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Le combat des victimes de Minamata
Minamata, petite ville en bord de mer du Kyushu, dont la population ainsi que celle des îles environnantes fut intoxiquée par le mercure déversé dans la mer par une usine chimique, a ouvert le 1er mai 1956 le lugubre cortège des grands drames de la pollution du xxe siècle : Bhopal en Inde, Seveso en Italie, Tchernobyl en Russie… Et c’est dans l’amertume que les victimes ont célébré le cinquantième anniversaire de l’apparition de ce qui allait être connu comme la « maladie de Minamata ».
Le 1er mai 1956, un médecin du département de Kumamoto avertit les autorités de l’apparition d’étranges symptômes chez les chats et les êtres humains vivant sur les pourtours de la mer de Shiranui. Et, pendant des décennies, les habitants se battirent pour que les autorités et l’usine polluante, Chisso, reconnaissent la relation de cause à effet entre la contamination de la mer et la maladie, pour que l’industriel cesse le déversement du mercure et indemnise les victimes.
<B>Des excuses au nom de l’État</B>
Ce n’est qu’en 1973 qu’un tribunal condamna l’usine et reconnut 2 265 malades (dont un millier est décédé). En 1995, sous le gouvernement du socialiste Tomiichi Murayama, 11 000 nouveaux malades ont reçu une indemnisation de 2,6 millions de yens. Dix-neuf mille autres personnes ont déposé des demandes pour qu’on leur reconnaisse les symptômes de la maladie. Au total, de 20 000 à 30 000 personnes ont été intoxiquées par des tonnes de mercure déversées dans la mer entre 1932 et 1966, entraînant une contamination de la chaîne alimentaire.
Tomiichi Murayama a présenté ses excuses au nom de l’État et, une nouvelle fois, pour le cinquantième anniversaire de l’apparition de la maladie, la ministre de l’Environnement, Yuriko Koike, s’est excusée en son nom de « ne pas avoir su prévenir l’extension de la maladie ». En 2004, l’État a été reconnu responsable de la tragédie conjointement avec le département de Kumamoto par un jugement de la Cour suprême. Mais jamais aucun premier ministre ne s’est rendu en personne à Minamata.
Par son ampleur et sa durée, l’intensité des conflits (dix-sept batailles judiciaires), la lenteur de l’usine polluante et des autorités à reconnaître les faits, la maladie de Minamata est tristement exemplaire. Mais la lutte des victimes a aussi été l’accoucheur de nouvelles solidarités entre pollués et pollueurs (ouvriers de l’usine) dans la mise en cause d’un productivisme aveugle.
<B> @ 2 006 Le Monde – Philippe Pons –
(Distribué par The New York Times Syndicate)</B>
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