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Famille : Éviter la discorde

14 mai 2006, 00:00

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Archipel sacré, noyau de la civilisation : c?est en ces termes que Maurice Chepalan et Will Durant entre autres auteurs, dépeignent la famille. De tout temps, elle a été considérée comme une institution prépondérante. Les chercheurs estiment que ses origines remontent à plus de 300 000 ans, soit à l?époque de la préhistoire ! L?image la plus classique est celle de l?homme de Cro-magnon, allant à la chasse ou cherchant des plantes pour nourrir les siens.

Dans l?Antiquité romaine, la famille (familia) est étymologiquement l?ensemble des famuli ? esclaves de maison du maître ? puis l?ensemble des personnes vivant sous le même toit, sous l?autorité du paterfamilias, le chef de famille. Traditionnelle-ment, le père prenait les décisions et chaque membre devait travailler pour contribuer aux besoins familiaux. Cela se reflétait aussi dans la Chine, l?Égypte, la Grèce, ainsi que l?Inde.

Puis, à travers les siècles, il y a eu beaucoup d?évolution. Révolution industrielle, changement des valeurs, nouvelles priorités, autant de choses qui ont altéré les schémas familiaux traditionnels. Outre la famille dite nucléaire, d?autres formes ont émergé ? famille recomposée (avec remariage), monoparentale (avec un père ou une mère seuls), et même intergénérationnelle (avec les grands-parents, les parents, les enfants).

Tendre l?oreille aux autres

Mais tous ces changements ne sont pas si positifs. En effet, dans beaucoup de familles, le temps des grandes réunions est révolu. Chacun y va selon sa disponibilité. On préfère se cantonner dans un petit cocon d?individualisme, ?uvrer pour son bien-être personnel. On se destine au travail, au point de ne même plus croiser ou voir sa famille.

La vie actuelle est de plus en plus dure, avec le développement de la précarité, des fléaux sociaux, du chômage, et nous avons du mal à gérer notre temps et à concilier les désirs des uns et des autres. Il n?est pas toujours évident d?écouter, de se faire comprendre et encore moins de trouver une synergie au sein de la famille. D?ailleurs, les liens de sang ou d?alliance tissés au gré des années, ne sont plus respectés.

Du coup, la famille finit par subir un dysfonctionnement. Les valeurs sont en chute libre. Inceste, violence domestique, meurtres? la liste est longue.

Derrière ces faits-divers se cachent souvent des conflits familiaux. « La famille, ce havre de sécurité, est en même temps le lieu de la violence extrême », écrivait Boris Cyrulnik, dans son ouvrage Les nourritures affectives. Une plus grande accessibilité au divorce contribue à la scission de la famille?

Peut-on encore espérer resserrer les liens ? Peut-on sauver la famille ? Qui d?entre nous n?est pas convaincu qu?elle n?est pas la chose la plus importante, celle à laquelle on veut consacrer le maximum de son temps ou, à défaut le meilleur de nous-mêmes ? Nous le souhaitons tous. Il convient de travailler ensemble pour recoller tous les fragments de la famille, mais aussi de savoir tendre l?oreille aux besoins des autres membres. Balzac disait que la famille sera toujours la base des sociétés? Gageons pour qu?elle le demeure !

À LIRE

Les bonnes habitudes des familles épanouies

« Bien sûr, aucune famille ne ressemble à une autre. Chaque situation est unique? Mais comme moi, nous nous débattons avec les mêmes problèmes, nous affrontons chaque jour les mêmes défis. Et tous, nous voulons donner priorité à notre famille ». Dans son ouvrage, Les sept habitudes des familles épanouies, cet auteur établit sept règles contribuant à l?épanouissement de la famille ? la proactivité ? la qualité de la famille qui est capable de faire ses choix et de dominer les forces contraires, de savoir dès le départ où on va, de définir ses priorités, de penser gagnant-gagnant, de chercher d?abord à comprendre avant d?être compris, de créer un effet de synergie pour s?appuyer les uns sur les autres et de construire la culture familiale et finalement le renouvellement des ressources pour favoriser le bon développement de la famille. Vous y trouverez de nombreux conseils et illustrations selon des cas de figure. Ce livre est disponible chez Bookcourt.

LES 7 ERREURS A NE PAS COMMETTRE :

L?absence de dialogue

« C?est un facteur important de dysfonctionnement de la relation familiale. En effet, le monde actif dans lequel nous vivons nous impose un rythme de vie, aux dépens de certaines valeurs. Un enfant/adolescent passe la majorité de son temps ?actif? à l?école. À la fin de la journée, les parents sont souvent préoccupés par des contraintes telles que faire la cuisine, les tâches ménagères, etc. Peu de temps et peu de place sont accordés à la communication », affirme Natasha Chakowa, psychologue clinicienne. Pour Vidya Charan, Senior Programme Officer à la Mauritius Family Planning Association, parents et enfants, engagés dans un monde en pleine compétition, négligent le dialogue : « Certains parents pensent que l?école va les remplacer, tel n?est pas le cas. L?école a le rôle d?éduquer, et le parent celui d?instruire. »

La solution : « Il serait intéressant, par exemple, d?ouvrir un espace de parole où chaque membre de la famille pourrait partager les bons et les mauvais moments de la journée. Pour les plus petits, le moment de se coucher est privilégié. Le père ou la mère peuvent, après le rituel du soir, interroger leur enfant sur le déroulement de la journée », indique Natasha Chakowa.

