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Jane Wilcox : Apprendre l?anglais autrement

13 mai 2006, 00:00

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par Marie-Annick SAVRIPÈNE

Tout en conversant au téléphone dans son bureau, Jane Wilcox jette des coups d??il par la fenêtre. C?est l?heure de la récréation à la Step Ahead Primary School qui se trouve à la finition de Beau-Bassin, entre Chebel et Albion. Les enfants gambadent dans l?immense cour ombragée et bien clôturée appartenant à la sucrerie de Médine.

À la fin de la conversation, l?éducatrice sort de son bureau et prend la direction de la cour. Là, elle gronde gentiment un élève qui court, tout en mangeant son pain. Penaud, le garçonnet s?arrête, marmonne une réponse et s?empresse de terminer son casse-croûte. L?échange s?est déroulé dans un anglais parfait.

«Si au primaire, nous autorisons les élèves à parler la langue qu?ils souhaitent entre eux durant la récréation, pendant les heures de classe, tout échange doit être en anglais. à part les cours de français, bien entendu. Nous sommes encore plus stricts à la maternelle où depuis l?arrivée à l?école jusqu?à la sortie, toute conversation doit se faire en anglais. Et cela vaut aussi pour le personnel de ménage», précise Jane Wilcox.

Dit comme cela, ça sonne très autoritaire, presque militaire. Il ne faut toutefois pas se fier à l?air sévère de Jane ou à sa voix de stentor. Sous ses dehors stricts, l?éducatrice cache un c?ur tendre qui fond au contact des enfants. De son mari, Leslie, ingénieur de construction britannique qu?elle a épousé à 18 ans, Jane a eu quatre enfants. En ordre croissant, il y a Lesley-Ann, 12 ans, et Fabienne, 18 ans, qui sont scolarisés à la Bocage International School, Paula qui complète ses études de psychologie de l?enfant en Grande-Bretagne et Nancy, 26 ans. Cette dernière suit les traces de sa mère car la jeune femme est détentrice d?un Bachelor of Education (Honours) et s?est spécialisée dans les besoins spéciaux et l?art. Elle prête d?ailleurs main-forte à Jane à l?école primaire.

Le plus étonnant dans l?histoire est que Jane n?aspirait pas à enseigner ou à diriger une école. En bonne mère de famille, elle se contentait de suivre son mari dans ses affectations à l?étranger et à s?intéresser de près à l?éducation de ses enfants. C?est justement en encadrant Fabienne dans une école anglaise de Bahreïn, îles du golfe Persique, que la direction de l?établissement lui propose d?être assistante de classe. Jane accepte et ne le regrette point.

À tel point qu?elle décide de suivre des cours pour obtenir plusieurs diplômes en éducation de la petite enfance, soit pour les enfants de moins de six ans. Connaissances qu?elle peaufine en assistant à tous les séminaires éducatifs possibles. Et c?est ce qu?elle fait jusqu?en 1996.

Lesley Wilcox décroche un contrat à Maurice et toute la famille l?y suit. Jane cherche pour sa benjamine une maternelle où le médium d?enseignement est l?anglais. Elle se rend compte qu?une telle école n?existe pas. Son mari lui suggère alors d?ouvrir sa maternelle. Jane qui n?y avait pas pensé, s?emballe et met l?idée à exécution. C?est ainsi que naît le Step Ahead Infant School à Quatre-Bornes.

Que neuf élèves au début

Les débuts de la maternelle sont laborieux car les parents pensent à tort que leur enfant, qui n?est pas issu d?un environnement où l?anglais est couramment utilisé, y sera totalement perdu. Si bien qu?au cours de sa première année d?opération, Jane n?a que? neuf élèves. «C?est vers l?âge de trois ans que les enfants sont très réceptifs et peuvent absorber ce qu?on leur enseigne. à condition d?utiliser la bonne méthode pédagogique et de ne pas jongler avec différentes langues. Si on dit que le médium d?enseignement est l?anglais, il faut s?y tenir.»

Le bouche à l?oreille finit par porter ses fruits et l?année sui-vante, la Step Ahead Infant School admet 65 élèves de deux à cinq ans. Jane innove en lançant notamment le concept de Summer School qui ravit les parents ne sachant pas où placer leurs enfants durant les vacances scolaires.

