Publicité
Daniella Bastien dresse une critique des chansons d?Abaim
Par
Partager cet article
Daniella Bastien dresse une critique des chansons d?Abaim
Au-delà de simples instruments, il y a un texte. Le tout donne une musique. Daniella Bastien s?intéresse à ces musiques, ségas engagés et chansons à texte qui sont ancrés et qui façonnent notre culture.
Pour son mémoire d?études de lettres à l?université de La Réunion, son analyse s?est portée sur les textes du groupe Abaim. Des textes qui traduisent une pertinence et une performance humaine, selon elle.
?Aujourd?hui, nous avons l?impression qu?il existe une bagarre de son. Qui aura le meilleur producteur et le meilleur album ? Il n?y a plus de texte. Mais Abaim sort du lot.?
Des études en anthropologie sociale lui ont permis de découvrir en profondeur les chansons du groupe. Elle y décèle une sorte d?idéologie humaniste. ?Il y a dans ses chanson, une volonté de redynamiser le patrimoine?, ajoute-t-elle.
Citant des exemples tels que La boutik en tol ou Sime, elle parle de ces refrains qui nous transportent dans le passé. Elles relient les traditions et font fleurir les temps de notre passé. Des comptines que jadis chantées les immigrés indiens dans les champs de canne. ?Ce sont des chansons à texte qui s?inscrivent dans le temps et qui nous permettent de nous enraciner. C?est un appel à la culture mauricienne qui se meurt.?
Il est important de connaître tous ces morceaux, pas seulement ceux d?Abaim, mais aussi ceux des ségas engagés qui nous parlent et nous rapprochent de notre histoire. Elle s?est appuyée sur l?époque 1970 à 1983 pour se forger une opinion.?Notre histoire après tout, c?est quand nous avons commencé à produire et créer notre folklore mauricien. Produire quelque chose de concret. Mais nous sommes en train de perdre tout cela??
Perdre cette partie de notre patrimoine est devenu chose commune. Les jeunes s?intéressent de moins en moins à l?histoire, et n?ont pas forcément le sens du ?patriotisme?. ?Ce n?est pas totalement de leur faute, laisse échapper Daniella Bastien. Les trust funds et les centres culturels sont dispersés. Il n?y a pas de comité pour les réunir. Finalement, nous avons l?impression qu?il y a très peu de personnes qui songent encore à conserver le patriotisme.?
De nouvelles chansons bourgeonnent tous les jours, certaines dénuées de sens, de textes. Alors que d?autres portent des parcelles historiques, cimentant les lacunes d?une société qui prône la modernité.
?Nous vivons dans une société mercantile et nous ne voyons pas que c?est l?immatériel qui disparaît. Nous glorifions les timbres, rehaussons les bâtiments mais notre culture, pas du tout.? Puisqu?il existe des chansons qui construisent des identités, c?est à cela donc qu?il faut s?intéresser. Maurice est une ?niche pour la recherche scientifique?.
Cela fait six mois que Daniella Bastien est rentrée au pays. Chargée de cours au Centre d?études supérieures de la Chambre de commerce et d?industrie, elle se dit prête à relever le défi : faire renaître ces chansons qui ont été oubliées.
Publicité
Publicité
Les plus récents