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Le désert de la médiocrité

14 mai 2006, 00:00

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Nos dirigeants ont l?étrange propension à tout qualifier d?historique. Cela s?applique à la petite visite stérile au Mozambique effectuée par Bérenger aussi bien qu?à la Légion d?honneur que Jacques Chirac a décernée, au nom de la France, à Navin Ramgoolam. On nous a gavés de moments, d?événements et de décisions soi-disant historiques. Mais la marche de l?histoire est souvent silencieuse. Si nous écoutons bien toutefois, il se peut que nous entendions ses bruits de pas en ce moment même.

Le sentiment est diffus. Par intuition ou clairvoyance, on a la nette impression que Maurice n?est plus la même, qu?elle sera appelée à subir de profondes mutations dans les mois, et à plus forte raison, dans les années à venir. Que fait-on dans ces moments-là ?

On ne peut pas reprocher au gouvernement, Rama Sithanen en tête, de rester droit dans ses bottes et de décliner son discours de discipline, de solidarité et de patriotisme sous toutes ses formes. C?est là une manière d?aborder cet avenir, qui diffère, paraît-il, de celle de l?opposition. Au moment où le débat sur l?avenir du pays et de ceux qui l?habitent devrait faire rage, Paul Bérenger affiche d?autres priorités. Il peaufine ses cours magistraux d?histoire qu?il compte bientôt donner. Part en pèlerinage à Haïti. Laisse à ses lieutenants le soin de commenter les actualités du pays. Le MSM passe, quant à lui, son temps à réfléchir aux coups tordus qu?il pourra jouer à son allié d?hier, ou à la manière d?entraver l?oncle qui semble vouloir ennuager le soleil du neveu. Quand celui-ci se décide à critiquer l?action du gouvernement, c?est pour ne pas dire grand-chose d?intéressant.

Ainsi va l?opposition. Elle ne réfléchit plus. Ne propose plus. Elle est pathétique et enfantine. Si occupée à vouloir confisquer ou casser le jouet de l?autre. Alors que se prépare un budget qui sera un événement, historique peut-être. Pourtant, en attendant cet accouchement, les contractions qui le précèdent secouent déjà le pays. Cette semaine, un pan important de notre système de dialogue institutionnel est décédé. L?arrêt de mort des tripartites a été signé par le gouvernement. Il y a là de quoi faire réagir au quart de tour une opposition qui se respecte, ou à tout le moins, lui faire élaborer des contre-propositions. Mais l?opposition bégaie des protestations sans aligner une seule proposition. Pendant que dans ce pays, on réfléchit sur des nouvelles lois du travail, sur une ouverture de l?économie qui sera synonyme d?arrivée de nouvelles technologies, de nouvelles idées et de nouvelles personnes sur notre sol. Rien à faire, l?opposition n?en a cure et ne veut pas débattre.

En face du désert d?idées de l?opposition, un autre vide intellectuel occupe le pays tout entier. Même nos gaillards « academics » font pâle figure, eux, si soucieux d?étaler leurs connaissances, notamment cette fameuse « exposure » dont ils disposent. Ils se retrouvent donc à parler dans l?abstrait des concepts et initiatives en vogue au Venezuela, en Thaïlande ou en Irlande plutôt que de se préoccuper de notre situation bien réelle à nous ! Et les « Think tanks » ? Où sont donc ces clubs de gens qui réfléchissent et qui proposent, demanderez-vous ? Il n?y en a pas ! Car à Maurice, bien évidemment, un « Think tank » serait assimilé à un lobby défendant des intérêts particuliers. Dire un ou plusieurs mots de travers contre le gouvernement vous ferait entrer assez vite dans les mauvais cahiers de certains avec la mention : « à surveiller ».

Le vide perdure donc. Et comme la nature a horreur du vide, à Maurice, elle s?est saisie de la commodité qu?on trouve le plus facilement pour y pallier : la médiocrité. Celle des syndicats qui ne comprennent rien aux mots solidarité, sacrifice ou patriotisme. Celles des ministres qui sont en train de faire pression, pour certains de manière éhontée, pour que Sithanen se montre moins « borné » dans ses objectifs budgétaires. Ainsi va la médiocrité dans notre pays?

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