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La mort des tripartites

14 mai 2006, 00:00

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■ Dossier réalisé par Rabin BHUJUN

Vous êtes priés d?assister aux funérailles des négociations salariales tripartites. Un enterrement officiel est prévu dans les jours à venir. La date vous sera bientôt communiquée.

Après son décès survenu jeudi dernier, l?heure est déjà à l?après-tripartites. Mais au lieu de parler de mort, on ferait mieux de parler de réincarnation. Car c?est un National Wages Council qui devrait remplacer les tripartites dès l?année prochaine. Cette version locale des négociations sectorielles continuera toutefois à être arbitrée par le gouvernement. La rupture avec une pratique installée depuis le début des années 1980 est doublement importante. Car elle semble marquer la volonté du gouvernement d?aborder autrement la gestion des affaires de l?État.

Au lendemain de son élection, Navin Ramgoolam affichait une priorité : « restaurer le climat de confiance dans le pays. » À grand renfort de mesures populaires : comme le rétablissement de la pension universelle et le transport gratuit pour les personnes âgées et les étudiants. Navin Ramgoolam assoira l?image de ce « caring government » qui l?obsède tant durant les 100 premiers jours de son mandat. En plombant davantage les finances de l?État au passage.

Mais moins d?un an après, les choses ont bien changé. Le discours plus rigoriste de Rama Sithanen, le ministre des Finances, a pris le dessus. Les effets du « triple choc » et la dette publique pharaonique (Rs 115 milliards, soit près de 60 % de notre produit intérieur brut, ) ont achevé de convaincre les députés et ministres les plus populistes de la nécessité d?entamer quelques réformes profondes. La première victime a été trouvée : les tripartites.

Le dossier à charge était épais, tant les tripartites ont été décriées par le patronat comme une forme de négociation salariale trop archaïque et lourde à gérer. Pour le gouvernement, sa grande part d?intervention dans la détermination de la compensation salariale faisait de lui l?objet de pressions ou menaces provenant aussi bien des syndicats que du patronat. Il fallait s?en débarrasser. Et ce sont les syndicats eux-mêmes qui ont offert au gouvernement l?occasion de signer l?acte de décès des tripartites. En demandant trop.

La première demande de compensation était de Rs 718. Un chiffre que Sithanen et le privé ont vite fait de liquider en insistant sur son irréalisme. Soit, les syndicats contre-proposent. Ce sera Rs 392 ou rien. Sithanen étouffe presque en estimant le coût de cette proposition sur l?économie : Rs 3,3 milliards. Inacceptable, protestent le gouvernement et le secteur privé.

La proposition finale est arrêtée. Les syndicats devront s?en contenter : 5 % à ceux qui perçoivent jusqu?à Rs 2 700 et Rs 135 pour ceux gagnant plus. Ce qui constitue un fair deal pour l?économie : Rs 590 millions à financer par l?État et Rs 855 m par le secteur privé. Les esprits s?échauffent et les syndicats quittent la table des négociations.

L?occasion est trop belle pour ne pas la saisir. Sithanen « prend la nation à témoin » pour critiquer l?inflexibilité du mouvement syndical. Il explique qu?une solution d?appoint leur avait été proposée sous la forme de négociations sectorielles avec les secteurs d?activités et entreprises susceptibles de payer une plus forte compensation à leurs employés. Les syndicats refusent.

La voix éraillée, comme sous le coup de l?émotion, Sithanen explique qu?il a tenté de raisonner les syndicats. « On ne peut pas continuer avec le même modèle. Quand je leur parle de discipline et de la nécessité de faire des sacrifices, ils me répondent que c?est le problème du gouvernement, pas le leur. »

« La proposition la plus rétrograde »

Dehors, la sourde colère des syndicats gronde déjà. Sithanen passe désormais pour être « l?homme du privé. » La proposition du gouvernement est qualifiée de « la plus rétrograde qu?on ait vue ». Youssouf Sooklall, qui faisait campagne pour l?Alliance sociale lors des dernières élections générales, remet ses habits de syndicaliste pour « condamner » un gouvernement qui a « tendance à s?aligner sur les propositions du patronat ».

Les protestations et menaces de manifestations de grève n?y feront rien. La locomotive est en marche. Sithanen refuse de parler de la mort des tripartites mais laisse clairement entendre qu?on réfléchit déjà à l?après. « On ne peut pas subir des changements brutaux et dire qu?on continuera à garder le même modèle économique et de dialogue social.

Il faut les adapter aux exigences de la mondialisation. Il faut le faire dans le dialogue et à travers des réformes. Une équipe travaille à l?adaptation de cette institution mais aussi de plusieurs autres. »

D?autres réformes vont être initiées

Le mot est lâché. Il n?y a pas que les tripartites qui seront remises en cause. D?autres réformes vont intervenir. Sithanen semble avoir reçu le soutien du cabinet sur le dossier tripartites. Comme pour bien le montrer, c?est flanqué des ministres Arvin Boolell, Vasant Bunwareee et Rajesh Jeetah qu?il a animé la conférence de presse à l?issue des tripartites jeudi.

Vendredi, le communiqué du cabinet rappelle « qu?en dépit de la situation économique difficile et compte tenu de la nécessité d?alléger le fardeau de ceux au bas de l?échelle, une compensation intégrale de 5 % sera payée à ceux touchant un salaire mensuel allant jusqu?à Rs 2 700?» Aucun mot sur la réforme des tripartites ou son remplacement par le National Wages Council.

La question demeure toutefois. La réforme des tripartites est-elle annonciatrice d?autres réformes imminentes ? La réponse se trouve au Conseil des ministres. Dans l?entourage de Sithanen, on évoque six à sept mesures « très difficiles » qui devraient être annoncées dans le budget. Et qui seraient synonymes de profondes réformes dans certaines institutions. Mais la bénédiction du cabinet, et de son patron, ne serait pas encore totalement acquise au ministre des Finances. Tant les réformes seraient en rupture avec l?ordre établi.

C?est Ramgoolam qui tranchera. Et à défaut d?apporter un soutien public, total et clair à Sithanen, il semble lui offrir son aide logistique. C?est Dan Callikan, le Senior Advisor de Ramgoolam en matière de communication, qui a orchestré les dernières conférences de Rama Sithanen. Est-ce une raison de croire que le discours rigoriste de Sithanen a été approuvé par le Premier ministre ? Si c?est le cas, le temps de la réforme est arrivé.

Reste à Sithanen de la mener à bien pour produire les résultats économiques dont il se dit capable.

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