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Compensation salariale : Patrons et syndicats grognent

12 mai 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nouvelles fissures. Le deuxième round des consultations tripartites qui s?est déroulé hier à l?Hôtel du gouvernement laisse un goût amer, à la fois aux syndicats et au patronat. Les propositions des uns et des autres suscitent des controverses.

Le gouvernement propose une compensation de 5 % aux employés qui touchent un salaire de base allant jusqu?à Rs 2 700. Tous les salariés dont la rémunération de base dépasse ce seuil auront droit à une augmentation uniforme de Rs 135.

Les syndicats jugent cette offre nettement insuffisante. Et ils quittent la table des négociations après deux heures et demie de discussions.

Les dirigeants de la Mauritius Employers? Federation (MEF) et les représentants des différents secteurs d?activités sortent quelques instants plus tard. Ils ont l?air insatisfaits eux aussi, mais pour d?autres raisons.

?Période de crise?

Ils vont se concerter à la Plantation House et arrivent à la conclusion que les secteurs sucre et zone franche d?exportation ne peuvent pas payer la compensation cette année. ?Ces deux industries passent par une période de crise. Elles n?ont pas les moyens de payer la compensation. La zone franche a déjà perdu plus de 25 000 emplois. Le sucre fera face à une baisse de 36 % dans les recettes d?ici quatre ans. Cela débouchera sur des manques à gagner énormes?, explique Mookeshwarsing Gopal, président de la MEF.

La compensation salariale telle que proposée par le gouvernement coûtera à l?économie une somme globale de Rs 1,4 milliard (Rs 590 millions pour le secteur public et Rs 855 millions pour les entreprises). L?économie n?a pas la capacité de débourser plus, dit en substance le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen. Pour ce dernier, l?offre du gouvernement s?inscrit principalement dans un geste de solidarité en faveur des groupes sociaux les plus vulnérables, tout en oeuvrant pour le maintien de l?emploi.

Le gouvernement propose néanmoins une structure de consultations sectorielles pour identifier les secteurs qui ont les moyens de payer plus que l?augmentation proposée. ?Il y a des industries, tels le tourisme et les services financiers, qui peuvent faire un effort additionnel. Même au sein des secteurs en difficulté, il y a des entreprises qui sont performantes et qui ont les moyens d?accorder une meilleure compensation?, soutient le grand argentier lors d?un point de presse après la réunion du comité tripartite.

Le patronat accepte la formule. Toutefois, l?idée n?aura pas de suite en raison de l?opposition farouche des négociateurs syndicaux. Mais malgré le non-aboutissement de cette proposition, Rama Sithanen invite les entreprises qui peuvent donner plus à leurs salariés à en faire l?effort.

Toujours est-il que le gouvernement songe sérieusement à revoir les tripartites. ?Le modèle économique qui était basé sur les préférences tire à sa fin. Il doit évoluer en tenant compte des réalités de la mondialisation et des contraintes économiques internationales. Les institutions devront revoir leur fonctionnement en conséquence?, affirme Rama Sithanen.

Celui-ci revient sur les chocs économiques que subit le pays en ce moment, à savoir l?écroulement des prix du sucre, la contraction dans le textile-habillement et la flambée des cours pétroliers. Il met en garde contre d?autres surprises désagréables comme une éventuelle érosion des avantages tarifaires de notre textile notamment sur les marchés d?exportation.

L?heure est à la discipline et aux changements en profondeur dans les structures et le fonctionnement de l?économie. Et le paiement d?une compensation à faible montant s?inscrit dans cette logique. ?Nous ne pouvons pas continuer à dire à la population que la situation est difficile et continuer à agir comme s?il n?y avait rien. Nous devons aussi envoyer des signaux clairs à la communauté des bailleurs de fonds?, insiste le ministre des Finances.

Le pays devra en effet se tourner vers des institutions de financement internationales pour lever les fonds nécessaires à la restructuration de l?économie. La discipline doit être au rendez-vous à tous les coups pour être bien noté par les fournisseurs de fonds au développement le moment venu.

RÉACTIONS

Indignation...

■ Les syndicalistes ne se sont pas privés de commentaires amers envers le gouvernement et les représentants du patronat au moment où ils faisaient leur ?walk-out? lors de la réunion d?hier. ?C?est la proposition la plus rétrograde qui ait jamais été faite lors des tripartites?, s?insurge Ashok Subron, un porte-parole du groupe. Les syndicats avaient demandé une hausse de Rs 718 uniforme pour tous les salariés. Cette augmentation comprend un montant de Rs 440 face à la perte du pouvoir d?achat pour 2005-2006 et une montant de Rs 278 pour rattraper les pertes encourues lors des années précédentes. Les syndicats ont fait une contre proposition pour une compensation uniforme de Rs 392 après l?offre du gouvernement. Mais l?idée sera immédiatement rejetée, le gouvernement l?estimant trop coûteuse. Pour les syndicats présents, le gouvernement serait aligné entièrement sur la position de la Mauritius Employers? Federation (MEF). ?Ils disent qu?ils sont un ?caring government?. Nous constatons qu?ils le sont seulement à l?égard du patronat?, se fâche Cassam Kureeman, président du Mauritius Labour Congress. Le mécontentement est encore plus féroce face à la position de la MEF qui avance que l?industrie sucrière et la zone franche ne pourront payer la compensation. ?C?est irresponsable de leur part?, affirme Yousuf Sooklall, président de la Free Democratic Unions Federation. La réunion d?hier a été marquée par une tentative du gouvernement d?introduire les négociations sectorielles pour déterminer la compensation salariale. ?Il nous faut à tout prix éviter le piège des négociations sectorielles. Ils veulent détruire les tripartites?, fait ressortir Tulsiraj Benydin.

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