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?La responsabilité de la réforme sucrière doit être partagée?

10 mai 2006, 00:00

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● Le prix du sucre baisse de 5,1 % dès cette année. La réforme de l?industrie est enclenchée. Qu?est-ce qui est en train d?être fait concrètement ?

La réforme dépendra largement des mesures d?accompagnement. L?Europe mettra des moyens financiers à notre disposition pour que notre industrie soit viable après la baisse de 36 % du prix garanti. Des techniciens européens se baseront sur le plan de réforme avant de décaisser tout montant en faveur de Maurice. Le plan est l?expression de la vision du secteur à se transformer en une industrie viable autour de la canne. Son exécution est étalée sur la période de 2006 à 2013.

Ce volumineux document a été dégagé après des consultations avec tous les partenaires de l?industrie. Il y a eu consensus et cohésion sur les points cardinaux. Tous les points de vue ont été pris en considération dans la mesure où la réforme se doit être audacieuse et en profondeur.

Concrètement donc, nous avons soumis le plan d?action à la délégation de la Commission européenne à Maurice. Ses membres nous ont par ailleurs aidés à le formater selon les paramètres du directorat-général de la Commission.

● Les mesures d?accompagnement pour les 18 pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) en 2007 seraient de 165 millions d?euros. Quels sont les chances pour que Maurice bénéficie de plus de 15 % de cette enveloppe ?

Bien que Maurice exporte 38 % du quota des ACP, elle ne pourrait pas aspirer à plus de 15 % de l?enveloppe. N?empêche que les critères définissant la répartition de ce montant entre les 18 pays ACP ne sont pas inflexibles. En sa capacité de premier producteur de sucre du groupe, Maurice demande à ce que ces paramètres soient révisés pour qu?ils tiennent compte de notre poids dans les exportations. De par la nature de ses projets et de son plan, Maurice est en mesure d?absorber tout montant que les autres états membres des ACP ne pourront pas utiliser.

Afin d?y parvenir, nous poursuivons notre lobbying. Il est en cours au niveau des chefs d?état européens. Le pays devra militer auprès des ministres des 25 états membres de l?UE de même que les parlementaires européens. Quand il s?agit de voter un budget, ces derniers disposent d?un pouvoir de codécision. S?ils ne sont pas d?accord, rien n?avance.

En ce qui concerne l?augmentation des mesures d?accompagnement de 130 à 165 millions d?euros, c?est un pas dans la bonne direction. La baisse intervient de 2006-2007 à 2009-2010. Et pendant cette période, nous devons avoir les moyens en amont pour transformer notre industrie en un secteur économique viable. Même le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, a demandé un effort constant en faveur des 18 pays ACP producteurs de sucre.

Mais ce montant de 165 millions d?euros n?est pas suffisant. D?ailleurs, une organisation indépendante de la Grande-Bretagne, Oxford Policy Management, suite à des études, estime que l?enveloppe annuelle devrait être de 250 millions d?euros.

● Quel mécanisme a été mis en place pour canaliser les fonds européens vers l?industrie sucrière ?

D?abord le montant sera versé au budget de développement du pays. Le décaissement vers l?industrie sera effectué selon les critères principaux suivants : le nombre d?usines qui fermeront leurs portes et la quantité d?employés qui prendront la retraite volontaire, entre autres. Par la suite, l?argent servira à financer des projets.

Il est important de souligner que chacun est appelé à porter le poids de la réforme. La réconciliation des facteurs sociaux et économiques de la réforme est vitale pour la survie de la canne à sucre.

Ceci dit, dans notre plan de réforme, nous apportons une dimension qui est favorable aux pauvres et aux femmes. Un Empowerment Fund sera institué et mettra l?accent sur la formation de ces futurs retraités de l?industrie afin qu?ils puissent trouver un emploi dans d?autres secteurs de l?économie. Le plan incite à une meilleure participation dans les projets qui seront réalisés.

?Il est important de souligner que chacun est appelé à porter le poids de la réforme. La réconciliation des facteurs sociaux et économiques de la réforme est vitale pour la survie de la canne à sucre.?

● Qu?est-ce qui justifie la création de cet ?Empowerment Fund??

Il y a un prix social à payer. Mais le social ne peut pas être victime de la réforme. La raison d?être de ce fonds s?explique par le fait que le plan d?action contient un aspect important de formation de même que la nécessité d?inculquer les valeurs de l?entrepreneuriat à ces ex-employés.

Le gouvernement met beaucoup d?accent sur la démocratisation de l?économie. Déjà, le secteur privé agit dans cette direction. Des hôtels ne s?approvisionnent plus auprès de gros fournisseurs d??ufs. Ils s?adressent à des petits aviculteurs. L?essentiel est que ces derniers assurent au niveau de la qualité.

