Publicité
En avant, marche !
C?est un vaste programme, sans doute le combat le plus audacieux qui soit à Maurice : organiser une marche (une gay pride, presque) pour dire non aux discriminations envers les Lesbiennes Gay Bi Transexuel (LGBT). Une chose est sûre, le Collectif Arc-en-Ciel n?a pas froid aux yeux. Il continue de plus belle sa lutte contre l?homophobie. Petit à petit, il veut bousculer les mentalités, jouer la carte de l?égalité. « Les homosexuels ne sont pas des citoyens de seconde zone », martèle Jean-Luc Ahnee, le porte-parole du collectif. C?est le message qui découle du combat de l?association.
Pour frapper encore plus fort, une marche sera donc organisée le 20 mai à midi, au Plaza. Cela coïncide avec les gay prides qui ont lieu dans plusieurs pays. Cette marche veut surtout avoir une portée symbolique, être un tremplin pour sensibiliser la population et faire que cessent les inégalités et les souffrances subies par les homosexuels à cause de leur orientation sexuelle. De quelles souffrances est-il question ? De la pression sociale, la stigmatisation, la loi du silence, la solitude? La vie d?un homosexuel est un long fleuve tumultueux à en croire les témoignages qu?on a reçus.
Le conflit est d?abord intérieur. « Lorsque j?ai réalisé que j?étais homosexuel, j?ai eu du mal à l?accepter moi-même. J?avais des voix intérieures qui me demandaient pourquoi je n?étais pas comme les autres. J?ai pensé au regard des autres, à ma famille mais je ne pouvais pas changer ce que j?étais », confie un jeune cadre. Jensen, comptable, a longtemps vécu « caché », de peur d?être mis à l?écart. Il a dû imaginer mille et une ruses pour ne pas se trahir au bureau et en famille. Mais la meilleure chose à faire dans ce cas est souvent de s?accepter tel que l?on est et de le revendiquer. « Dévoilé, on se sent moins seul. Le coming out m?a soulagé d?un fardeau même si au bureau certains disent que je mène une vie malpropre », explique-t-il.
Le conflit avec les autres est parfois tellement insoutenable, qu?il peut mener à des comportements radicaux. Suicide et homosexualité se conjuguent trop souvent avec une grande évidence. Ce n?est pas l?homosexualité en tant que telle qui mène au suicide mais bien l?homophobie qui en découle. Un jeune homosexuel aurait entre quatre à sept fois plus de risque d?attenter à sa vie. « Se soustraire d?un monde qui ne m?accueille pas, c?était ma pensée première en commettant cet acte. Mais au fond de moi, je savais que je faisais cette tentative de suicide pour provoquer quelque chose », raconte Sabine.
Le droit d?exister
Les préjugés mènent la vie dure aussi. On a tendance à pratiquer sciemment l?amalgame entre homosexualité et pédophilie. Qui plus est, au nom des conceptions religieuses, politiques ou culturelles, l?homosexualité est considérée comme une menace pour l?institution familiale et les valeurs dominantes.
Tout n?est, décidément pas « gay » dans le monde. Si dans certains pays, les homosexuels ont droit au mariage, à l?adoption d?enfants, l?homosexualité est illégale dans plusieurs pays, les rapports sexuels entre des personnes du même sexe sont passibles de la peine de mort dans des États africains. La sodomie reste illégale même dans plusieurs États américains. Il n?est pas venu le temps où on parlerait des amours de Rimbaud et Verlaine comme on parle de ceux de Roméo et Juliette.
La marche Arc-en-ciel qui sera suivie par une soirée au Kart Loisir à 22 heures, s?inscrit dans une logique précise. Aussi longtemps qu?il y aura des gens qui seront marginalisés, la lutte continuera. Le mot d?ordre est que les homosexuels ont le droit d?exister aussi.
Premila DOSORUTH et Corina JULIE
REACTIONS
■ Monique Dinan, engagée dans le social
« Je trouve que c?est triste que notre pays soit aligné parmi ceux ayant ce genre de manifestation. Si l?homosexualité est une réalité, qu?il faut en parler et en débattre, ce genre de défilé à relent publicitaire, n?est pas approprié. Je ne suis pas homophobe, je sais qu?il y a tout un mal-être associé à l?homosexualité, mais je suis plus pour qu?on découvre le vrai visage des homosexuels, leurs problèmes et leurs difficultés, par d?autres moyens que des manifestations. »
■ Imran Dhanoo, travailleur social
« Nous vivons dans un État de droit et chacun est libre de sa manière d?être et de ses opinions. J?ai affaire à tous les types de personnes dans mon travail et je ne suis pas là pour les juger. Je suislà pour l?accompagnement quand il y a des problèmes. Je préfère me mettre dans une perspective de tolérance. Je pense que chacun doit être libre de revendiquer son identité sexuelle. Ce qui compte après tout, c?est le respect de l?autre et de sa différence. »
Publicité
Publicité
Les plus récents