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Sithanen : budget de rupture pour l?avenir

23 juin 2006, 00:00

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Une rupture parce qu?il n?y avait pas d?autre choix. C?est ainsi que le ministre des Finances, Rama Sithanen, a défendu le budget présenté le 9 juin. Il a clôturé les débats sur le budget, qui est passé au stade de l?examen en comité.

?Si on était resté sur la même voie comme le préconise l?opposition, on aurait connu un désastre dans trois à quatre ans. Oui, c?est un budget de rupture car on n?a pas d?autre choix.? Chiffres à l?appui, Rama Sithanen argue que si on ne tente pas une autre approche, la croissance dégringolerait à 1 % tandis que le chômage atteindrait 15 % et le déficit budgétaire 9 % du produit intérieur brut.

Face à cette logique implacable des chiffres, Rama Sithanen se dit abasourdi par l?approche traditionnelle de l?opposition. L?ancien modèle économique basé sur la protection et les préférences est révolu. On ne peut construire l?avenir sur un modèle qui n?existe plus. ?Maurice est le pays qui a le mieux tiré profit des préférences. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. On ne peut lutter contre la mondialisation. Il faut s?y adapter.? Il y a unanimité sur le diagnostic. Les institutions internationales telles que Moody?s et locales telle la Mauritius Commercial Bank (MCB) disent la même chose ; l?économie est en sérieuse difficulté. La prescription comporte quelques mesures difficiles mais il faut agir en responsable pour assurer l?avenir plutôt que se contenter d?être populaire à court terme.

Détruire des emplois

Pour le ministre des Finances, il s?agit de régler les grands problèmes structurels du pays que sont le système de retraite et la politique de détermination des salaires. Ils ne sont pas nouveaux car il y a eu quatre rapports sur la politique salariale et plusieurs autres sur la réforme nécessaire de la pension. Mais personne n?a eu le courage de prendre le taureau par les cornes. Pire, on s?est même assuré que rien ne soit entrepris en renvoyant ces rapports devant des comités tripartites où les trois partenaires sociaux avaient tous des opinions tranchées et divergentes ; recette assurée pour un blocage.

L?attitude de dire ?Oui, mais?? a paralysé la prise de décision dans le pays. Les grandes réformes du budget visent à résoudre les principaux paradoxes de notre système économique. Tout le monde est pour le développement des petites et moyennes entreprises (PME), mais tout jouent contre elles ; bureaucratie, système fiscal, lois du travail...

Les tripartites ont contribué à détruire des emplois car avec le salaire relatif qui augmente irrémédiablement arrive un moment où l?alternative de la machine n?est plus viable. A quoi sert d?avoir des hausses de salaires ou des salaires minimums élevés s?il n?y a pas de jobs ? Une compensation salariale plus élevée rend un mauvais service aux 55 000 chômeurs, soutient Rama Sithanen. Dans aucun pays on ne paie un employé selon ses besoins, mais selon sa productivité. ?Le prix à payer pour la paix sociale ce sont 55 000 chômeurs.?

Tout le monde s?accorde à dire qu?il faut plus d?investissement étranger, mais la bureaucratie fait les pires misères aux investisseurs qui débarquent. Le système a des éléments qui défavorisent l?exportation et encouragent au contraire les entreprises à produire pour le marché local. ?Il faut éliminer ces contradictions.?

La facilitation de l?investissement, l?ouverture vers les capitaux et les compétences étrangères, la baisse de l?impôt individuel et de l?impôt sur les entreprises, les mesures de facilitation pour les PME sont autant de reformes qui vont dans ce sens. Une approche sectorielle, pour les capitaux ou les compétences étrangères, n?a pas donné de résultats. C?est pour cela qu?il faut une plate-forme générale pour attirer l?investissement dans tous les secteurs car on ne sait avec garantie quels seront les secteurs qui émergeront et qui créeront de l?emploi, poursuit le ministre. ? Maurice n?est pas le nombril du monde. Pourquoi un investisseur viendrait-il chez nous s?il est difficile de démarrer un business et s?il sera taxé plus qu?ailleurs ??

Gaspillage

Sur un plan plus politique, Rama Sithanen a répondu à ses détracteurs à propos du programme d?aide alimentaire dans les écoles et l?abolition des subsides sur le riz et la farine. Non, ce n?est pas la fin de l?Etat providence, mais au contraire des mesures courageuses pour assurer sa viabilité, assure Rama Sithanen. Le système d?aide sociale est mal ciblé et représente un gaspillage. ?La meilleure façon d?aider les pauvres est de les aider et non d?aider tout le monde en espérant qu?une partie de l?aide ira effectivement aux pauvres visés.?

A ceux qui le taxent d?être l?homme du FMI, Rama Sithanen répond que le FMI préconisait des mesures encore plus drastiques. Il voulait que l?âge de la retraite soit repoussé à 65 ans dans deux ans et demi seulement, tandis que la réforme qu?il a proposée prévoit dix ans de transition. Le FMI voulait aussi que 40 % des personnes recevant la pension de vieillesse de base soit éliminées du système.

Tout en disant ne pas souscrire à toutes les prescriptions du FMI, Rama Sithanen explique que les bailleurs de fonds internationaux que nous aurons à solliciter pour financer notre réforme ont les yeux braqués sur le pays. Il fallait donc donner des gages de bonne gestion économique. L?un d?eux a été la maîtrise des dépenses qui a permis de ne pas augmenter la TVA.

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