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200 millions et 1 000 arpents

14 mai 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le 5 juin 2005, nous écrivions ceci : « (en) la présente conjoncture, le patronat mauricien a un rôle historique vital à jouer dans le processus de développement économique et de modernisation sociale ». À l?heure des préparatifs du budget 2006-2007 cette réflexion est plus que jamais d?actualité.

La situation actuelle exige un réel élan de solidarité reposant sur un effort de c?ur, de raison et d?intelligence afin d?éviter, à brève échéance, une catastrophe. Pour forger l?avenir du pays, il faut sortir des généralités. Soyons « focus » et concret. R. Sithanen a clairement exposé les données de l?équation socio-économique et a affirmé que la seule option possible est la réforme et l?ouverture.

Le secteur privé ne peut continuer à ignorer ceux qui avancent qu?on ne peut persister dans la voie d?un développement qui objectivement ne fait qu?enrichir les riches en ne laissant que des miettes ? et encore ! ? aux autres. "We cannot have growth without equity because growth becomes politically and socially unsustainable if its benefits are captured only by the business elite", peut-on lire dans un récent rapport de la NPCC. Ce modèle de développement comporte en son sein une bombe à retardement sociale dont la mèche est déjà allumée.

Vouloir s?accrocher à un statu quo relève non seulement d?une absence cruelle de clairvoyance, mais aussi d?une inquiétante méconnaissance de ses intérêts à plus ou moins court terme. Ce n?est pas en évoquant à tout bout de champ que les risques, réels, et autres appréhensions, compréhensibles, d?une perversion politico-idéologique d?un projet de nouveau modèle de développement, qu?on va créer les conditions pour un dialogue vrai et porteur d?avenir entre l?État et le secteur privé.

Il est grand temps que ce dernier commence à jouer sa partition ! Pour cela, il est impérieux pour lui de repenser et réinventer ses institutions, telles que la JEC et la MEF, en termes d?hommes et de femmes pour les animer, et de leurs structures et modes de fonctionnement.

Dans l?immédiat, le secteur privé peut lancer des initiatives, autant symboliques que concrètes, autour de trois axes, afin d?envoyer des signaux forts. En somme, il s?agit de décliner concrètement et de manière élargie sa responsabilité sociale et citoyenne.

La notion de « Corporate Social Responsibility » (CSR) doit être comprise « comme la poursuite de l?économie par d?autres moyens, la notion renvoyant moins à une économie du don qu?à une économie de la responsabilité ou de la responsabilisation ».

Le premier axe consiste à s?assurer que tous les membres du secteur privé consacrent 1 % de leurs profits pour soutenir des initiatives et des projets allant dans le sens de diffé-rents niveaux d?intégration sociale. Concrètement, cela équivaut à un montant d?au moins Rs 200 millions par an comme contribution dans la lutte contre la précarité et l?exclusion, aux initiatives d?employabilité de jeunes et de moins jeunes par le biais de la formation aux nouveaux métiers, et pour soutenir le développement des micro-entreprises liées aux secteurs piliers de l?économie nationale.

Le deuxième axe est la terre, cette denrée sensible. Il existe des compagnies qui possèdent d?importantes étendues de terres dont une partie est exploitée de manière marginale. En appliquant le principe de 1 %, il y aurait plus de 1 000 arpents de ces terres qui pourraient être utilisées pour des besoins socio-économiques ? développement agricole et résidentiel ? et culturels. À l?État d?assurer que l?utilisation de ces terres aille dans le sens d?une intégration socio-spatiale dans le cadre d?un aménagement global du territoire national.

L?« Equal Opportunity Act » n?est pas que l?affaire du secteur privé. Pour qu?il soit une réelle avancée historique, il est nécessaire que non seulement le secteur privé, mais tout le monde, à commencer par les politiques, disent haut et fort qu?ils s?engagent à tout mettre en ?uvre pour sa réussite. Soulignons que de nombreuses compagnies du privé ont déjà compris les vertus d?une politique de gestion des ressources humaines basée sur la méritocratie.

Le pays ne peut se payer le luxe d?antagonismes sociaux paralysants pénétrés de zones de conflits inutiles, et issus de postures populistes ou d?impostures démagogiques. Le mouvement syndical, les politiques et la société civile doivent, eux aussi, envoyer des signaux forts, nourris des valeurs de responsabilité et de devoir envers le pays. Pour construire des partenariats justes, efficaces et durables en vue d?un nouveau modèle social.

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