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Passer pro

1 mai 2006, 00:00

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Aujourd?hui 1er Mai est jour de travail pour les artistes. C?est bien connu, les meetings sont l?occasion de rallier les foules. En dehors du charisme des orateurs, c?est aussi à des chanteurs et groupes populaires que l?on fait appel.

Un seul exemple : la plate-forme de l?Alliance sociale fera, en sus des discours politiques, place à un concert de musique populaire réunissant Gérard Louis, Sandra Mayotte, Nitish Joganah et le Seychellois Jean-Marc Volcy, entre autres. Une affiche pour laquelle certains producteurs se battraient et qui vaudrait au bas mot un billet d?entrée de Rs 100, dans un contexte différent.

L?histoire politique elle-même est pavée de chanson-slogans, de chansons engagées destinées à allumer la flamme et nourrir les braises.

Et pourtant, quel dédain pour l?artiste lorsqu?il dit qu?il va ?jouer? quelque part. On le prend au mot. On manque de considération pour ce qu?il fait. Puisqu?il va ?jouer?, qu?il ose vouloir gagner sa vie en faisant ce qu?il aime, qu?il prétend atteindre la notoriété en nous donnant du plaisir, alors, il est assimilé à un doux rêveur.

Ejecté hors du cadre d?une productivité convenue parce que l?appréciation monétaire de son travail? jeu est sujette à une échelle de valeurs purement subjectives.

Quand en plus, le ministre des Arts et de la Culture, Mahendra Gowreesoo, fort de son profil d?entrepreneur à succès, affirme qu?il est temps que les artistes fassent fructifier leur art en se constituant en PME, c?est que la rigueur logique du raisonnement économique est tronquée.

Certes, l?une des avenues menant vers le respect des droits d?auteur est de reconnaître le potentiel économique de la créativité artistique. Mais à vouloir transposer le ressenti dans le cadre rigide de l?entreprise, il y a de quoi tarir les sources de l?inspiration.

Attention, nous ne sommes nullement partisans de l?amateurisme. De cette image d?épinal qui veut que l?artiste soit cet imbécile heureux qui vivote au gré de la charité d?un public capricieux, aux goûts changeants.

Demander aux artistes de passer pro implique aussi une professionnalisation de nos attitudes. Le respect des heures de travail, de l?angoisse de la page blanche, suivi du jet libérateur, même si cela ne se comptabilise pas dans un registre ou grâce à une pointeuse.

Demander aux artistes de passer pro, c?est dessiner le cadre pour des conditions de travail décentes. Pour que nous n?entendions plus ces histoires de danseuses pour cabaret d?hôtel, obligées de se changer dans les toilettes du personnel pas équipées de miroir.

Demander aux artistes de passer pro, ce n?est pas non plus les réduire à de risibles subventions. D?autant plus ridicule, quand on sait que nombre d?entre eux ne savent même pas quelles sont les procédures à suivre pour les obtenir, ni sur quelles bases elles sont allouées.

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