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Discipliner son enfant sans crise de nerfs

3 juin 2006, 20:00

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Des enfants comme Sean, Sabine ou Adrien, vous en connaissez. Lui a cinq ans. Si vous refusez de lui donner une paille dans son verre tout de suite, il tape des pieds frénétiquement. Il vous lance des objets au visage ou frappe les autres enfants qui sont à côté de lui. Pourtant avant, c?était un enfant charmant, qui vous faisait de gros câlins et de grands sourires. Il ne supporte pas qu?on ne le satisfasse pas immédiatement.

Elle a quatre ans. Elle veut sans cesse dominer son petit frère. Quand elle le frappe et que ce dernier se met à pleurer, elle hurle encore plus fort, se roule par terre et finit par tousser à ne plus pouvoir respirer. Elle est pourtant prévenante envers son petit frère à d?autres moments. Lui a trois ans. Il escalade tous les meubles, il est attiré par les interrupteurs, et plus vous l?empêchez de faire quelque chose, plus il veut le faire. Il se braque quand on lui interdit des choses mais cela ne l?empêche pas de réclamer les bras de sa mère à d?autres moments.

Trouver la juste mesure

Comment les parents réagissent dans de telles situations ? On leur a posé la question. Le scénario varie, voici en gros les échos. Pour que l?enfant n?éprouve pas d?angoisse, de tristesse, pour lui éviter des épreuves, les parents préfèrent combler les envies de leurs enfants. « Après tout, on n?a pas été avec lui toute la journée. On ne va pas le faire pleurer quand on est enfin ensemble le week-end », avance une maman.

Autre scénario : on le menace : « Tu verras, quand ton père rentrera. » On fait donc appel à un père fouettard ou à un « bonhomme ». On peut le faire chanter aussi : « Si tu continues, tu n?iras pas à la mer demain. » On lui colle parfois une étiquette : « De toute façon, tu n?es qu?un bon à rien. » Et puis, il y a les coups. Pour affirmer son autorité ou sous le coup de la colère, on le frappe, on lui tord le bras, on le pince. Sinon on cède, on lui donne ce qu?il veut parce que l?on est fatigué d?essayer de le raisonner.

Ce n?est pas facile d?être parents. Comme le dit François Dumesnil dans Parent responsable, enfant équilibré (disponible chez Bookcourt, Trianon), il ne suffit pas de donner naissance à un enfant pour devenir parent, car la responsabilité parentale va au-delà des soins et de l?affection. « Elle est l?expression d?une disposition à faire de son enfant non seulement quelqu?un de grand ou de bon, mais surtout quelqu?un de bien. »

Comment être compréhensif sans être laxiste, comment être constant sans être rigide ? C?est là toute la difficulté des parents. Entre l?enfant qu?on « dresse » et l?enfant roi, il faut trouver la juste mesure. Respecter ses droits, c?est, entre autres, ne pas le brutaliser, ne pas l?humilier, ne pas le traumatiser, lui permettre d?être heureux. Souvent on ne se rend pas compte du mal qu?on peut lui faire. On lui tire le bras parce qu?il ne marche pas assez vite, on lui dit de se taire quand il veut s?exprimer, on le renvoie dans sa chambre sur le champ, alors qu?il regardait un film? Après une journée stressante au travail, devant la complexité des enfants, on ne sait pas toujours par quel bout les prendre pour qu?ils s?épanouissent bien.

De l?autre côté, le statut de l?enfant a changé. Avec une meilleure connaissance de sa psychologie, on lui reconnaît beaucoup de droits. La campagne « 16 jours, 16 droits », lancée pour la troisième année par le bureau de l?Ombudsperson en collaboration avec le ministère de la Femme, nous sensibilise à ce propos.

C?est vrai qu?il y a beaucoup d?enfants qui souffrent en silence : main-d??uvre infantile, enfants battus et maltraités, abandonnés, victimes de crimes sexuels? Cette campagne permet de rappeler que les enfants sont des personnes à part entière et ont le droit à la sécurité, au confort, au bonheur.

Il n?existe pas de parents parfaits

Notre dossier s?adresse aux parents qui manquent parfois de repères, qui ne savent pas toujours comment dompter les crises de leurs enfants, quelles attitudes adopter ou éviter. En « pourrissant » son enfant, on l?aime mal et l?on bafoue son droit de s?épanouir pleinement. En s?enlisant dans une spirale de réactions inefficaces face à ses comportements, on fait du mal à l?enfant et à soi-même. S?il ne peut exister de parents parfaits, on peut, comme le fait ressortir Shirin Aumeeruddy-Cziffra, « accepter de se remettre en question pour aller dans le sens de cette perfection ».

Surtout n?allez pas croire que vous pourrez enrayer tous les conflits et que votre enfant peut être sage comme une image. Les crises, les caprices de vos enfants constituent une étape importante dans leur développement. Le tout est de savoir les gérer.

PETIT GUIDE DISCIPLINAIRE

Discipline ne doit pas être synonyme d?oppression. Vous pouvez prendre en main la situation sans écraser votre enfant, le brimer de peur ou lui dicter chaque aspect de sa vie.

