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Largesses non permises
Le Budget n?est pas uniquement un exercice comptable pour équilibrer les comptes de l?État. C?est aussi l?occasion pour le gouvernement d?initier de nouvelles politiques économiques et sociales, de corriger des actions en cours et d?envoyer des signaux à des publics différents (salariés, consommateurs, entreprises, institutions financières, bailleurs de fonds, partenaires commerciaux?).
La préparation du budget national, c?est aussi l?occasion pour le grand argentier d?engager un dialogue avec le peuple. Les consultations pré-budgétaires permettent au ministre des Finances de sonder les attentes des divers groupes sociaux et professionnels et secteurs d?activité, et d?en tenir compte dans ses choix budgétaires dans la mesure du possible. Les idées externes peuvent apporter une âme à un exercice qui autrement pourrait s?avérer rigide.
Mais cette tradition du dialogue a aussi donné lieu à des abus. Des groupes viennent avec des ?shopping lists? parfois peu responsables. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, a mis les choses au point lundi dernier lorsqu?il a démarré sa série de consultations en marge du Budget : il faut que les demandes soient mesurées.
Ce message s?inscrit en premier lieu dans le droit fil de l?appel lancé en faveur de la discipline, du sacrifice et de la solidarité. Le pays fait face à une conjoncture difficile et l?État n?a pas les moyens de satisfaire les demandes des forces vives et des entreprises.
Les requêtes pour des exonérations ou des exemptions fiscales arrivent en tête dans ces ?shopping lists?. Il y a aussi des suggestions pour plus de décaissements de la part de l?État. Ces demandes créent des manques à gagner dans les caisses publiques et finissent par agrandir les trous dans le budget. Il est aussi reproché aux ?demandeurs d?incitations? de rarement faire des propositions pour combler les manques à gagner qu?une éventuelle application de leurs idées provoquerait. Le temps des largesses est bel et bien derrière nous.
Les ?shopping lists? pré-budgétaires témoignent aussi d?une culture de toujours se tourner vers l?État pour résoudre les problèmes ou pour saisir des opportunités. Au lieu de faire preuve d?imagination et de créativité, l?on préfère laisser le soin à l?État et ses agences de prendre les initiatives. De ce fait, le gouvernement s?engage dans des projets tels la recherche et la mise en place des infrastructures ? sans compter les ?tax incentives? ? avec l?argent des contribuables.
Dans certains cas, cette intervention est justifiée. Dans d?autres cas par contre, il n?y a aucune justification des décaissements de fonds publics. Quelque part, les décideurs politiques ont leur part de responsabilité dans cette situation. Lorsqu?un gouvernement pratique le dirigisme économique, il s?expose à des requêtes de tout genre venant d?opérateurs ou d?organisations intermédiaires tels les chambres de commerce et les associations professionnelles.
Il incombe aux politiques de bien délimiter leur champ d?intervention en amont et de ne pas donner l?impression de changer les règles du jeu à l?heure des consultations.
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