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?L?Afrique, mon seul regret?

30 avril 2006, 00:00

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Jennifer PENELOPE-LEBRASSE

>Vous tirez un trait sur seize belles années consacrées au judo de haut niveau. Cela a dû être une décision dure à prendre?

? Bien sûr. J?y ai réfléchi pendant des mois mais face à un genou qui ne veut pas guérir, je n?ai pas eu le choix. Depuis que j?ai été blessé au Caire lors des Championnats d?Afrique en 2002, je fais de la physiothérapie mais il n?y a pas eu d?amélioration. Tout laisse croire qu?il n?y en aurait pas. Donc, ce n?était pas la peine de persister.

>Depuis quand pensiez-vous à ce retrait de la compétition ?

? En début d?année, je doutais beaucoup mais j?avais très envie de faire les Championnats d?Afrique qui se tiennent chez nous du 29 mai au 6 juin. Alors, je me suis dit que j?allais attendre le Tournoi international de Maurice pour m?évaluer mais à cause de mon genou, je n?ai même pas pu faire ce tournoi-là.

>Qu?avez-vous ressenti quand vous aviez compris que la retraite devenait inévitable ?

? J?ai eu un pincement au coeur. Le judo m?a offert de grands moments.

>Quelle est la compétition qui vous a le plus marqué ?

? Les Championnats d?Afrique de 92. Ce fut mon baptême du feu à ce niveau-là. J?avais fait trois combats. Après avoir perdu au premier tour, j?ai été repêché. Lors de la finale de la troisième place, j?ai perdu contre un Gabonais. J?ai alors été classé cinquième. Là, j?ai pris conscience que j?avais un réel potentiel.

>Et les plus beaux moments vécus avec l?équipe de Maurice?

? Certainement les après et avant entraînement au collège Royal avec les Mimoze Gery, Priscilla Chery-Lebon, Marina, Ravanne, Laval Georges, Nathaniel Dubois, Jean-Luc Rapahël, entre autres. On avait un petit rituel où chacun à son tour apportait des gâteaux qu?on partageait. Il y avait une vraie solidarité entre nous.

>Le haut niveau demande beaucoup de sacrifices. Qu?est-ce qui a été le plus dur pour vous ?

? De vivre loin de ma famille de 1991 à 2000. À cette époque, je vivais à Maurice. Je noyais ma peine dans l?entraînement et en quelque sorte ça m?a fait, également, du bien.

>Qu?est-ce qui a fait votre force au cours de ces seize années ?

? Mon caractère de battant. Je ne suis pas de nature à laisser facilement tomber. Ce fut le cas à l?entraînement et lors des compétitions. Quand je décide de faire quelque chose, je m?obstine à aller jusqu?au bout.

?Le judo connaîtra une période creuse qui durera peut-être quatre à cinq ans. Le temps que certains jeunes arrivent à maturité.?

>En 2000, vous vous étiez retiré une première fois pour revenir en 2002. Cette fois, la décision est-elle irréversible ?

? Oui. Ma blessure et mes trente-deux ans ne me le permettront pas. Mon retour en 2002 a été très dur. J?ai fait les Jeux des îles 2003 avec une genouillière. Ce fut une compétition éprouvante. En octobre de la même année, je me suis retiré de la sélection pour les Jeux d?Afrique d?Abuja pour la même raison. En 2004, lors des Championnats d?Afrique en Tunisie, j?ai été handicapé par cette même blessure. Lors de la finale du bronze, j?ai commencé à avoir mal et je me suis relâché. J?ai perdu le bronze et, l?année dernière, j?ai encore préféré faire l?impasse sur la compétition africaine à cause de ce genou. Le mauvais sort semble me poursuivre et l?âge n?arrangera rien.

>Mais en tant que judoka évoluant dans les catégories lourdes, n?auriez-vous pas pu poursuivre le haut niveau pendant au moins trois ans ?

? Oui. Les poids lourds sont encore compétitifs à trente-cinq ans et même plus. C?est à cet âge que je pensais me retirer.

>Vous auriez alors eu l?occassion de faire les Jeux des îles à Madagascar en 2007?

