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Place au dernier budget de Ringadoo

4 mai 2006, 20:00

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Le 5 mai 1981, Ringadoo, notre grand argentier depuis notre accession à l’Indépendance politique (celle économique est plutôt agonisante avec un PNB rétrécissant de 9% entre 1979 et 1980), nous présente son dernier budget national. L’express le trouve fade et indolore. D’autres voies médiatiques parlent de nouveau tour de vis, en raison notamment d’une surcharge de 10 % sur tous les droits ou encore d’un budget sans surprise (soit l’équivalent d’un tour de vis additionnel corrigé par la fadeur et l’anesthésie). La presse gouvernementale et même boolelliste jubilent : “gel des prix de vente du riz et de la farine” que tous les économistes, BM et FMI compris, traduisent par “augmentation du coût des subsides sur ces denrées”. La presse ramgoolamienne (feu Advance ) évoque un budget réaliste et la duvalienne (feu Le Cernéen) met en exergue un déficit de Rs 555m. (la BAT appréciera) sur un budget de dépenses publiques de Rs 4 milliards. Preuve s’il en faut qu’un budget peut être vu sous plusieurs angles et être diversement apprécié. Cela tombe bien à propos car apparemment nos différences nous enrichissent, faisant de nous des milliardaires qui s’ignorent. En fait, le déficit dépasse le milliard si l’on tient compte de celui du budget de développement, devant être comblé par des prêts extérieurs de Rs 622m., des prêts locaux de Rs 100m. et d’un bon vouloir bancaire de Rs 429m.

Les dépenses courantes, après l’introduction de nouvelles mesures fiscales, seront de Rs 2 528m. (Rs 2 546m. en 1980-81) pour des revenus estimés à Rs 2 595m. (Rs 2 181m. en 1980-81), laissant un petit surplus estimé de Rs 67m. (déficit réel de Rs 365m. en 1980-81). Les dépenses de développement et qui essayeront d’être électoralistes, en dépit du contrôle de la BM. et du FMI., seront de Rs 1 275m. (Rs 1 490m. en 1980-81) pour des revenus escomptés de Rs 57m., excluant les prêts étrangers, locaux et bancaires (Rs 1 398m. en 1980-81), laissant un déficit de Rs 1 218m. (Rs 92m. en 1980-81). Le déficit total du budget 1981-82 est donc de Rs 1 151m. (Rs 457m. en 1980-81).

Cela permet à L’express de souligner que Ringadoo est à la poursuite de “l’insaisissable déficit budgétaire”. Ce n’est pas faute d’avoir inventorié les lacunes de son budget précédent, celui de 1980-81, pour ne rien dire des lacunes antérieures. Ce dernier nous promet certaines mesures pour nous inciter à investir dans les secteurs productifs tandis qu’il se permet d’augmenter les subsides sur le riz et la farine afin de ne pas avoir à augmenter les prix de vente de ces commodités, en une année financière aussi électorale et décisive. Autre bel exemple gouvernemental de prétendue aide aux secteurs productifs. L’industrie sucrière, qui réclame l’abolition d’une surcharge de 75% sur la taxe de sortie, pour éponger, en principe, les gains imprévus des années de boom sucrier (1973-75), se heurte à un “niet” du tandem Ringadoo-Ramgoolam. Un “niet” tempéré, il est vrai, par la promesse de nomination d’une commission d’enquête sur le bien-fondé des doléances sucrières. Ce sera la commission Dragoslav Avramovic, avec Jagadish Manrakhan et Kadress Pillay comme assesseurs. En raison de ses ambitions électorales et ministérielles, ce dernier sera remplacé par un certain Rama Sithanen, à la fin de juin 1983.

Voyons à présent les nouvelles mesures fiscales concoctées par qui vous savez pour prendre Rs 140m. additionnels dans la poche des contribuables et des consommateurs. Il y a, pour commencer, une surcharge “accross the board” de 10% sur toutes les redevances, y compris la taxe de sortie sur le sucre “cum” surcharge de 75 % en souvenir du bonanza passé, taxe hôtelière, taxe sur les déplacements à l’étranger, sur les taxes douanières frappant les carburants et les fers de construction. Rien n’est oublié. La taxe d’aéroport passe à Rs 35 (un frémissement parcourt les rangs des piétons de l’espace au moment de cette annonce). Cela nous rappelle l’ère “ringadooiste” quand nos hommes d’affaires devaient se débrouiller avec une allocation légale de £200 tous les deux ans pour leurs dépenses lors de leurs déplacements à l’étranger. Nos assureurs devront payer un permis d’opération trimestriel de Rs 2 400 (contre Rs 1 500 précédemment), leur fournissant ainsi un bon prétexte pour augmenter le coût de leurs polices. Introduction d’un nouveau permis d’importation de Rs 720 par trimestre que des douaniers vicieux exigeront, avec leur cruauté coutumière, aux réceptionnaires d’un simple colis postal, expédié à leur adresse par un correspondant étranger pas forcément malveillant. Ringadoo explicite l’objectif de ses nouvelles mesures fiscales : tous doivent partager le fardeau de l’ajustement structurel, rendu nécessaire par un “welfare state for my people ” trop généreux pour nos revenus nationaux

Que pensent-ils du dernier budget de Ringadoo ? Maurice Paturau trouve que la dette publique demeure angoissante. Il essaye certes de trouver une voie sans trop d’obstacles. Il accepte la surcharge de 10 % si elle peut décourager certaines importations inutiles. L’association des contribuables cherche en vain le budget de relance qu’elle espérait. A sa place, elle en découvre un dénué de toute imagination. Les mesures pour combattre l’évasion fiscale consistent à mettre la charrette avant le bœuf. Le contribuable rechigne à payer d’abord s’il se sent lésé et devoir attendre un hypothétique remboursement, assuré qu’il est, ô candide, d’avoir gain de cause. Il préférerait de beaucoup que sa protestation soit d’abord entendue par un tribunal ou arbitrage fiscal, quitte à payer si cette instance lui donne tort. Le Sucre ne décolère pas pour les raisons précitées. La FSSC cherche, mais en vain, une indication de boni de fin d’année et appréhende un nouvel épisode des calendes grecques. L’ACIM parle de sérum pour arrêter une hémorragie. Boodhoo et son PSM dénoncent un budget de “raccommodage”. Bérenger dévoile des manipulations alléguées de dernière heure (entre le 1er et le 5 mai, précise-t-il) de la BM et du FMI, pour élargir autant que possible le champ de manœuvres de Ringadoo.

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