Publicité

1er Mai : Bataille à trois

30 avril 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Demain un autre 1er Mai. Si l?année dernière, à deux mois des législatives, ce rendez-vous politique revêtait une importance accrue eu égard aux rapports des forces électorales, cette fois-ci, l?enjeu n?est plus le même. La bataille triangulaire de demain, provoquée par la décomposition de l?opposition, influera néanmoins sur la recomposition du paysage politique futur.

Déjà l?Alliance sociale, passée entre-temps de l?opposition au pouvoir, mesure la difficulté entre faciles promesses populaires et dures réalités économiques, surtout à l?approche de son premier exercice budgétaire. Ainsi le transport gratuit aux étudiants, que brandissait Navin Ramgoolam lors de la dernière campagne électorale et introduit dans la frénésie de la victoire, sera remplacé, à partir de la prochaine année financière, par une formule de financement moins coûteuse pour l?État.

Le ministre des Finances, au pied du mur, conscient de l?impossibilité de réconcilier le programme socialo-travailliste aux difficultés actuelles, n?hésite plus à annoncer la couleur, soit celle de la rigueur économique. Il veut montrer l?exemple en partant en guerre contre le moindre sou gaspillé par les services publics et ce, dans une tentative de réduire le lourd déficit fiscal et l?inquiétante dette publique.

Ces deux indicateurs ne pourront être remédiés sauf si l?Alliance sociale consent à revoir sa généreuse mais suicidaire politique sociale, dont principalement le rétablissement de la pension de vieillesse universelle et l?autre promesse électorale : pas d?impôts sur le revenu pour ceux touchant jusqu?à Rs 25 000.

Double bouclier contre les Verts

« L?accent sera mis sur le sens de la responsabilité et le devoir à tous les niveaux », précise Dharam Gokhool, secrétaire général du PTr, qui n?est visiblement pas dans une logique de « test électoral ». À Vacoas, l?Alliance sociale s?attend à une « bonne foule », pour prouver que le peuple est toujours derrière elle neuf mois après son accession au pouvoir. Jusqu?ici elle a eu les coudées franches, que ce soit au Parlement ou dans la rue, en raison d?une opposition décomposée, plus préoccupée à s?entre-tuer.

L?adversaire de l?Alliance sociale aura finalement été elle-même. Sa réforme du système éducatif n?a pas convaincu. Ils sont aujourd?hui plusieurs partenaires de la société civile à dire non à la réforme Gokhool.

À la gestion maladroite de ce dossier, qui s?est enlisé dans un terrain communal, s?est greffée la révolte des Verts de Sylvio Michel, qui fêtent leur 1er Mai à Mahébourg, où ils répéteront que le gouvernement n?a pas tenu ses promesses vis-à-vis des descendants d?esclaves.

Navin Ramgoolam, réalisant qu?une frange de l?électorat lui est désormais hostile, a réussi le tour de force d?attirer le coq du PMSD sur la plateforme de l?Alliance sociale et ce, malgré les protestations sonores du cheval de Xavier Duval.

Tout en consolidant son alliance, en utilisant le double bouclier PMXD-PMSD contre les jets de Sylvio Michel, Ramgoolam aura par ricochet déstabilisé l?opposition et réorganisé les pions sur l?échiquier.

Outre l?indécent show du PMSD, c?est l?amorce des préparatifs pour ce 1er Mai 2006 qui est à la base de la rupture entre le MMM et le MSM. Paul Bérenger, qui attribue la défaite de l?alliance MSM-MMM à la « faiblesse électorale » de Pravind Jugnauth, voulait que le nom d?Ashock Jugnauth soit proposé lors de ce rendez-vous comme nouveau leader du MSM.

Cette proposition a donné lieu à une série de bouleversements : le MSM, piqué au vif, a retiré son soutien parlementaire à Paul Bérenger, qui est passé du statut de leader de l?opposition à celui de simple député. Le MSM a, lui, perdu Ashock Jugnauth qui, flatté par le MMM, a commencé à songer à un éventuel avenir premierministériel. Il a claqué la porte du Sun Trust pour lancer son propre parti, entraînant jusqu?ici qu?une poignée d?activistes de son ancien parti.

La vague mauve s?élèvera-t-elle ?

À la mythique rue Edward VII, à Rose-Hill, bastion mauve mais tombé dans le camp gouvernemental lors des dernières municipales, le MMM entend démontrer qu?il est toujours un « grand parti » et que son leader demeure un « chef historique », pour reprendre les qualificatifs émus d?un Rajesh Bhagwan, déterminé à réussir sa démonstration de force et qui dit entrevoir « une vague mauve qui s?élève ».

