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Yeung Sik Yuen : disparition d?un chêne centenaire
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Yeung Sik Yuen : disparition d?un chêne centenaire
Il avait écrit sa vie. Traçant de sa main les lettres en mandarin. Pas en prévision de la mort mais pour ?léguer quelque chose aux générations futures?. Yeung Sik Yuen, fondateur du Sik Yuen Supermarket, est décédé dimanche soir à l?âge de 98 ans.
On garde de lui l?image d?un ?sage chinois typique?, comme dit l?un de ses six fils, Mario. Mais aussi un modèle d?industrie qui se raconte, en ces termes, à la première page de son autobiographie, Thousand Year Blossom. ?J?ai 29 ans, je suis marié et j?ai trois enfants??
Au fil des pages, l?homme ne s?attarde ni sur le quotidien ni sur ses états d?âme. C?est sa réussite qu?il raconte. Celle d?un homme qui agrandit régulièrement son supermarché à la sueur de son front.
?En 1951, j?achète la petite maison de commerce du Dr France Rivalland. Je la baptise Old House.? Elle sera démolie et reconvertie en Sik Yuen Supermarket. Jusque-là locataire des locaux de la boutique, le patriarche accède à la propriété. ?En mai 1966, j?achète la maison familiale du Dr Rivalland et je la baptise New House.?
Les années passent, la famille s?agrandit. Yeung Sik Yuen a la douleur de perdre sa première épouse en 1962. Deux ans plus tard, il repart pour la Chine où il se remarie.
En novembre 1977, son commerce fête ses 40 ans. Le maire de Curepipe d?alors, sir Gaëtan Duval, y lance ?le mois des promotions?. L?année suivante, la ville élève Yeung Sik Yuen, figure incontournable, au rang de citoyen d?honneur.
Toujours à l?affût d?une bonne affaire, il poursuit sa narration. ?En août 1980, à la suite d?un appel d?offres de la Cour suprême, je fais l?acquisition de la maison de Ramparsad Ramdin. Je la baptise ?Annexed House.? Après une vie à commercer, c?est l?année dernière que le patriarche cesse de se rendre au supermarché quotidiennement. ?Il éprouvait des difficultés à marcher. Cela lui manquait beaucoup de ne pas voir le va-et-vient des clients?, confie Thierry, le benjamin des dix enfants. ?Il a conservé sa lucidité jusqu?au bout?, ajoute Mario.
Dans les locaux administratifs du supermarché, tout tourne normalement. Pourtant, les yeux de Thierry sont humides. L?émotion le prend à la gorge quand on lui demande de décrire son père. Il écrase même une larme. C?est Mario, aidé d?Alain, le troisième frère, qui viennent à la rescousse.
Yeung Sik Yuen, né le 20 février 1908 à Meixian, dans la province de Guangdong, arrive à Maurice à l?âge de 14 ans. ?A l?époque, la Chine était ravagée par les guerres civiles?, explique Mario. Pour gagner sa vie, l?adolescent, qui a étudié jusqu?au primaire, est tour à tour commis puis cuisinier. ?Plus tard, il m?a expliqué qu?il avait acheté un dictionnaire qu?il lisait souvent, se souvient Thierry. Il parlait créole et il comprenait un peu le français même s?il ne pouvait pas le lire.?
Installé d?abord à Grand-Gaube, puis à Baie-du-Cap, le père de famille s?implante ensuite à Curepipe car ?c?était plus facile pour les enfants d?aller à l?école?.
Yeung Sik Yuen les a toujours encouragés dans l?étude. Il était fier de ses fils qu?il qualifie de ?généraux? dans son autobiographie. L?un d?eux n?est autre que Bernard Sik Yuen, ?Senior Puisne Judge?. Il était aussi le grand-père d?Ah Foon Cheong, ex-Directeur des poursuites publiques. Yeung Sik Yuen laisse le souvenir d?un homme ?discret, bosseur et sérieux?. Ses funérailles auront lieu en fin de semaine.
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