● Comment expliquez-vous tant d?attention à ces partenaires de l?industrie sucrière ?

L?ancien ministre de l?Agriculture, Kailash Ruhee, disait qu?entre la centralisation et la production de l?énergie, il existe un lien organique. Je m?aventure plus loin. Cette même relation existe entre l?usinier et la communauté des petits planteurs. De fait, nous devons rendre ce lien plus équitable.

Les planteurs disposeront d?un package portant sur la mécanisation, la mise en place de systèmes d?irrigation et l?introduction de nouvelles variétés de canne. Ces derniers sont également appelés à participer à des projets ayant trait à l?énergie. Nous voulons aussi qu?ils aient des parts dans les flexi-factories qui verront le jour.

Nous voulons que la réforme soit bien équilibrée, que chaque partenaire soit pris en considération. Prenons en exemple la minoterie des Moulins de la Concorde, où tous les composants de la société sont présents.

Jadis, on gardait jalousement sa propriété. On affirmait que tout ce que le gouvernement possède doit être distribué. Or, cette époque est révolue. Cette mentalité doit disparaître. Il nous faut développer un sens de responsabilité. La participation dans le capital des projets est très importante pour que le secteur soit viable.

Que l?on veuille ou non, le paysage de l?industrie sucrière a changé. Nous faisons face au monde réel du secteur sucre pour la première fois. Les multinationales bougent avec force dans la région, disposant de toute une logistique. Ce marché, aujourd?hui, est dicté par les acheteurs.

● Vous évoquez la participation dans des ?flexi-factories?. Mais au début même de cette réforme, avec la fermeture de Saint-Félix, les divergences s?étalent.

Les discussions sont en cours. Un engagement a été pris pour respecter les modalités de centralisation contenues dans le Blueprint. à travers le dialogue et les consultations, nous dégagerons un consensus. Je suis certain que le bon sens prévaudra. Les travailleurs ont leurs droits. Les producteurs de sucre ont leurs obligations. La Mauritius Sugar Authority est là pour y veiller.

● La Société usinière du Sud (Suds) est appelée à payer ces coûts sociaux engendrés par la fermeture de St.-Félix. Elle estime que ces Rs 175 millions alourdiront le montant des dettes contractées pour transformer Savannah.

C?est important que l?industrie sucrière se modernise et se restructure. Les producteurs de sucre devront quand même faire face à la réalité. Il est vrai que Suds a investi massivement dans la génération d?énergie. Et c?est à son avantage qu?il y ait un volume additionnel de canne.

Les gouvernements successifs ont accordé beaucoup de concessions à l?industrie sucrière. L?une d?entre elles lui permet de recouvrir les frais de la centralisation en vendant ses terres. Dans certains cas, il est vrai, l?industrie a des difficultés pour les écouler. Mais dans d?autres, elle engrange des profits énormes. De fait, la responsabilité de la réforme doit être partagée. Il faut qu?il y ait un esprit de solidarité.

Les producteurs estiment que les coûts sociaux pourront être entretenus par les mesures d?accompagnement. Il faudrait que la réforme soit équitable.

● La réforme passe par une deuxième vague de retraite volontaire. Qui financera le départ de ces milliers d?employés ?

La réforme devra être bouclée en 2010. Le coût du Voluntary Retirement Scheme (VRS) est connu, de même que les coûts de la centralisation et des opérations dans les champs. Nous travaillons déjà sur les modalités, tout en mettant l?accent sur les principes de participation à l?actionnariat.

Cependant, il incombe aux propriétés de déposer leurs demandes pour le plan de retraite. Ce n?est que fin décembre que nous saurons quel montant exact sera décaissé par pays pour 2006.

?Le paysage de l?industrie sucrière a changé. Nous faisons face au monde réel du secteur sucre pour la première fois.?

● Les planteurs et les usiniers parlent d?une même voix, réclamant la réduction de leur contribution au ?Cess Fund? et une révision à la hausse du prix du sucre sur le marché local.

Je prends en considération ces demandes. Nous ne pouvons pas adopter une approche par petits coups. Elle se doit être globale, cerner tous les aspects.

● Qu?en est-il de la réorganisation des institutions dans l?industrie sucrière ?

Des consultants travaillent sur une telle réorganisation, et ils soumettront leur rapport d?ici septembre. Déjà, ils se basent sur un document soumis par Jean-Claude Hoareau, ancien administrateur de Mont-Désert Alma. Au cours de cet exercice, le fonctionnement des organismes dont la Mauritius Sugar Authority et le Syndicat des sucres sera revu.

Propos recueillis par Kamlesh BHUCKORY

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