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Enceinte de son père à dix ans
Les violences sexuelles à l?égard des enfants ne cessent de provoquer l?indignation. Nombreux sont les acteurs engagés dans la protection de l?enfance à réclamer un durcissement de la loi à l?encontre de ceux reconnus coupable de sévices sur enfant. Dernier cas en date : celui de Christelle, 10 ans, ? son nom ainsi que celle de sa mère ont été modifiés ? violée par son père, Joseph, et qui est maintenant enceinte de six mois.
Sur son lit d?hôpital, Christelle ne semble pas encore très bien réaliser ce qui lui arrive. Mathilde, sa mère, non plus.
« Mo pas konpran kouma enn zafer koumsa inn ressi arive, » lâche-t-elle, dépitée. La terrible nouvelle est tombée dimanche. L?enfant se plaignait depuis des mois de violentes douleurs au ventre. « Monn amenn li plizir fois dan dispanser me bann la nek donn li medsinn », confie Mathilde. Mais les douleurs se font plus intenses.
Ce jour-là, ayant été chez sa s?ur, elle décide d?emmener Christelle à l?hôpital de Candos, pensant qu?elle est sujette à des troubles gynécologiques. Et là c?est la stupeur. L?échographie révèle qu?elle porte un enfant. Mathilde n?en croit pas ses oreilles et lui réclame des explications.
« Li finn koumans plore, krie. Nurse inn dir less nou koz ar li. Lerla monn tann li dir ki se so papa ki finn fer sa ar li », murmure Mathilde, visiblement très affectée par ces révélations. Christelle confie alors l?horreur à sa mère ébahie.
Son père a profité d?un moment où il se trouvait seul avec elle pour l?abuser. Il l?a attirée dans une chambre, prétextant que la fourniture électrique allait être interrompue? Joseph a placé un vêtement sur sa bouche pour l?empêcher de crier avant de passer à l?acte. Et il l?a menacée de ne rien révéler à qui que ce soit.
La police de Vacoas est aussitôt alertée et l?enfant examiné par le médecin de la police, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, qui confirme qu?il y a eu sévices. Non content de l?avoir violée, le père, âgé de 30 ans, l?a également sodomisée. Écroué et traduit en justice, il clame son innocence et a déclaré à une radio que s?il devait abuser de quelqu?une, ce devait être son aînée, sa belle-fille, et non pas sa propre enfant !
La réalité de plein fouet
Mariée depuis dix ans, Mathilde assure ne jamais s?être douté que son époux abusait de sa benjamine. « Li ti kontan zoue lamin ar ban zanfan me zame mo finn trouv li ena bann zes deplase divan moi », assure-t-elle. Elle n?avait, d?autant plus, pas de soupçons car il se montrait sévère, ne voulait pas que ses deux filles, dont l?aînée a 12 ans, sortent seules. Elles vivaient presque en recluses dans une dépendance à La Marie, coupées du monde, à plus de deux kilomètres à l?intérieur des champs de canne, où leurs parents gagnent leur vie en travaillant dans un élevage de volailles appartenant à un propriétaire terrien.
La réalité vient de rattraper Mathilde de plein fouet. Face à l?évidence, elle a eu peur pour son aînée et a voulu savoir si elle avait aussi a été victime de tels sévices. Tout se bouscule dans la tête de Mathilde. Elle ne sait pas si elle va garder le bébé, fruit d?un inceste, se demandant si elle ne va pas le remettre à sa belle-s?ur qui ne peut en concevoir un?
Mathilde a également déjà pensé à faire une croix sur son mari. Déjà séparée de lui à plusieurs reprises durant ces dernières années pour violence domestique, elle a toujours fermé les yeux sur ses excès. Cette fois, ce qu?il a commis ne peut être pardonné.
Admise à l?hôpital de Candos depuis dimanche, Christelle se remet de ses émotions. Sa grossesse, selon le personnel soignant, se déroule sans anicroches, malgré son jeune âge. Elle est retournée dans son coin perdu, à La Marie, jeudi après-midi. Mathilde a, cette fois, d?autres soucis. Elle part rencontrer son enseignante dans le courant de la semaine prochaine pour savoir si sa fille peut poursuivre sa scolarité et décrocher au moins son certificat de fin d?études primaire.
Une réforme judiciaire s?impose
Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson for Children, déplore l?absence de réforme judiciaire visant à permettre aux enfants victimes d?abus sexuels de consigner leur déposition sous forme d?enregistrement. « L?enregistrement vidéo des dépositions s?applique déjà aux suspects dans des affaires de police. Cette méthode devrait être étendue aux mineurs, car ils ont besoin d?une protection spéciale », suggère-t-elle. Cette pratique, qui existe déjà en Europe et à la Réunion évite aux victimes de devoir répéter leur « histoire » aux différents stades de l?enquête. De plus, fait-elle ressortir, les jeunes victimes sont, dans ces pays, accompagnées d?un psychologue et d?un avocat lors de l?interrogatoire.
L?Ombudsperson for Children fait également comprendre qu?il est urgent de « redéfinir les différents crimes sexuels de manière claire et spécifique ». Certaines lacunes dans les lois peuvent, selon elle, être exploitées par les avocats pour disculper leurs clients des accusations qui pèsent sur eux.
Le carnaval des enfants contre la violence, organisé la semaine dernière, témoigne de la détermination des autorités mais aussi des enfants à combattre les abus sexuels sous toutes ses formes. « Il y a maintenant beaucoup d?enfants qui viennent de l?avant pour dénoncer des abus sexuels car ils savent qu?il y a des gens qui sont à leur écoute. La campagne de sensibilisation a porté ses fruits », laisse entendre Shirin Aumeeruddy-Cziffra.
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