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Sur la trace des leaders
Un parti politique, dit-on, est au service de l?ambition d?un homme. Ce qui est aussi vrai, c?est qu?un homme politique incarne souvent une action que le parti reprend à son compte pour en devenir l?incarnation. Et qu?est-ce qui fait un grand homme d?Etat ? Une grande idée qu?il met au service de son pays. A Maurice, on a une autre façon de remiser dans le musée de l?histoire nos dirigeants politiques. Ainsi, sir Seewoosagur Ramgoolam est devenu le père de la nation, sir Anerood Jugnauth le père du développement économique alors que sir Gaëtan Duval est présenté, par ses fils, du moins, comme le père du tourisme mauricien. On l?a compris, nos grandes figures politiques sont tous pères de quelque chose. S?il n?est pas ici notre propos de relever l?infantilisme d?une nation, on ne manquera pas, en revanche, de souligner le rapport d?inadéquation qui lie un parti à son leader.
Là où un De Gaulle laisse un mouvement qui embrassera le gaullisme, où un parti Travailliste britannique se représente dans le blairisme, où l?Inde revendique toujours la philosophie gandhienne, il est bon de se demander ce que signifie notre propension à nous trouver des pères. Il témoigne surtout d?une incapacité de nos leaders à laisser autre chose qu?un héritage personnel. Ici à Maurice l?instrumentalisation des partis politiques atteint le degré ultime de l?absurde. Le PTr n?aurait pas survécu à SSR s?il n?y avait pas un autre Ramgoolam pour symboliser le ramgoolamisme, même s?il est vrai qu?on est loin des idées et plus soumis au déterminisme ethnique. Le même mécanisme se vérifie chez les Jugnauth.
Quant à SGD, décédé voici dix ans, son idée du duvalisme s?est égarée entre coq et cheval. Finalement ce qui ressort clairement, c?est que nos leaders politiques, d?une part, se soucient peu de la pérennisation de leur parti et, d?autre part, qu?ils peuvent difficilement revendiquer cette grande idée qui fait un grand homme d?Etat. Cela ne réduit pas leur contribution au pays mais il importe de remettre les choses dans leur perspective. Aucun de ces hommes n?a été le pionnier d?un courant idéologique ou bâtisseur d?une nation comme l?ont été les grands de ce monde. Les choses ont toujours été faites dans la demi-mesure.
C?est ce qui explique la grande incertitude dans laquelle se trouve aujourd?hui un homme comme Paul Bérenger. Comme ses prédécesseurs, il n?a pas ?uvré en faveur d?un bérengisme qui aurait continué à animer son parti. Depuis sa défaite aux dernières élections, on relève distinctement cette anomalie. Voilà un homme qui n?arrive plus à savoir s?il faut avoir le réflexe de chef de parti ou préserver cette hauteur que lui a conféré le fait d?avoir été chef de gouvernement.
Ce cas est l?illustration même du roman noir de la politique mauricienne et aussi l?expression du destin ambigu de nos leaders politiques. Au mieux, Ramgoolam et Jugnauth pères et Bérenger ne peuvent se vanter que d?un style particulier de gouvernement. Le trait distinctif s?arrête aux appels à la rigueur, au sacrifice, au travail? Au-delà, c?est le désert des idées.
En cette période où nous célébrons le dixième anniversaire de la mort de SGD, nous y voyons surtout une occasion pour une bamboula commémorative comme nous les affectionnons sans qu?elle n?ait une prise réelle sur notre avenir. C?est cela aussi le désert politique. On aurait aimé voir le ramgoolisme, le jugnauthisme et le bérengisme véhiculer des valeurs et des idées qui ont façonné et qui continuent à modeler l?essence de notre nation et une certaine conception du développement économique. On aurait aimé pouvoir dire que notre fierté d?eux ne se résume pas simplement au fait qu?ils ont été des Premiers ministres ou des féroces bêtes politiques?
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