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Emirates s?en remet au gouvernement

1 mai 2006, 00:00

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Un vol quotidien entre Dubayy et Maurice. Cette requête, Emirates l?a faite depuis plus de trois ans aux autorités mauriciennes. La compagnie aérienne des Emirats arabes unis a récidivé lors de la présentation de ses impressionnants résultats financiers à Dubayy, la semaine dernière. Cette fois, elle ne parle plus de lobbying à Maurice, renvoyant la balle dans le camp du gouvernement.

?C'est au gouvernement de décider s'il veut que nous ajoutions de la capacité pour soutenir la croissance de votre industrie touristique. A chaque fois que les autorités nous l'ont demandé dans le passé, nous avons toujours répondu positivement et immédiatement?, affirme Nabil Sultan, senior vice-president des opérations commerciales pour l'Asie occidentale et l'océan Indien.

Emirates dessert actuellement Maurice six fois par semaine, incluant deux vols spéciaux. Ceux-ci s?arrêteront en août. Les perspectives d'un vol quotidien semblent plus prometteuses ces jours-ci. D?autant que les relations avec Air Mauritius se sont améliorées depuis le changement de direction intervenu à la compagnie d'aviation nationale. Pourtant, le Paille-en-Queue s'est longtemps plaint du partenariat avec Emirates, estimant qu'il ne profitait pas de l'arrangement. Cette disposition est toutefois en renégociation et les deux compagnies aériennes se font de nouveau les yeux doux.

?Nos liens avec Air Mauritius sont excellents. Nous coordonnons déjà nos efforts à plusieurs niveaux. Les discussions se poursuivent mais l'important est d'arriver à une solution gagnante pour les deux parties?, declare Nabil Sultan.

Air Mauritius ne veut pas aliéner un partenaire de taille. Au quartier général, on souligne que ?nous ne pouvons refuser un accord avec une des plus importantes compagnies aériennes de demain, tant que les termes sont à notre goût?.

Dix-huit ans de profits

La croissance exponentielle d?Emirates a été confirmée mercredi. Le groupe affiche une santé financière admirable, par les temps qui courent. En 2005-2006, il a réalisé des bénéfices nets records de Rs 22,7 milliards sur un chiffre d?affaires de Rs 197 milliards. La compagnie aérienne est la locomotive du groupe, responsable à elle seule pour 89 % des profits. Depuis 18 ans, sans interruption, Emirates est profitable. ?L?an dernier, nous avons connu une croissance de 2,8 %. L?objectif pour la prochaine année est de 13 %?, affirme le Sheikh Ahmed bin Saeed Al Maktoum, patron d?Emirates.

Les résultats de l?année écoulée sont flatteurs. Les 91 avions de la compagnie ont transporté 14,5 millions de passagers et un million de tonnes de fret dans 83 points du globe. Le taux de remplissage a atteint une moyenne de 75,9 %. Tout cela a été réalisé dans un contexte difficile : la compétition s?est étoffée alors que le prix du pétrole a augmenté drastiquement.

?Contrairement à ce qu?en pensent certains, nous ne recevons pas de subside, ni d?aide, ni sur le pétrole ni sur autre chose. Ce qui est pourtant le cas pour des compagnies européennes hypocrites qui nous critiquent. Nous payons le même prix que les autres transporteurs?, dit le Sheikh.

Le dernier rapport en fait foi. Le fuel a représenté 27,2 % des coûts d?opération d?Emirates. La taxe carburant n?a mitigé que 41 % des coûts additionnels totalisant Rs 15,4 milliards. Pour la prochaine année, la compagnie a budgété le prix du baril à $65, mais les observateurs s?attendent que cela soit dans une fourchette de $70 à $80.

?Nous misons sur une réduction des coûts, sans affecter le service offert aux clients, et sur une hausse de notre productivité. Notre équipe de spécialistes conçoit diverses formules de hedging. Mais nous ne pouvons absorber tou les coûts supplémentaires. Il est logique que le passager débourse plus si la flambée se poursuit?, précise le Sheikh Ahmed bin Saeed Al Maktoum.

Pour Emirates, le pétrole est un problème qui ne perdurera pas. La direction voit beaucoup plus grand : d?ici 2010, la société devrait avoir 156 avions, desservir 101 destinations et transporter 26 millions de passagers. Cette croissance vertigineuse est intimement associée au succès de Dubayy. Le centre commercial et financier du Moyen-Orient est bien parti pour devenir l?épicentre de la planète. La croissance moyenne de Dubayy est de 16 % annuellement, supérieure à la Chine (8,5 %).

?On ne pourra comprendre le succès d?Emirates si on ne réalise pas le hub global qu?est devenu Dubayy?, soutient Maurice Flanahan, vice-président d?Emirates. Seulement 6 % des revenus de l?émirat proviennent du pétrole alors que 30 % sont attribués au tourisme.

Extension du réseau

La compagnie aérienne se prépare déjà à devenir l?un des plus gros transporteurs de demain. Au cours des prochains cinq ans, Emirates recevra en moyenne un avion neuf par mois. Le premier A380, qui sera doté de facilités ?jamais vues jusqu?ici dans un avion?, sera livré en avril 2007.

Le développement d?Emirates comprend une expansion tous azimuts de son réseau. Après New York (deux vols directs quotidiens), le transporteur cible d?autres villes des Etats-Unis et de l?Amérique du Sud. Dans l?océan Indien, Emirates ne dessert que Maurice, les Seychelles et les Maldives. Tout en soutenant que l?Afrique est dans le collimateur de cette compagnie en soif d'expansion, Nabil Sultan précise qu'aucune autre destination de l?océan Indien ne sera ajoutée sur le moyen terme. Sauf s?il y a une opportunité à saisir et qu?elle présente un bon business case. En attendant, Emirates ne s?inquiète guère de l?éventuelle arrivée des autres transporteurs arabes (Kuwait Airways, Etihad et Qatar Airways) à Maurice.

?Les autres compagnies ne nous gênent nullement. Ayant grandi dans un univers compétitif, Emirates accueille bien tout nouvel entrant sur les routes qu'elle dessert puisque cela nous force à rester sur nos gardes et améliorer nos services?, précise Nabil Sultan.

La compagnie arabe semble très attachée à Maurice, sixième destinations parmi les plus populaires d?Emirates Holidays, sa filiale qui propose des forfaits vacances à travers le monde.

?Notre croissance ne sera pas ralentie par des concurrents jaloux qui propagent de fausses allégations et qui menacent d?avoir recours au protectionnisme. Cela ne fera qu?accentuer notre envie de travailler encore plus dur pour être le meilleur sur toutes les lignes que nous desservons?, déclare Tim Clark, responsable d?Emirates. Le gouvernement mauricien est averti : Emirates ne lâchera pas prise tant qu?elle n?aura pas son vol quotidien.

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