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La jeunesse en danger

25 juin 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La drogue n?est pas un jeu d?enfant ? ce thème choisi pour la 19e Journée mondiale contre l?abus et le trafic de drogue, célébrée demain, reflète bien la réalité. Des 200 millions de personnes accros à la drogue dans le monde, combien sont des enfants, des jeunes, consommateurs et dealers ? Des milliers et encore des milliers !

« On pense toujours que c?est un problème touchant les adultes, mais c?est faux. La drogue est un fléau social affectant la jeunesse. Les enfants doivent pouvoir comprendre le danger, qui est derrière la porte », a déclaré Sheila Bappoo, ministre de la Sécurité sociale, lors d?une conférence de presse jeudi dernier.

En 2004, une étude ? le Rapid Situation Assessment and Responses on Substance Abuse in Mauritius and Rodrigues (RSA) ? publiée par la Natresa, indique que 14,3 % d?étudiants du secondaire inhalent de la colle et d?autres solvants à Maurice, 2,2 % d?étudiants consomment du cannabis et 1,2 % d?étudiants du secondaire et 2 % du cycle tertiaire, de l?héroïne sur un échantillon de 320 étudiants.

Imaginons maintenant les chiffres parmi ces milliers d?autres non sondés et aussi l?évolution depuis 2004. Les résultats doivent donc être multipliés. « La situation est inquiétante. Un père de famille vient tout juste de passer me voir. Il m?expliquait que son fils de 14 ans vole tout ce qu?il trouve à la maison, qu?il ne rentre guère, ce qui indique qu?il se drogue peut-être. Sur le terrain, nous voyons que plus de jeunes tombent dans la toxicomanie », observe Dany Philippe, du Centre de solidarité.

Ses propos sont repris par le Dr Fayzal Sulliman, coordinateur à la Natresa : « Auparavant, on attribuait l?âge moyen du toxicomane entre 25 à 35 ans. Aujourd?hui, des jeunes entre 8 et 18 ans se droguent. D?abord, cela commence par la cigarette, l?alcool, le gandia puis cela finit par le brown sugar ou l?héroïne. Et n?oublions pas les solvants. Certains jeunes qui travaillent dans les ateliers de menuiserie, par exemple, ont accès à des produits comme de la colle, le thinner, le vernis, et en travaillant avec, ils les sniffent et sont dans un état léthargique. »

Les jeunes volent, agressent pour leur dose

Aveuglés, obnubilés par l?effet euphorique à court terme, les jeunes ne réalisent pas qu?à long terme, les drogues conduisent à la dépendance, rendent plus agressifs et provoquent des troubles psychiques et peuvent aussi entraîner la mort. Et pour avoir leur drogue, les jeunes volent, agressent, escroquent. Tout y passe ? bijoux ou autre article de valeur, bonbonne de gaz, lait pour bébé, viande dans le frigo, tout est bonnement vendu contre de l?argent ou troqué contre la dose ! Certains accros se transforment en délinquants et criminels et encourent le risque de contracter diverses maladies comme le VIH et l?hépatite, en partageant des seringues pour s?injecter la drogue.

Quelles sont les raisons derrière cette montée de toxicomanie chez les jeunes ? Curiosité, le peer pressure, et l?accessibilité aux drogues, évoquent nos interlocuteurs. Ces substances infiltrent les familles, les groupes d?amis, les établissements scolaires, les quartiers. « Les trafiquants ciblent de nouvelles clientèles. La stratégie des dealers est d?en donner gratuitement aux étudiants en leur faisant croire que cela va booster la concentration dans les études. Ensuite, ils sont piégés et deviennent dépendants. C?est comme ça que les collèges deviennent des marchés lucratifs pour les trafiquants », indique José Ah-Choon, du centre d?accueil de Terre-Rouge.

La drogue détruit silencieusement, non seulement ceux qui y sont accros mais leur famille aussi. « Pendant trois ans, Ravi s?est drogué et moi je l?ignorais. Il prenait tout l?argent que nous gagnions pour acheter de l?héroïne. Il ne se préoccupait même plus du sort de notre fille. Je devais emprunter pour la nourrir. Il se droguait tellement qu?il était à deux doigts de la mort et moi je sombrais dans une dépression, je ne mangeais plus. Cela a séparé la famille jusqu?à ce qu?il décide de s?en sortir », soutient Azia, 26 ans, dont l?époux était toxicomane.

Formation et prévention

Que faire face à cette situation alarmante ? « Il faut que chaque enfant puisse dire qu?il comprend le problème, qu?il lui tourne le dos et qu?il dise non à la drogue », indique Sheila Bappoo. Selon elle, l?éducation, la formation et la prévention sont indispensables à la lutte contre la toxicomanie. « Le combat du fléau n?incombe pas uniquement à la responsabilité de l?État, mais il faut que les parents, les enseignants, l?entourage des jeunes redoublent d?efforts pour venir en aide à ces toxicomanes qui veulent se réhabiliter. Il est aussi important d?empêcher les autres enfants de tomber dans ce piège », ajoute la ministre de la Sécurité sociale.

Depuis plusieurs années, la Natresa a entamé des campagnes de sensibilisation au fléau, notamment à travers le Community Prevention Programme (CPP). Un centre d?écoute ? Nou baz ? à l?intention des jeunes a aussi été lancé récemment à Curepipe.

