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Partageons le fardeau !
La véritable question qui devrait être à l?agenda national est de savoir quel type de société nous voulons forger pour les générations à venir. Le pays aujourd?hui est à la croisée des chemins, et il faut développer de nouveaux piliers économiques pour assurer un développement durable. Les acteurs du développement doivent accepter de partager le fardeau de la transition s?ils veulent que le pays s?en sorte.
La présentation du budget 2006-2007 est prévue pour le 9 juin. Depuis le document « Setting the stage for robust economic growth » de septembre 2005, où en est-on avec le redressement de l?économie nationale ? On n?a certainement pas encore renversé la tendance. Le budget 2006-2007 peut être une occasion de relance, moyennant que Rama Sithanen arrive à faire partager sa vision ave les acteurs du développement et obtenir d?eux la solidarité que prescrit la situation.
Le ministre des Finances est sur la corde raide. L?héritage économique et financier qu?il a reçu est lourd. Et depuis, la situation s?est détériorée. La croissance économique a été revue à la baisse, le montant de la compensation sucrière de l?Union européenne sera nettement inférieur au montant prévu, les finances publiques sont plombées par de gros déficits, avec un endettement massif, la contraction du secteur du textile se poursuit, le chômage structurel persiste, et l?investissement est loin d?être suffisant. Pour couronner le tout, il y a la flambée du prix du pétrole. L?espoir de trouver Rs 150 milliards, nécessaires pour la restructuration de l?économie, auprès de bailleurs de fonds à des taux bonifiés s?amenuise.
Ce n?est pas le pessimisme grandissant des chefs d?entreprises qui aidera à remettre le pays sur les rails du développement. L?Alliance sociale, toutes tendances confondues, perçoit quant à elle le « Grand Capital » comme ne voulant pour rien au monde se départir d?une mentalité qui consiste à tout avoir, sans rien céder. Pour réussir la transition, il faudrait un changement de « mindset » de tous les acteurs du développement.
Le projet de société axé sur la démocratisation de l?économie complique davantage la tâche de Rama Sithanen, car il lui faut trouver l?articulation entre la logique « économique » de création de richesses et celle, socio-politique, de partage des richesses. Une articulation qui exige que le secteur privé joue le jeu dans le sens d?une ouverture concrète pour créer des opportunités. Le défi consiste à trouver l?articulation qui convient, sans casser la machine?
Survivre dans le monde d?aujourd?hui passe par l?élaboration de produits de qualité à des prix compétitifs. Cela requiert de l?effort, du travail bien fait, de la rigueur, un esprit créatif et novateur. L?avenir ne se construira pas avec des postures, voire des impostures, idéologiques. Aussi, l?heure n?est plus aux tergiversations sur les pseudo-solutions, mais aux décisions difficiles, courageuses et audacieuses.
Le moment est venu de mettre un terme aux dix mois pendant lesquels le pays a été ballotté par des initiatives contradictoires, certaines porteuses d?espoir et ouvrant des perspectives, d?autres prisonnières de conceptions et pratiques qui objectivement renforcent le blocage dont souffre le pays. Personne ne peut contester l?idée qu?il appartient aux politiques d?être sensibles aux difficultés de la population des catégories vulnérables, et d?agir en conséquence pour la protéger de la précarité et de l?exclusion.
Mais cela ne signifie pas qu?il faille mener une politique obéissant aux seules considérations populistes et défiant tout bon sens économique. Dans la présente conjoncture, une telle politique est objectivement mortifère, sans oublier l?effet boomerang qu?elle peut avoir. La voie progressiste n?a jamais été celle de la démagogie et de l?irresponsabilité.
Est-ce que la population est vraiment consciente de la gravité de la situation économique ? Certains pensent que non, et qu?elle besoin d?un électrochoc. D?autres, que le problème serait plutôt que chacun juge que ce n?est pas à lui de porter le fardeau de la transition mais aux autres. À ce jeu égoïste et d?individualisme de groupe, personne ne sortira gagnant. La situation sociale ira en empirant, avec, à très brève échéance, toutes les dérives possibles.
Or, moyennant une solidarité où tous, sans distinction, acceptent de partager le fardeau de la transition, la population a le potentiel pour relever les défis de la transition socio-économique. Pour récolter et partager de manière équitable, le moment venu, les richesses.
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