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Généreuse Maurane
Pas une mouche ne vole au Mahatma Gandhi Institute ce mardi soir. Un auditoire conquis d?avance attend? la voix. Nous n?étions pas de celui-là, s?attendant à un énième tour de chant pendant lequel la chanteuse égrènerait une série de tubes. Mais c?était mal connaître l?artiste.
D?emblée, elle nous happe et nous transporte dans son monde. Celui de la Maurane des blues très profonds côtoyant la fêtarde aux humeurs métisses. « Ce sera le spectacle des possibles », avait-elle prévenu lors de la conférence de presse au Dinarobin, la veille.
Tout devient possible avec Maurane. Elle module à souhait sa voix, tantôt chaloupée et contrastée, tantôt presque à bout de souffle. Et puis soudain, quel débit, quel rythme ! ça swingue à mort. Sa vague musicale déferle sur nous et nous enveloppe dans une multitude d?émotions entre rires et larmes, entre excentricités et douceurs. De déhanchements prononcés en mimiques extravagantes, Maurane habite la scène, hante ses chansons. Elle décoiffe littéralement sur Toutes les mamas. Elle se pose Sur un prélude de Bach. L?artiste ne se donne pas en spectacle mais s?offre à son public, se dénude.
« Sur scène je me sens décomplexée, délurée. C?est beaucoup d?amour partagé. C?est de la douce énergie. J?ai l?impression qu?il n?y a pas de limite, pas de frontière », nous avait-elle confié. Il est vrai que ses deux instrumentistes, Philippe Decock, pianiste, et Patrick Delterne, guitariste l?ont portée jusqu?au bout. « C?est mon orchestre philharmonique à moi », nous a-t-elle présenté un brin espiègle. « Ils m?entourent. Avec eux, je vais sur du velours. »
Seule sur scène, Maurane n?oublie pas d?évoquer ceux qui ont contribué à la faire sortir des années de galère qu?elle appelle pudiquement années d?apprentissage : Peter Lorne, son ami de toujours, et Philippe Lafontaine « l?extra-terrestre », « mon frère de lait rencontré devant une pâtisserie. »
Chair de poule
Gourmande et légère, son ode au champagne est interprétée dans une effervescence de bulles. Elle n?oublie pas d?en offrir quelques verres à quelques-uns pour qu?ils puissent « boire dans le même rêve ». Le partage, l?échange ne sont pas de vains mots pour l?interprète de ça casse, Du mal, de Tout faux et de L?un pour l?autre.
Elle regrette de ne pas pouvoir chanter Tu es mon autre « faute de n?avoir pas pu emmener Lara Fabian dans mes valises ». Qu?importe ! Elle exhorte Éric Triton, présent dans la salle de la rejoindre sur scène. Celui-là même qui a jadis assuré la première partie de son concert au Casino de Paris. Deux tessitures de voix qui se déclinent, s?affrontent et se complètent. Une improvisation à vous donner la chair de poule. Un ultime morceau de bravoure. « Mon rêve serait de faire un duo avec Sting, Peter Gabriel, Youssou N?Dour ou pourquoi pas Daran qui écrit mon prochain album. »
En attendant, elle s?approprie Je ne sais pas de Jacques Brel et la restitue avec une exquise justesse. L?âme de Brel a plané ce soir-là sur la scène du MGI.
« Je ne sais pas pourquoi la pluie quitte là-haut ses oripeaux que sont les lourds nuages gris pour se coucher sur nos coteaux. Je ne sais rien de tout cela? » Mais je sais pourquoi j?ai aimé Maurane.
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