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L?engagement de la foi

30 avril 2006, 00:00

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Aux vociférations de Nitish, nous avons préféré le calme de Ram. Deux frères, nés à cinq ans d?intervalle, deux tempéraments diamétralement opposés, mais deux frères unis dans un même combat : militer à travers la chanson engagée pour davantage de justice sociale.

Nitish comme Ram, ne se sont autorisés aucun répit, depuis ce matin de 1970, où avec Micheline Veerasawmy, Rosemay Nelson, Bam Cuttayen et Menwar, ils ont créé Soley Ruz. Rouge passion, rouge vif, rouge flamme, pour laisser échapper colère et révolte, face à une société où les inégalités sont nombreuses.

L?engagement qui se fait d?abord dans un groupe d?amis passionnés de chant et de musique, va vite s?étendre au-delà du quartier de Palma où les frères Joganah ont vu le jour. Dans la même cour, Bam Cuttayen développait la même conscience sociale.

Chez les Joganah, il y a toujours un couvert pour un ami de passage, un proche ou une simple connaissance. Chez eux, on cultive le partage, la générosité, l?amitié et la sympathie. En l?absence du père de famille, décédé alors que Ram n?a que cinq ans, la mère apprend à ses fils à partager.

La sensibilité de l?un qui deviendra révolte chez l?autre, le pousse à ouvrir les yeux. La consience sociale se veut d?abord conscience de quartier. Avec les jeunes de la région, Ram et Nitish créent des groupes de quartier. Oubliant leurs courses effrénées dans les rues du Palma, les fils Joganah s?élèvent à la conscience sociale.

Trop de misères, trop d?injustices. Impossible de rester en retrait. De leur père violoniste de talent, ils héritent du goût de la musique et des accords parfaits. Ram préfère les percussions. La musique va devenir leur « arme » pour dénoncer, revendiquer, sollicter et surtout espérer. L?espoir de la fin de Soley Ruz, renaît lorsque Lataniers voit le jour.

Principal objectif : le réveil des consciences. La chanson rime alors avec l?inspiration. Un micro. Des mots bien sentis. Lataniers écume les podiums improvisés du pays. Les « tidimounn » entendent enfin leurs voix. Cette voix naguère à peine audible, résonne subitement.

« La mizik engazé, c?est l?engazman enn patriot ki met so la mizik au service so pays. »

Les politiciens n?en ont cure. Ils préfèrent fouetter d?autres chats. Mais petit à petit, à force de faire gronder leurs voix, le combat des frères Joganah gagne leurs bureaux blindés. « Mo pas kroir ki nou enn ménace. Mais ine éna plusiers sabotaz kine empeche nou souvent avance aussi vit ki nou tia oulé. Mais mo kroir ki zordi bann mentalité pé komans évolué. Sa program télévision là c?est enn ti pas en avant pou Lataniers, » raconte Ram Joganah, les mains appuyées contre le visage, la voix calme, le regard souvent porté vers le lointain.

Dans Zistwar enn Konba, Lataniers passe en revue ses années d?engagement social et musical. C?est l?occasion également de rendre hommage aux frères de combat : Bam, Rosemay. D?évoquer la mémoire de Kaya et de Naden Veerapen, l?ami joueur de tabla, décédé il y a peu.

Au fil des années, Ram a appris à compter sur lui, sur son frère, sur ces hommes et ces femmes, qui trente-trois ans durant, ont suivi le parcours de Lataniers. Brocardant volontiers les politiciens véreux, au même titre que tous les pouvoirs, jouant souvent à l'esprit fort dans leurs chansons, les frères Joganah donne du sens à une poésie musicale bien mauricienne. Krapo Kriyé, Paké Dibois, Missié là, Gouvernail, Dilo pou arrêté nev her n?ont cessé de dialoguer avec la société. Ce dialogue qui sert de fil rouge à l?engagement, ne semble jamais vouloir se tarir.

L?engagement de Lataniers reste apolitique. Il est à la fois social et culturel. « La mizik engazé, c?est l?engazman enn patriot ki met so la mizik au service so pays. C?est enn surveillans poétik, dozé, enn révendikasyon mizikal, » insiste Ram Joganah. La dizaine d?albums née de leur esprit bouillonnant, croque sur le vif, toutes les revendications des sans-voix.

Les débuts de Soley Ruz, ont permis aux frères Joganah de se poser déjà au c?ur des considérations sociales. La route a donc été moins épineuse, mais toujours aussi longue.

Leurs paroles tempèrent la voix collective, renforce l?espoir de lendemains meilleurs. « La société ine évolué. Lentement, mais sûrement, même si éna enkor bokou chemin pou fer. Zordi, mo kontan l?amalgam ki éna dan Moris. Sa mem ki fer zoli. Sa mem ki amenn enn lékilib. Mama la ter Moris bizin enn zour arret soufer. » Ram Joganah en immersion totale dans son combat, refuse la reconnaissance. Il souhaite seulement que sa « maigre » contribution continue à servir la cause, pour davantage de justice sociale.

Moitié débrouillardise, moitié talent et beaucoup d?acharnement après, Ram Joganah ne peut s?empêcher de parler de sa famille. Sa femme et sa fille qui l?accompagnent toujours sur des chemins tortueux, mais aussi ces hommes et ces femmes qui à un moment ou à un autre, ont été touchés par le chant du c?ur de Lataniers. « A koz tou sala, impossib décourazé ou baiss les bras. Mo pou continié ziskà mo dernier zour. »

Sa formation sur le tas, là où la voix du peuple a toujours grondé, l?a poussé à écrire une chanson sur ce petit moustique infernal. « Chikungunya », mis en chant avec ses mots, sortira la semaine prochaine dans les bacs. Respectueux de la nature, homme de convictions, généreusement attachant, Ram Joganah ne s?en va pas sans vous souhaiter « Bonn fet travayer ! » A vous aussi.

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