L?individualisme et le surplus de travail Chaque membre de la famille a ses priorités. Et souvent, on pense que les 24 heures d?une journée ne suffisent pas pour tout faire. Pourtant, quelques minutes seulement suffiraient à accorder une place et un temps à son enfant ! « Trop souvent, les parents culpabilisent de ne pas donner assez de leur temps. Or, l?enfant pourrait plus apprécier un temps court mais pleinement vécu, plutôt que toute une demi-journée avec son père/sa mère qui seraient physiquement avec eux, mais pressés ou agacés par des contraintes de leur vie professionnelle ou personnelle », estime Natasha Chakowa. Pour Vidya Charan, comme la société est en pleine mutation, on accorde plus de temps aux choses matérielles qu?à la qualité de la vie. « Il y a un délaissement de la famille qui résulte d?un manque de formation et d?éducation des parents », explique-t-elle. Il ne faut pas se dire que les enfants ont seulement besoin qu?on subvienne à leurs besoins de base !

La solution : Natasha Chakowa préconise un temps qualitatif où le parent pourrait accorder quelques minutes à son enfant pour être disponible, jouer avec lui, le connaître. Il faut surtout favoriser l?écoute, la compréhension, le partage d?idées et respecter ce moment privilégié. « Il ne faut pas penser uniquement à ce qu?on peut gagner, mais aussi à ce qu?on peut donner », souligne Vidya Charan.

L?excès de liberté

Faire ses propres choix, sortir à sa guise et bénéficier des dernières facilités technologiques ? les enfants ont davantage de liberté aujourd?hui. Combien passent leur temps avec leurs amis ou à surfer sur le Net ? Pourquoi ? « Pour s?affranchir de la culpabilité de ne pas donner assez à son enfant, le parent a tendance à donner sans compter et à avoir du mal à poser des limites », affirme Natasha Chakowa. Or, pour l?enfant, les limites qui lui sont imposées sont des obstacles parfois irritants. On les entend souvent rétorquer au parent qu?il est arriéré mais en fait, le parent ne cherche qu?à protéger son enfant. Les limites sont des barrières de sécurité à l?intérieur desquelles l?enfant se sent à l?abri.

La solution : Chaque limite qu?on lui impose lui donne l?occasion de progresser. Il faut évidemment faire un savant dosage, et même quelques concessions s?il le faut. Par exemple, un « non », s?il s?oppose au désir de l?enfant, doit être raisonnable pour ne pas le décourager. Car nous savons aussi que le « non » peut finalement avoir l?effet contraire et inciter l?enfant à franchir la limite. Il faut établir une bonne relation, comme un échange pour que les deux parties ? parents et enfants ? en bénéficient.

La perte d?autorité parentale Beaucoup d?enfants n?en font qu?à leur tête, défiant la loi parentale ! Face à cela, certains parents démissionnent. Et ce, car ils se disent : « si je ne lui permets pas de faire ce qu?il/elle veut, elle va m?en vouloir et donc? il/elle ne m?aimera plus », selon la psychologue. Or, on retrouve souvent chez les ados les deux extrêmes. D?une part, ils affichent leur besoin d?autonomie et leur revendication de ne plus obéir à la loi parentale. Ils veulent vivre leur propre expérience et se sentir adultes. Dans ce clivage, les rôles de chaque partie s?effritent. Toutefois, les enfants ont plus que jamais besoin de savoir que leurs parents sont là, prêts à les soutenir. L?autorité parentale a donc toute sa raison d?être.

La solution : Les parents pourraient établir les règles de la maison, leurs attentes. Un dialogue pourrait ensuite s?installer. L?enfant doit sentir qu?il peut parler sans tabou et le parent ne doit pas s?offusquer des questions des enfants, car ces derniers veulent avoir des informations.

Secrets et mensonges

Chaque famille a ses secrets ! Il y a des choses que l?on tait, de peur de froisser ou de blesser les autres membres. Mais toutes ces cachotteries ne finissent-elles pas par envenimer les choses ? « Cela démontre qu?il y a un manque fondamental dans cette famille, que les valeurs apprises à la base pour l?épanouissement de cette dernière ne sont pas respectées », affirme Vidya Charan. Sans parler des mensonges? « Un parent trop strict, qui ne sait pas s?interroger sur les besoins de son enfant, court le risque que ce dernier outrepasse un jour les limites. L?enfant pourrait alors utiliser le mensonge pour réaliser ses rêves. Il n?offrirait ainsi à ses parents qu?une vision déformée de ce qu?il est », répond Natasha Chakowa.