■ Plutôt que de rechercher l?obéissance immédiate, laissez à votre enfant le temps de finir son match de foot avant d?aller ranger sa chambre.

■ La fessée n?est pas une solution. En réaction, l?enfant peut se soumettre avec amertume et rancune ou sinon provoquer le parent encore plus.

■ Laissez passer du temps entre le désir de l?enfant et sa satisfaction éventuelle. S?il réclame un gâteau avant le déjeuner, faites-lui comprendre que ce n?est pas le bon moment, mais qu?il pourra en manger à l?heure du goûté.

■ Ne menacez pas un enfant d?une sanction que vous ne pouvez pas tenir. Le parent est alors discrédité et l?enfant sait qu?il peut recommencer ses caprices.

■ Ne faites pas de marchandage du genre « si tu fais ça, je te donnerai ça ». Cela peut amener l?enfant à faire des choses avec calcul, lui donner pour exemple, un modèle fondé sur la corruption et la manipulation.

■ Évitez les formulations inefficaces, « Promets-moi que tu ne le feras plus ». Les enfants vivent au jour le jour et ont du mal à se projeter dans l?avenir.

■ Attention à l?indifférence quand votre enfant se roule par terre dans un moment de colère et que vous faites mine de ne rien voir. L?enfant vit mal l?indifférence, il se sent rejeté par ceux qu?il aime le plus au monde.

■ Attention au mépris. Cela nuit à sa bonne estime de soi. Ne le comparez pas à d?autres enfants, vous le dévalorisez. Ne lui faites pas des reproches sur sa personne.

■ Une sanction doit être éducative, et bien équilibrée. Obliger un enfant à aller dormir plus tôt ou le priver de dessert, c?est associer le sommeil qui est indispensable au bon fonctionnement de l?enfant et le besoin alimentaire, à une punition. On peut réduire son temps de jeu, supprimer un temps de télévision.

■ Par des jeux et d?autres activités, le parent peut aider son enfant à acquérir des valeurs pour mieux vivre son impatience et ses émotions soudaines.

Source : C?est pas bientôt fini ce caprice ?, Librairie Allot, Curepipe.

16 JOURS DROITS

L?Ombusdperson bureau, en collaboration avec le ministère de la Femme et du Bien-être des enfants, a lancé depuis le 1er juin la campagne « 16 jours, 16 droits ». Pour Shirin Aumeeruddy-Cziffra, responsable de cet organisme, cette campagne est l?occasion d?amener tout le monde et d?autres partenaires qui ?uvrent pour les enfants, à réfléchir sur la situation de nos petits. Dans ce contexte, plusieurs causeries et activités sont prévues. Un signet comprenant les détails des droits et responsabilités des enfants sera distribué dans les écoles. Voici ce qu?il dit :

UN ENFANT A LE DROIT :

● De grandir dans une famille

● À une éducation de qualité

● De rire, rêver et profiter de son enfance

● À un niveau de vie décent

● D?être protégé contre l?exploitation commerciale

● D?être protégé contre la torture et les traitements dégradants

● D?être protégé contre l?exploitation sexuelle

● D?être protégé contre le trafic d?enfant

● D?être protégé contre toute atteinte à sa vie privée et à son honneur

● D?être protégé contre toute forme de négligence

● D?être protégé contre la violence physique, y compris les châtiments corporels

● D?être protégé contre la violence psychologique

● De recevoir et de partager toute information appropriée

● De participer dans toute décision le concernant.

UN ENFANT SELON SON AGE ET SA MATURITE A LA RESPONSABILITE :

● De respecter les droits d?autrui

● De respecter ses parents, sa famille, ses amis

● De respecter l?environnement

● D?aider les autres dans le besoin

● De faire usage de l?éducation qu?il reçoit

● De partager ses connaissances avec les autres

● De préserver et respecter la culture des autres

● De servir son pays de la meilleure façon possible

● De respecter la différence des autres

● De ne pas brutaliser ou blesser les autres

● D?être honnête envers les autres,

● De s?auto-discipliner

● De dire non aux fléaux (drogue, alcool, prostitution?)

● D?aider à créer un monde digne des enfants.

Quand un enfant souffre trop d?amour

Dans de nombreuses familles l?enfant est le petit roi de la maison. On a peur qu?il soit traumatisé et on veut lui éviter toutes les difficultés. Mais au fur et à mesure que l?enfant grandit, il doit éprouver un mélange de déférence et de reconnaissance envers ses parents. « Le parent qui n?a pas pu se résigner à susciter des affects violents chez son enfant et qui s?est montré indûment complaisant à son endroit, n?a droit ni à l?une (déférence) ni à l?autre (reconnaissance) de ces manifestations », explique François Dumesnil dans son livre Parent responsable, enfant équilibré. Pour des personnes qui n?ont pas été choyées sur le plan affectif, leur enfant est un moyen de recevoir enfin l?amour dont elles ont été privées. Elles ont alors peur de perdre son affection. « Un parent n?est pas là pour se faire aimer, mais faire ce qu?il juge le mieux pour son enfant », rappelle François Dumesnil. « Le parent doit amener son enfant à se réaliser », poursuit-il. Exiger, interdire, parfois le punir, c?est la marche vers l?autonomie.

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