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Menwar, un monde en noir
Menwar, prophète ou oiseau de malheur ? Non, nous ne cherchons pas à lui enlever son mérite. Loin de là. Le chantre du sagaï a eu droit à son article de gloire dans l?édition du quotidien français Le Monde en date du mercredi 24 mai.
Il a pour cadre l?accueil enthousiaste qui lui a été réservé par le Festival de Musiques Métisses. Sous le titre ?Angoulême accueille le séga de Menwar?, le journaliste Patrick Labesse a offert une tribune internationale au Mauricien pour faire résonner non seulement sa musique mais surtout certaines vérités, pas forcément bonnes à dire sur le Maurice d?aujourd?hui. Le Maurice de l?envers des cartes postales.
Que dit en somme ?la voix rebelle du chanteur? ? Que ?Maurice, c?est un patrimoine culturel ignoré par les autorités, surtout préoccupées par le bien-être des touristes?. Un exemple concret ?
Un phénomène apparu avec le gouvernement actuel : l?intérêt du ministère du Tourisme pour une série de lieux historiques.
Parmi, et non des moindres : La Citadelle. Ceux qui ont un peu de mémoire se souviendront que les Assises du Tourisme avaient lorgné du côté de ces sites qui, une fois rénovés pourraient servir à divertir le touriste ? une initiative présentée comme le moyen de rentabiliser et d?entretenir notre patrimoine.
Anti-politiquement correct, Menwar poursuit. Lui, tout à coup élevé au rang ambassadeur du séga ( alors qu?il fait du sagaï, mais ce n?est pas le moment d?entrer dans les subtilités d?une musique faite pour ?percer l?âme?), donne un magistral coup de pied dans la fourmilière. Ne s?embarrasse pas du langage de la diplomatie.
Pour dire, avec les mots de Patrick Labesse que : ?à Maurice, la communauté créole à laquelle il appartient (un petit tiers du 1,2 million de Mauriciens) est aussi une communauté déconsidérée.? Voilà qui est balancé. Ce discours communautaire, cela fait plus de 20 ans que Menwar galère avec. La nouveauté, c?est qu?il a trouvé un autre retentissement.
Soyons honnêtes. Si ces propos de Menwar avaient été reproduits dans un journal local, la perception aidant, la réaction suscitée aurait sans doute était : ?Menwar se plaint encore. Et lui, qu?est-ce qu?il fait pour sa communauté ?? Mais de voir ce constat cinglant écrit dans Le Monde, cela nous force à réagir. à nous rendre compte que le malaise est bien réel, qu?il est social et politique.
Socio-politique aussi, le rappel que fait le journaliste de Le Monde des événements de février 1999. Maurice, ?ce peut être une prison où l?on meurt le crâne fracassé, comme le chanteur Kaya, le 20 février 1999 (sa mort provoqua l?embrasement de l?île).? Il a historiquement raison. Mais sept ans sont passés depuis cet épisode brûlant. Cela fait sans doute du bien de faire voler en éclat les clichés de paradis terrestre. Mais nous voulons croire que les Mauriciens ne sont plus tout à fait les mêmes. Nous voulons croire que Maurice n?est pas une poudrière ethnique équipée d?un détonateur au compte à rebours bien entamé. Nous voulons croire que Menwar n?aura été qu?un oiseau de malheur et pas un de ces prophètes annonciateurs de mauvais temps.
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