? Certainement. Mais à ce niveau-là, je n?ai aucun regret. Trois ans seulement après avoir commencé le judo, j?ai été médaillé d?or en 1993 en -95 kg. En 1998 à la Réunion, j?ai décroché l?or en -95 kg et l?argent en toutes catégories. Et en 2003, j?ai eu droit à une double consécration en -100 kg et en toutes catégories.

>Vous aviez été médaillé de bronze au niveau africain sept années consécutives (1994 à 2000) sans pouvoir disputer la finale. Cela doit vous laisser un goût amer ?

? Définitivement. C?est un rêve que je n?ai pu réaliser. J?ai beaucoup de regrets à ce niveau. Cependant, je me retire avec la conviction d?avoir donné le meilleur de moi-même durant toute ma carrière.

>Vous tournez la page sur la compétition mais vous serez très impliqué dans le judo. Le 17 avril dernier, vous avez été nommé adviser coach par la Rodrigues Regional Assembly. Quelles sont vos responsabilités ?

? Je m?occupe du centre régional senior où les meilleurs seniors rodriguais s?entraînent. Je suis, également, en charge des sept écoles de judo en tout ce qui concerne l?aspect technique. Le comité régional vient de mettre en place une nouvelle structure de formation. Mercredi dernier, nous avons lancé un centre régional de formation. Nous avons aussi un centre de pré-formation. En somme, je m?occupe à former la relève du judo rodriguais qui, j?espère, viendra consolider l?équipe Maurice.

>Nous retrouvons de moins en moins de Rodriguais au sein de la sélection nationale. Comment l?expliquez-vous ?

? La relève rodriguaise n?est pas prête. En raison de guerres intestines, le judo avait été gelé à Rodrigues. Ce n?est que depuis l?année dernière que le comité régional de Rodrigues fonctionne à 100 %. Après les Rodriguais qui ont dominé les années 90, à savoir Eric Azie, Eddy André, Glorieuse Guillaume, Marina Ravanne, André Cupidon entre autres, nous avons manqué de nouveaux éléments.

>Le courant entre la Fédération mauricienne de judo et le comité régional de rodrigues ne passent pas toujours. Comment vivez-vous cette situation ?

? Selon moi, c?est la communication qui a toujours fait défaut. Avec le nouveau comité directeur de la fédération, les relations se sont améliorées. Des efforts ont été faits à ce niveau. En plus, nous sommes mieux équipés. Auparavant, le téléphone ne marchait pas toujours et aujourd?hui on reste branché. On communique également par courrier électronique ou fax. On ne dépend plus de la poste. Ce qui fait qu?on ne reçoit pas du courrier en retard.

>Dans un mois, Maurice accueillera les Championnats d?Afrique. Pensez-vous que nous avons des chances de médailles ?

? Ces championnats ne vont pas être faciles. Lors du dernier Tournoi international de Maurice en mars dernier, j?ai constaté que les Africains sont bien au-dessus. Les Malagches ne sont pas mal non plus. Mais on peut espérer que quelques Mauriciens se mettent en avant. Mike Mounawah et Laval Collet, grâce à leur expérience, ont une chance. Ricardo Vythilingum en -90 n?est pas mal non plus. Chez les filles, cela va être encore plus difficile. Marie-Rose Bégué en -52 kg a le potentiel pour rivaliser avec les Africaines.

>Vous êtes le dernier d?une grande génération de champions à quitter l?arène sportive. Êtes-vous rassuré pour la relève ?

? Le judo connaîtra une période creuse qui durera peut-être quatre à cinq ans. Le temps que certains jeunes comme Marie-Michèle Godin arrivent à maturité. Dans l?immédiat, il y a de bons élements comme McCoy Paulin, Jean-Luc Raphaël, Ricardo Vythilingum ou encore Véronique Humbert qui commencent à se dévoiler.

>Avez-vous une idée de qui sera votre successeur chez les lourds ?

? À première vue, il n?y a personne. Mais si Lionnel Collet s?investit à l?entraînement, il pourrait le devenir.

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