Après leur double défaite électorale, les Mauves ont très mal vécu le fait récent que leur chef ait eu à céder son fauteuil constitutionnel de leader de l?opposition à un jadis « junior partner ». C?est une illustration que le MMM ? qui n?a désormais aucune salle municipale pour tenir son comité central ou ses conférences de presse ? touche le fond.

« Le MSM a bénéficié de la force électorale du MMM en régions urbaines pour faire élire ses députés. Mais aujourd?hui, il possède davantage de députés que nous. Le MMM n?a même pas su procéder à une distribution de tickets qui serait à son avantage. C?est triste, mais tout est à refaire? », nous a confié un ancien dirigeant mauve.

Mais le MMM ne manifestera aucune tristesse demain. Mais de la colère ! Le leader du parti lui-même, ou un autre dirigeant mauve, pourrait demander à ses partisans de voter, à main levée, si l?heure de la retraite a sonné pour Paul Bérenger (comme l?affirme Pravind Jugnauth). Et bien évidemment des partisans irréductibles, fidèles depuis les années 1970, lui demanderont de rester. Et il restera?Comme est resté en poste le même bureau politique, hermétique à tout vent de changement, malgré des annonces de renouveau lancées çà et là. Demain encore, l?arrivée de nouveaux camarades sera annoncée, et des noms seront même révélés. Mais comment leur faire de la place si les aînés ne veulent pas partir ?

« C?est la première fois depuis 2000 que le MMM se retrouvera seul à Rose-Hill. Il y a un enthousiasme des militants à se retrouver autour du leader. Ils sont révoltés par le comportement de Pravind Jugnauth à son égard », déclare Rajesh Bhagwan, qui laboure inlassablement le terrain, surtout depuis que son colistier Maurice Allet lui a faussé compagnie.

Entre les règlements de compte avec le MSM et le PMSD (qui seront traités de « traîtres ») et quelques encouragements pour le premierministrable Ashock Jugnauth, le MMM expliquera que le « pays est en danger », critiquera l?immunité accordée à l?Icac et évoquera le « cover up » pour l?affaire Dulull, entre autres. Du déjà entendu.

À Curepipe, Pravind Jugnauth veut, lui aussi, frapper un grand coup. Il veut démontrer que le MSM est plus fort que le MMM. Et qu?il représente l?avenir et Bérenger le passé. Il a aussi une revanche personnelle à prendre. Battu aux dernières élections et grand absent au Parlement, il veut prouver qu?il a les capacités d?un vrai leader, qu?il sait mobiliser les troupes du MSM et ce, malgré les défections en série : Anil Gayan, Vijaya Samputh, Rajesh Bhowon et plus récemment Ashock Jugnauth.

Tendance et alliances

Depuis sa déroute électorale, le leader du MSM, après une courte pause, a entamé une série de pèlerinages dans le pays profond et c?est ainsi, semble-t-il, qu?il aura compris que « c?est la présentation de Paul Bérenger comme Premier ministre qui serait à la base de la défaite de l?alliance MSM-MMM ». Et pour ce 1er Mai, Pravind Jugnauth voulait être le dernier orateur de l?alliance. Une manière de se présenter comme Premier ministre alternatif. Mais le leader du MMM avait, lui, déjà jeté son dévolu sur son oncle Ashock.

Confronté à Paul Bérenger, Pravind Jugnauth a surpris de par son attitude. Son intransigeance et le ton de sa riposte ont impressionné plus d?un. Du coup il a cassé son image trop lisse, celle du dauphin docile du leader du MMM.

« Le rassemblement de demain va donner une tendance (?) il est évident que le MSM a un brillant avenir », estime Pravind Jugnauth. « Il a placé toute son énergie et beaucoup de moyens, dans le meeting de Curepipe. Et sa cible prioritaire serait le leader du MMM. Il n?a toujours pas digéré le fait que celui-ci ait voulu le décapiter. Il est déterminé à lui administrer une cinglante leçon en réunissant davantage de personnes que le MMM », fait ressortir un proche du leader du MSM.

Un nouveau rapport des forces, à l?issue de cette bataille triangulaire s?établira dès demain. Il permettra de mieux cerner le paysage politique qui est chamboulé. Et il sera annonciateur des tendances et autres alliances de demain. Ainsi va la vie politique à Maurice, les ennemis d?hier et les amis de demain se donnent en spectacle à chaque 1er Mai...

Publicité