« La prévention et l?encadrement sont très importants car il faut éviter des rechutes », déclare Imran Dhanoo, du centre Idrice Goomany. « Maintes campagnes d?informations se tiennent dans les écoles primaires et les collèges, les centres sociaux et de jeunesse. Quand on part dans ces établissements, on remarque que les gens ont une soif d?information à ce sujet, ils veulent connaître les méfaits de la drogue. Toutefois, le problème réside dans la mise en pratique de ces informations. Il faut peut-être évaluer le système de prévention pour voir comment on peut mieux faire circuler et appliquer les données », conclut Fayzal Sulliman.

LE TRAITEMENT

Pour sortir de l?engrenage de la drogue, il faut suivre un traitement comprenant la pharmacothérapie ? la substitution par des produits comme la codéine, le soutien familial et l?intégration sociale. Il est prévu d?introduire un autre substitut ? la méthadone. Cette mesure a déjà été approuvée par le gouvernement. Un consultant sera bientôt au pays pour faire un état des lieux avant la mise en pratique.

Où se rendre pour la désintoxication ? Plusieurs centres sous l?égide de la Natresa offrent le soutien et le traitement nécessaires :

  1. Centre d?Accueil de Terre-Rouge, Tél. : 248.70.41.

  2. Centre de Solidarité, Rose-Hill, Tél. : 464.99.80.

  3. Centre Idrice Goomany, Plaine-Verte, Tél. : 242.30.16.

  4. Help-De addiction Centre, Cassis, Tél. : 211.18.35.

  5. Sangram Sewa Sadan Day Care, Centre, St Paul, Tél. : 696.97.10.

  6. Chrysalyde, Bambous,

Tél. : 452.55.09.

TEMOIGNAGE

Kiran : « J?ai commencé à me droguer à 13 ans ! »

«La drogue dans tou coin la ri. La plipart banne zenes pe tome la dans, mais c?est ene vrai l?enfer » : cri de c?ur de Kiran. Depuis six ans, il mène une lutte sans merci à la drogue. Tout a commencé à 13 ans aux intercollèges. Ses aînés consomment de l?alcool et fument du gandia. Kiran leur emboîte le pas, par curiosité. « Mo ti pe senti moi bien, mo ti pe contigne dans sa simin la et mo ti pe frequente banne camarades ki ti la dans meme », déclare-t-il. Bon élément de la classe, Kiran néglige ses études, oublie de se présenter à certaines épreuves du SC, se trompe de date pour d?autres. Et il échoue à ses examens. Il prend donc des cours de mécanique pendant deux ans avant de travailler comme merchandiser. Là encore, il est happé par la drogue en rencontrant des amis qui l?initient au sirop. Entre-temps, il poursuit également avec le gandia et l?alcool.

Un an plus tard, Kiran perd son emploi. Il en trouve un autre trois mois après. Nouvelles connaissances. Nouvelle drogue. Deux jeunes l?initient au brown sugar. Puis vient l?héroïne. Pour trouver de l?argent, il conçoit une requête de donations pour une intervention chirurgicale fictive sur ordinateur. Avec ses amis, il fait du porte-à-porte pour demander des fonds. « Ene zour ene dimoune ine rapporte moi la polis ler mo ti pe ramasse cas. Mone sauve depi la caz, mone ale reste kot ene cousin ki drogue li osi. Mo papa ine rode moi. Ler la mone avoue li ki mo drogue et ki mo le arrete me ki mo pa pe capav », confie Kiran. Celui-ci l?aide à suivre un traitement chez un médecin pendant deux mois. Cela marche au début, mais dès que le jeune homme met le pied dehors, il subit des tentations. Il s?est ensuite inscrit au centre de Terre-Rouge pour une désintoxication et lutte depuis pour ne pas flancher à nouveau. « La mo pena tentation me mo gagne per kan mo sorti dehor. Ki pe atan moi, la drogue partou, bane camarade cav attire bane zenes la dans facilement. »

DECELER LA TOXICOMANIE CHEZ LE JEUNE

Comment savoir si votre enfantest toxicomane ? D?abord, il faut connaître ses habitudes.

Par exemple, où se rend-il après les cours ? Qui sont ses amis ? Cela constitue déjà une base élémentaire d?informations sur son comportement. Si celui-ci change, il faut s?interroger. Si vous voyez que l?enfant s?éloigne de vous, rentre de plus en plus tard et ne s?intéresse plus aux activités familiales ou s?irrite pour des futilités, cela peut indiquer une probable toxicomanie.

D?autres signes sur le plan physique peuvent aussi être observés :

des rougeurs ou une sensibilité à la lumière au niveau des yeux ; il titube ou marche comme s?il était en état d?ébriété ; il se néglige ; il a tendance à voler ou à chercher rapidement de l?argent.

Si vous découvrez que votre enfant se drogue, faites le point sur sa consommation avant d?intervenir.

Ne paniquez pas en lui montrant votre inquiétude, l?amour que vous lui portez ou encore votre position sur la drogue. Informez-vous sur le type de drogue consommée et vérifiez les raisons de sa toxicomanie. Gardez le contact avec lui, car c?est la meilleure façon de l?accompagner. Vous pouvez aussi chercher de l?aide auprès des centres de counselling et de désintoxication.

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