine dissimulée quant aux mesures annoncées. Il n’a pas fallu plus pour accuser le grand argentier d’en être le porte-parole. Paul Bérenger a connu pire quand il était ministre des Finances. Ce qui a poussé Jean-Claude Barbier à se demander comment on aurait qualifié le leader du MMM si c’était lui qui avait présenté un tel budget.

Quoi qu’il en soit, plus que tout autre membre de l’opposition, Paul Bérenger sait dans quelles conditions Rama Sithanen a préparé son budget. D’ailleurs, avant son intervention jeudi à l’Assemblée nationale, Paul Bérenger nous disait qu’il n’allait pas faire preuve de démagogie et qu’il allait faire des propositions concrètes.

Même réaction de la part de Jayen Cuttaree à jeudi matin. Comme les aspérités de la campagne se sont arrondies depuis. Ce qui a permis aussi d’éviter les dérapages habituels lors des débats à l’intérieur et à l’extérieur de l’hémicycle.

Ce qui ne veut pas dire que le débat est épuisé. Tous attendent le moment où les mesures vont apporter leurs fruits.

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