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G. Duval allergique aux sermons “communistes”

16 mai 2006, 00:00

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Notre actualité de 2006 fait la part belle à nos infortunés ministres, contraints de sermonner lors de liturgies religieuses, pour ne pas froisser des dirigeants religieux trop heureux de voir prêcher à leur place des politiciens, à l’odeur de sainteté parfois douteuse et contestable. Les temps changent car à la mi-mai 1981, des politiciens passent au crible des homélies des plus sacerdotales et cléricales, n’hésitant pas à les dénoncer s’ils estiment qu’elles leur rappellent quelques réminiscences du Manifeste du parti communiste du Kamarade Friedrich Engels. Curieux changement. En 2006, il suffit d’accuser un locataire de l’Hôtel du gouvernement d’être à la solde de la haute bourgeoisie et du capitalisme le plus sauvage pour que frétillent les démagogues populistes et opportunistes. Il y a 25 ans, il suffisait de coller, sur le dos d’un adversaire politique ou d’un religieux, une étiquette frappée du sceau du marteau et de la faucille, pour espérer se faire bien voir d’une prétendue masse silencieuse, censée capable de modifier le cours de l’histoire électorale. Il n’est pas empêché de rêver, même à voix haute.

Rodrigues demeure plus que jamais au cœur d’une controverse opposant, sinon le gouvernement Ramgoolam de ce début de 1981, du moins son aile duvalienne au diocèse du Port-Louis et de son pasteur, Mgr Jean Margéot. On se souvient de sa tournée pastorale dans cette île au terme de laquelle il réclame une enquête sur son administration insulaire. La requête épiscopale donna lieu à des réponses parlementaires ramgoolamiennes ne brillant guère par leur clarté cartésienne. L’on sait encore l’ami Gaëtan se rendant à Rodrigues pour mieux se désolidariser du premier meeting du 1er-Mai du PMSD, organisé par le seul tandem Eliézer François/Paul Chong Leung. On pensait terminée toute cette agitation rodriguaise au fond de notre marmite politique. Ne voilà-t-il pas que, censeur et inquisiteur improvisé, notre ami Gaëtan accuse l’abbé Philippe Tam In d’avoir prêché le communisme à l’occasion de la messe du fête du Travail à Rodrigues. Faut croire que les insinuations duvaliennes anti-Ta Min sont suffisamment insistantes pour que Mgr Jean Margéot prenne publiquement la défense de ce membre de son presbyterium. Il adresse, à cet effet, une circulaire aux journaux de Maurice et de Rodrigues.

Allusion est faite aux attaques proférées par les porte-parole du PMSD, contre le Père Philippe Tam In, lors d’un meeting politique à Rodrigues. Le leader des Bleus qualifie la messe célébrée par ce prêtre « de 25 minutes de prière et d’une heure de meeting ». Gaëtan Duval demande même aux Rodriguais de rédiger une pétition, à envoyer au pape Jean Paul II, pour dénoncer cette « propagande communiste » dans les églises catholiques de Rodrigues.

Mgr Margéot tient à rassurer ses ouailles. Il a mené son enquête à la suite des allégations duvaliennes. Il se déclare en mesure d’attester qu’il n’y a rien de communiste dans le prêche de l’abbé Tam In ni dans les prières et cantiques utilisés à l’occasion de cette messe.

L’évêque de Port-Louis rappelle que l’Eglise catholique a le devoir de porter témoignage quand les valeurs spirituelles et les droits de l’Homme sont menacés. Promouvoir la justice et dénoncer les injustices, défendre les pauvres, être la voix des sans voix, relèvent de sa mission prophétique qui poursuit celle de son fondateur, Jésus de Nazareth, mort et ressuscité. Tout prédicateur catholique doit prêcher l’Evangile du Christ ainsi que la doctrine sociale de son Eglise. L’Eglise reconnaît et respecte l’autonomie du pouvoir temporel. Les domaines politiques et économiques ne relèvent pas de sa compétence car sa mission est d’ordre spirituel. Elle garde soigneusement ses distances de l’arène politique et on la comprend sans peine. Elle n’a pas à s’identifier à un gouvernement quelconque ni à un parti politique ou à une organisation s’apparentant à un mouvement politique.

Gaëtan Duval s’étant abaissé à rappeler les subventions que le diocèse de Port-Louis reçoit du gouvernement, Mgr Margéot rappelle les faits relatifs à ces subsides. Son diocèse reçoit chaque année Rs 4.68 par fidèle comme n’importe quelle autre religion reconnue par le gouvernement de Maurice. En tant que prêtre au service du diocèse de Port-Louis, l’abbé Tam In reçoit Rs 1 053 par mois alors que les services qu’il rend à l’ensemble de la population rodriguaise dépasse largement cette somme. Il n’est pas un fonctionnaire de l’Etat et n’a pas de compte à rendre à ce dernier. Les subsides accordés aux religions sont certainement très appréciables mais en aucun cas ils ne sauraient empêcher le diocèse du Port-Louis de remplir sa mission apostolique.

L’évêque de Port-Louis conclut en faisant confiance à la sagesse de la population rodriguaise. Elle sait quoi faire avec ceux qui calomnient les prêtres qui se dévouent à son service.

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