Jane en serait restée là si elle n?avait pas fait l?objet de pressions parentales réclamant d?adjoindre une école primaire à la maternelle existante. «Les parents ont tellement adoré l?ambiance très familiale de la maternelle qu?ils ont insisté pour que j?ouvre une école primaire du même type.» Jane cherche un local approprié à Quatre-Bornes. En vain. Elle finit par trouver le terrain idéal avec deux bâtiments déjà construits à la finition de Beau-Bassin, entre Chebel et Albion. Une fois les aménagements faits, la Step Ahead Primary School ouvre ses portes en 2001.

Cette école primaire applique le programme d?études du cycle primaire en vigueur dans le pays mais la méthode d?enseignement est totalement différente. «Nous faisons appel à de nombreux moyens visuels et à des travaux de groupe où le niveau de chaque groupe est considéré. C?est la raison pour laquelle nous avons un enseignant et un assistant dans chaque classe et le nombre d?élèves par classe est limité à 15. Cela nous permet de nous concentrer pleinement sur les besoins de chaque enfant.»

Le visuel y tient effectivement une grande place. De même que l?aspect ludique avec des sketchs et des chants pour faire par exemple comprendre ce que sont des adjectifs. Ou encore, pour simplifier la compréhension des fractions, Jane se tourne vers des fruits et même de la pizza qu?elle découpe. «À la fin de la leçon, tout le monde se régale. C?est amusant et l?objectif de l?apprentissage est atteint.»

Jane est affligée par les remarques concernant l?anglais dans le dernier CPE Report 2005 compilé par le Mauritius Examinations Syndicate. Il y est dit que la compréhension de l?anglais est insuffisante et que beaucoup d?élèves ne savent pas l?utiliser pour répondre aux questions en anglais. «Cela signifie que la base a été mal faite. La lecture est la clé pour apprendre la langue. à la Step Ahead Infant School, les enfants commencent à lire l?anglais dès trois ans. Quand ils arrivent au primaire, ils lisent déjà sans se forcer. Nous voyons d?ailleurs la différence entre les enfants qui sortent de notre maternelle et ceux des autres maternelles. Ces derniers mettent trois à quatre mois à combler leur retard en phonétique. La lecture doit commencer au pré-primaire et faire partie intégrante de l?éducation dès l?âge de trois ans. Tout comme les bases de l?écriture et du calcul.»

Un taux de réussite de 100 %

Jane fait ressortir que son école primaire est en avance sur les projets du ministère de l?éducation. «Quand le ministère parlait encore d?introduire les ordinateurs à l?école, nous avions déjà notre classe avec six ordinateurs. Nous avons une bibliothèque remplie de livres que nous renouvelons sans cesse. Et puis, pour que l?enfant n?ait pas à attendre d?aller en bibliothèque pour changer son livre, dans chaque classe, il y a un panier avec d?autres livres qu?il peut emprunter.» Jane décourage aussi la prise de leçons particulières, estimant que le programme d?études et la méthode d?enseignement ne nécessitent pas de renforcement.

Une pédagogie qui marche car ses 11 élèves ayant pris part pour la première fois à l?examen du CPE l?an dernier ont réussi du premier coup. «Nous avons eu 100 % de réussite et ils ont eu 20 unités. Ce qui constitue le top du top.» Sachant que son école pourrait servir d?exemple à d?autres, Jane qui n?a pas l?esprit concurrentiel pour un sou, a invité à plusieurs reprises les différents ministres de l?éducation à venir visiter l?école. Mais aucun d?eux n?a répondu favorablement à l?invite. «Je n?ai pas inventé la poudre. Je réplique ce qui se fait à l?étranger et qui réussit. Ma priorité demeure l?éducation des enfants. Les parents n?ont qu?à venir voir par eux-mêmes ce qui se fait à Step Ahead. Ils seront à même de porter leur propre jugement.»

Jane regrette de n?avoir que 100 élèves au primaire alors qu?elle pourrait en accommoder le double. Cela vient du fait que certains parents qui ont pourtant admis leur enfant à la maternelle, trouvent que l?unité primaire est excentrée. Jane n?est pas d?accord. à ses yeux, évoluer en pleine nature et dans une cour clôturée de presque deux arpents, constitue le cadre idéal pour des études.

Jane, qui ne peut décidément pas résister aux pressions parentales, envisage sérieusement de construire une école regroupant le pré-primaire, le primaire et le secondaire. «Nous voulons que les enfants qui entrent chez nous à deux ans, en sortent à 18 ans. Ce sera fait dans un futur proche », confie-t-elle sur un ton de conspiratrice. Faisons-lui confiance?

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