La solution : Pour éviter ce genre de situation, le dialogue, le partage et la remise en question sont importants. « Être parent, c?est s?interroger chaque jour, s?adapter à chaque situation nouvelle ainsi qu?à chacun de ses enfants », affirme la psychologue. Il faut favoriser un climat de compréhension et de tolérance.

Jalousie et rivalité

C?est un phénomène que l?on observe dans de nombreuses familles. Selon la psychologue, en général, l?aîné a du mal à se laisser détrôner par le cadet, et le cadet peut se sentir coincé entre son aîné, qui représente un modèle inaccessible, et le benjamin qui obtient encore toutes les faveurs de sa mère?

Elle ajoute que, lors d?une nouvelle naissance dans une famille, on peut observer des régressions (l?enfant cherche à redevenir petit, veut la sucette, recommence à faire pipi au lit etc.). Souvent, un membre pense que l?autre bénéficie des préférences d?un parent. Cela peut alors générer des conflits.

La solution : Il est essentiel que l?enfant puisse exprimer ce qu?il ressent et que, malgré ses sentiments négatifs, il ait l?assurance d?être aimé. Les parents ont du mal à comprendre cette situation car, disent-ils, « on les aime de la même manière ». Oui mais, autant on peut aimer tous ses enfants, autant la manière de le montrer, peut être perçue différemment par les enfants ! Des petites choses comme, par exemple, ouvrir les albums et de montrer aux plus grands qu?eux aussi ont eu droit aux mêmes attentions peuvent aider à atténuer ce sentiment. Il faut insister sur le fait que chacun d?eux a une vie et une histoire privilégiée.

Dépendances et fléaux sociaux

Alcool, drogue, chômage, adultère : autant de causes qui divisent la famille. Sous l?influence des dépendances, l?époux (se) ainsi que les enfants sont négligés par le chef de famille. Dans beaucoup de cas, ils sont soumis à la violence. L?argent est un autre facteur qui peut entraîner la déchéance. On devient plus matérialiste et on veut tout avoir facilement. Pour ce faire, certains s?adonnent aux jeux d?argent ou sont sujets au surendettement. Lorsque tout ne tourne pas comme on le voudrait, il faut trouver un moyen d?évacuer les frustrations. Et les personnes les plus proches sont les membres de la famille. Face à cela, la structure se brise et le divorce peut aussi survenir.

La solution : Il faut être réaliste ? c?est en fournissant les efforts que l?on va progresser. Il ne faut pas aller plus vite que l?on ne peut. Il convient aussi de bien définir les rôles de chacun dans la famille, de voir comment chaque membre peut apporter son soutien financier et psychologique.

COMMENT BIEN GERER LES CONFLITS

Les disputes au sein de la famille sont normales ! Entre frère et s?ur, père et mère, et les autres membres. Mais bien souvent au lieu de les résoudre, on met de l?huile sur le feu. « Souvent, nous ignorons comment faire pour gérer les choses efficacement. Nous avons tendance à choisir la confrontation. Or, il y a des situations où il est préférable de l?éviter, surtout lorsqu?elle peut générer la violence », confie Natasha Chakowa. Selon le Dr Thomas Gordon, auteur du livre Relations efficaces (disponible chez Bookcourt), il existe trois moyens de résoudre les conflits.

En premier lieu, déterminer une solution et l?imposer. Puis, dire que l?on ne souhaite pas en faire tout un plat, en espérant que cela va se régler et finalement, ouvrir un dialogue réfléchi en tenant compte des opinions de chacun pour trouver un consensus.

« Il s?agit de bien repérer quand et quoi dire. Donner des leçons de morale pendant une heure à un adolescent qui a dépassé ses limites ne sert à rien. Il suffit déjà de laisser passer la crise et reprendre ensuite avec lui les attentes des parents de manière simple, claire et concise », confie la psychologue. Ce que le conflit peut générer de positif c?est le dialogue, la communication et la possibilité d?un compromis.

SOYONS HEUREUX ENSEMBLE

Bien que l?on ne trouve guère de temps à s?y consacrer, les activités en famille sont réjouissantes ! C?est un moment où on peut se retrouver, discuter, oublier ses soucis et chercher un peu de réconfort ! Rien de tel que de retrouver sa tribu dans une fête ou autour d?un barbecue à la plage. Mais bien sûr, lorsqu?on est à plusieurs, des chamailleries peuvent survenir. Comment sauver la mise ? Vous pouvez distiller un peu d?humour. Veillez aussi à éviter les sujets qui fâchent pour ne pas éveiller les malentendus. Vous pouvez enfin évoquer les souvenirs d?enfance ou sortir les albums de photos.

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