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Ses réseaux et son financement

21 mai 2006, 00:00

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«J?ai appris par l?intermédiaire de quelques personnes ici (NdlR : en Angleterre) que vous vous intéressez à nos sources de financement ! Cela risque de mettre des doutes dans la tête de nombreuses personnes », lâche Olivier Bancoult, manifestement énervé, au téléphone, vendredi soir.

La question du financement du combat des Chagossiens, auquel on s?intéresse ici, suscite à la fois passions et interrogations. Sachant que l?aide financière ne provient pas du gouvernement mauricien, mais principalement des fonds étrangers, il est intéressant de savoir qui finance le Groupe réfugiés Chagos (GRC). Et dans quels buts ?

Olivier Bancoult, dont le courage et la persévérance ont souvent été salués par l?opinion, se dit disposé « à exposer en détails, et documents à l?appui, les modes de financement dont bénéficie le GRC ».

Ce qu?il n?a jamais fait auparavant : « Zame personn pa finn dimann moi kestion lor finansman. Si ti dimann moi, mo ti pou montre. »

S?il est clair que beaucoup de Mauriciens et d?étrangers s?émeuvent devant le sort inhumain affligé au peuple déraciné de l?archipel des Chagos, sacrifié en 1965, en marge de l?indépendance de Maurice, et qu?ils contribuent « amicalement » et « politiquement » à la cause, il n?en demeure pas moins que le GRC bénéficie du soutien de gros bailleurs de fonds? qui ont d?autres intérêts.

La « campagne » internationale que mène Olivier Bancoult depuis 1998 nécessite de gros moyens logistiques et d?importantes ressources financières. Et pour cause, le GRC effectue en moyenne deux ou trois déplacements chaque année depuis 1998 et chaque déplacement comprend une délégation de cinq personnes au moins.

<B>Beaucoup d?« amis » </B>

Au CEB, où Olivier Bancoult travaille comme électricien ses collègues confient qu?il utilise tous ses jours de congé pour ses déplacements à l?étranger. « Li pa fasil pou so fami, li perdi tou so overtime ek son banne leaves dan so langazman. Le rezilta se li ki li soufer pou zoinn le de boutt pou roul so ti lakuizinn dan Cassis », témoigne Rosemond Saminaden, qui a longtemps travaillé avec Olivier Bancoult au CEB.

D?ailleurs, le leader du GRC, lui-même, se plaint souvent de ses conditions modestes. « Nou pena cash mem pou aste laparey foto », confiait-il récemment. En revanche, Olivier Bancoult compte beaucoup d?« amis » et de « bienfaiteurs » ici et là.

Le réseau de soutien, qui s?organise en Angleterre, se révèle efficace. Ce groupe de volontaires, constitué de Chagossiens résidant dans la capitale londonienne, s?occupe de la logistique, de l?hébergement et du transport de la délégation du GRC à chacun de ses passages à Londres. Mais bien que ces bénévoles apportent un soutien aux Chagossiens, leur contribution n?est pas suffisante pour les frequents déplacements et les frais y relatifs.

Un compatriote, installé dans la capitale londonienne depuis une dizaine d?années et propriétaire d?une auberge de jeunesse, raconte : « Au tout début, je les hébergeais pour rien, par solidarité. Nous organisions même des levées de fonds, telles que des soirées bingo et des bring & share pour leur venir en aide financièrement. Mais avec le temps, d?autres personnes, aux ressources financières bien plus importantes, les ont approchés. Aujourd?hui, ils n?ont plus besoin de nous? »

En outre, la Legal Aid du système judiciaire anglais, dont bénéficie le GRC, est une véritable manne tombée du ciel.

Les cabinets de consultants et d?avocats, auxquels a recours le GRC, utilisent astucieusement les fonds auxquels ont droit les sujets britanniques exilés des Chagos. Certains de ces avocats soutiennent en revanche que c?est pour leur « prestige » qu?ils se sont lancés dans ce combat.

<B>Rs 30 000 l?entrevue</B>

Selon Robin Mardemootoo, conseiller légal du GRC, la Legal Aid vise à mettre à la disposition des « pauvres » un financement pour leur permettre de payer leurs hommes de loi dans le cadre d?une procédure judiciaire. « L?une de mes premières démarches en 1998 a été de réclamer cette aide, car je savais que ce procès allait durer des années et qu?il serait nécessaire de payer les hommes de loi. Depuis que nous avons sollicité cette aide, toutes les heures passées par les hommes de loi des Chagossiens dans les affaires devant les cours britanniques sont payées par la Legal Aid Commission », explique-t-il.

Une assistance financière qui ne peut être négligeable, car le panel d?avocats du GRC regroupe des ténors du barreau britannique : Sir Sydney Kentridge QC, Laurie Fransman QC et Anthony Bradley QC. Une note qui devrait s?élever à plus d?une dizaine de millions de roupies pour les huit ans que leurs services ont été retenus?

Fernand Mandarin, leader du Comité social chagossien, qui mène un combat différent pour retrouver les Chagos « sans compromettre la souveraineté de Maurice sur l?archipel », se souvient d?un voyage effectué en Angleterre en 1995. « Je m?étais rendu avec Hervé Lassémillante, qui est notre conseiller légal, chez Anthony Bradleà Londres. L?entrevue que cet avocat nous a accordée, et qui n?a duré qu?une vingtaine de minutes, nous a coûté Rs 30 000 », relate-t-il. Et de faire ressortir qu?il lui avait fallu organiser une collecte auprès des membres de la communauté chagossienne pour s?acquitter de cette note « très salée ».

