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Les points sur les îles
par Nazim ESOOF
S?il fallait une preuve que nous ne pouvons sortir de notre manichéisme et de notre duplicité, il n?y a qu?à entendre les réactions qu?a provoquées la Haute Cour de Londres en levant l?interdiction qui pesait sur les Chagossiens d?un possible retour sur leurs îles. On aura tout entendu. Mais ce qu?on retiendra surtout, c?est le ton méprisant de quelques-uns. Condamnation de l?arrivisme des Chagossiens. Dénonciation de la tentative de certains d?entre eux de sauvegarder la double nationalité ou encore de s?assurer une compensation. Où est le mal ?
C?est la question qu?on se pose. Où est le mal pour un peuple déraciné de vouloir une réparation pour un malheur qui les a frappés ? De vouloir être à nouveau Chagossiens avant d?être Mauriciens ou Britanniques ? Le mal vient peut-être de notre ego mauricien qui refuse d?admettre qu?une cause aussi herculéenne ait été combattue et remportée par des simples Chagossiens. Là où, à travers le monde, on verra dans la décision de la Haute Cour de Londres un événement historique à dimension internationale, nous en sommes encore à Maurice à nous disputailler sur des vétilles.
Notre nombrilisme en souffre ? Et alors ! Les Chagossiens ont remporté cette bataille sans l?aide de ceux dont l?opportunisme et la pusillanimité ont causé la perte. Sans l?aide de ceux qui théorisent sur la citoyenneté sans connaître la tragédie de vivre dans la pauvreté. Quand bien même l?idée serait noble, quand bien même il y a une fierté à se réclamer de l?arc-en-ciel mauricien, il reste que les Chagossiens ont aussi droit de faire preuve de realpolitik. Ils ont aussi le droit de vouloir calculer, de chercher à se garantir des revenus. Demandez à tous ces Mauriciens qui s?expatrient et à tous ceux qui désirent le faire s?ils ne font pas la même chose. A ceux-là, on dira qu?ils visent à tirer avantage d?un monde globalisé. Qu?ils ont raison d?agir comme un citoyen libéré dans le village global. Et quid des Chagossiens ? Devraient-ils se nourrir d?un idéal seulement ? N?ont-ils pas droit à ce pragmatisme dont se vantent tellement les Mauriciens ?
Toute cause ne demeure entièrement belle. Surtout si elle doit subir les compromissions qu?entraîne une lutte inscrite dans la durée. Tout leader porte en bandoulière des décisions et des initiatives qui ne sont pas exemptes de critiques. Il est aussi vrai que toute population, engrangée dans des zones obscures afin qu?elle puisse éventuellement servir de frustre main-d??uvre, se laisse gagner par des comportements déviants. Ce sont aujourd?hui ces citoyens de seconde catégorie qui nous enseignent une leçon de pugnacité. Là où nous en serions encore à traiter révérencieusement avec nos pays «amis et de peuplement», des Chagossiens ont prouvé que nos voies convenantes ne sont qu?à la mesure de notre incapacité à sortir d?un état de nation infantilisée.
Reste évidemment la question de souveraineté. L?éventuel retour des Chagossiens sur leurs îles ne pourra se faire que s?ils se présentent comme des Britanniques qui reviennent sur un territoire britannique. Avons-nous aujourd?hui le droit de gâcher le plaisir des Chagossiens pour une cause à laquelle peu de nos dirigeants croient vraiment? Au mieux, ils ne recherchent qu?un «modus vivendi» qui nous permettrait de sauver la face. Quelle que soit l?issue de cette question, ce n?est pas à nous de faire la leçon aux Chagossiens ou d?exiger d?eux une quelconque reconnaissance, voire de leur imposer des règles de conduite. Que nous soyons d?accord avec M. Bancoult ou non, c?est à nous de continuer notre revendication de souveraineté sur les îles des Chagos. Si nous ne pouvons pas forger notre destin, nous n?avons aucune autorité morale pour priver les Chagossiens du leur. Un point, c?est tout !
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