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?Bénarès?, quand aucun cliché n?entrave l?expression

17 mai 2006, 00:00

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Ça doit être ça attendre la mort. Façon Bénarès. Une longue route. Avec tout au bout, une destination insaisissable. Une arrivée qui n?est pas une fin. Un paradis qui commence par un monument aux morts.

Et un enfer pour la critique. Bénarès, le film mauricien très attendu signé Barlen Pyamootoo, a été projeté en avant-première hier au cinéma Star au Caudan. Road-movie ? Rien à voir. Pourquoi toujours vouloir tout classer ? Céder aux automatismes et vivre dans un monde ordonné.

Dire que Bénarès, ces sont quatre protagonistes qui roulent pendant tout le film dans un pick up, c?est ne pas en dire assez. Dire que Bénarès, ces sont deux jeunes qui ramènent deux prostituées à la maison, c?est être à côté de la plaque.

Le public d?hier, acquis à la cause du film nous l?a prouvé. Surtout quand il a dit son incompréhension face au visa 18 qui frappe le film. D?accord, les parties génitales masculines sont citées nommément. D?accord on y mentionne les rondeurs féminines.

Mais l?essentiel est ailleurs. Impalpable (sans jeu de mots). Il est dans cet envoûtement signé Ernest Wiehé. Comme un charmeur de serpent, il coordonne son jazz avec les sifflotements des personnages, créant un jeu de correspondances. Un petit manège qui vous suit longtemps après la fin du film. Au point de se surprendre à siffloter soi-même cette mélopée de voyage.

La musique démarre à chaque fois que le pick up repart. La musique enveloppe les fréquents gros plan, de face ou de profil de Mina (Vanessa Li), Zelda ( Sandra Faro), de Jimi le chauffeur (Jérôme Boulle), de Nad (Davidsen Kamanah) ou de Mayi (Kristeven Mootien). Leur donne une raison d?être. Se fait personnage.

C?est la musique qui réchauffe l?atmosphère à la nuit tombée, quand elle se fait séga-jazz. C?est la musique qui établit la complicité entre les femmes et les deux copains, quand elle se drape dans des soieries de sitar et de tabla.

Qui dit charmeur de serpent, dit fakir. Il est là, dans ce gros plan de plusieurs secondes, d?un ciel crépusculaire couvert. Du ciel et de la musique. Rien d?autre. Amateur de film d?action, laissez vos a priori aux vestiaires.

Amours illicites

C?est le fakir qui nous parle. Il est là, planqué derrière la caméra. Nous hypnotisant avec ce voyage, qui s?achève au début de la nuit. Fakir, Barlen Pyamootoo l?est, pour avoir réussi ce tour de passe-passe qui est d?amener des spectateurs mauricien à regarder Maurice.

Pas le Maurice des cartes postales aux couleurs retouchées à l?attention des touristes. Non, plus le Maurice lisse, aux amours illicites, cachés derrière des paravents. Mais dont l?urgence s?imprime en ombre chinoise à tous les coins de rue.

Mais un Maurice qui assume sa part de fantasme. Qui cherche à sortir de son ennui, de ses codes convenus. Egratignant au passage, Port-Louis, ville-morte après la fermeture des bureaux. Montrant que prostituées n?est pas synonyme d?écervelées mais plutôt de sensibilité. Mettant en image une conversation où un homme peut parler de foot avec une femme, sans que celle-ci ne meure d?ennui ou ne fasse semblant de s?y intéresser. Rien que pour cela, Bénarès mérite de cultiver ses affinités avec un plus large public.

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