D?ailleurs, Fernand Mandarin s?est toujours posé des questions sur ceux qui financent Olivier Bancoult, d?où les profondes divergences entre les deux groupes. Le récent pèlerinage dans l?archipel, après quarante ans d?exil, a certes provoqué un dégel, mais n?a pas pour autant effacé les divergences? (voir hors-texte).

« Quand on sait ce que coûte un billet d?avion Maurice-Londres, Maurice-USA et quand on a une délégation de cinq à dix membres, on peut se poser des questions sur les moyens financiers dont dispose le GRC », affirme, quant à lui, un Chagossien établi à Londres, et qui a pris ses distances du GRC.

Là encore, Bancoult crie à la fabulation. « Ce que beaucoup de gens ne savent pas, c?est que nous avons acheté nos billets d?avion à crédit chez CIM. Certains de ceux qui nous accompagnent, employés au CEB ou à la CHC, ont demandé à bénéficier de leur passage benefits pour pouvoir faire le voyage à Londres avec nous », affirme-t-il. Et d?ajouter que les « rumeurs » colportées concernant d?éventuels financements douteux émaneraient de groupes « ki pe santi zot agase par bann rezilta ki nou lalit pe amene ». Olivier Bancoult n?en a cure. Le combat continue, peu importe ce que ses détracteurs peuvent penser. « Moi mo kone kot mo pe ale », déclare-t-il, convaincu de la justesse de son combat.

<B>Spéculations foncières </B>

Outre le soutien ponctuel des Mauri-ciens et Chagossiens vivant en Angleterre, le GRC d?Olivier Bancoult reçoit aussi l?appui financier d?ONG implantées en Europe et aux États-Unis, (voir ci-contre). Autant d?aides internationales qu?a su galvaniser Olivier Bancoult. « Il a su sans conteste faire valoir ses talents en matière de relations publiques », fait ressortir un haut responsable d?une ONG européenne, approché par Olivier Bancoult. Son engagement est « symbolique et humanitaire ».

Sur le plan local, il n?est un secret pour personne que des membres influents du Mouvement militant mauricien (MMM) ont aidé Bancoult et son groupe pendant de longues années. Un ancien député de ce parti politique, Mathieu Laclé, confirme avoir donné un coup de main au GRC. « Li vre ki dan le pase, nou finn ed li dans so konba. Moi ek lezot kamarad, nou finn aport nou led », explique-t-il. Arianne Navarre-Marie, autre députée du MMM, explique elle aussi avoir contribué « de petites sommes » pour faire avancer la cause. Pour Ram Seegobin, de Lalit, le soutien apporté aux Chagossiens ces dernières années a été davantage politique et militant que financier.

Outre les membres de la classe politique, d?importants groupes, dont plusieurs hôtels, de Maurice, de Grande-Bretagne et des pays arabes, ont démontré un certain intérêt dans les actions légales entamées par le leader du GRC.

Ainsi, des hommes d?affaires, qui accordent des soutiens financiers « plus que généreux » lorgnent déjà sur les plages vierges de Peros Banos et de Salomon. Des projets hôteliers et de pêche hauturière feraient l?objet d?une évaluation attentive, et ce, dans la plus grande discrétion. Déjà le mot est lâché : spéculation foncière. Des kilomètres de sable fin et une impressionnante zone économique exclusive d?une mer poissonneuse entourant les 65 îles éveillent des appétits gargantuesques. Et qui se traduisent par une aide intéressée qui se chiffrerait à des centaines de milliers de roupies. Mais valeur du jour, personne de l?entourage d?Olivier Bancoult ne saurait dire de combien d?argent dispose le GRC et surtout comment les fonds sont gérés...

« Le combat chagossien était une cause, il est devenu un enjeu à but lucratif », résume pour sa part Me Hervé Lassémillante, l?avocat de Fernand Mandarin. Selon lui, de tels intérêts capitaux sont une menace directe pour la souveraineté de Maurice sur l?archipel. « Les Britanniques peuvent jouer des cartes additionnelles. N?oublions pas que Robin Cook, dans son livre Partnership for Progress, reconnaît le droit à l?autodétermination. Ce qui implique que les Anglais peuvent bafouer l?intégrité territoriale de Maurice en négociant directement avec les Chagossiens-Britanniques. »

Devant cette avalanche de soutiens, nombreux sont ceux à crier gare. « Bancoult zordi linn vinn enn leroi, tansion li vinn enn pion dans sa zoue la dan lamin bann superpuissances », prévient un Mauricien installé en Grande-Bretagne depuis plus de dix ans.

Tous aujourd?hui accourent vers Olivier Bancoult : politiciens, hommes de loi, ONG, industriels et opportunistes de tout acabit. Il est au centre d?enjeux à la fois géostratégiques et économiques. Saura-t-il rester suffisamment lucide devant tant de générosité étrangère ? Restera-t-il fidèle aux revendications mauriciennes ? L?avenir le dira.

<B>31 sites Internet pour aider les Chagossiens</B>

Pas moins de trente et un sites Internet sont dédiés à la cause chagossienne. Plus d?un million de personnes, à travers le monde, ont déjà visité ces sites. Au moins huit associations, dont la plupart européennes, proposent un plan d?aide aux Chagossiens. Les internautes, qui se sentent interpellés par la cause, peuvent faire des dons à travers la plateforme givenow. org. Ces dons sont par la suite versés au Chagos Conservation Trust et au Friends of Chagos, deux ONG de la Grande-Bretagne.

Les associations qui récoltent les fonds sont : The Swiss Chagos Support Committee (Suisse), The British Indian Ocean Territory Islanders Group (Grande-Bretagne), Amnesty International (Grande-Bretagne), Human Rights Clinic (Washington), Faculté de droit d?Aix-en-Provence (France), The Chagos Support Association (Grande-Bretagne), The Ilois Support Trust (Grande-Bretagne).

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