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«Beautiful minds»

29 avril 2006, 00:00

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par Aline GROËME

Comment ne pas croire aux signes après ça ? Comment ne pas y voir un effet miroir ? Chez Friends in Hope, à Bonne- Terre, Vacoas, le babil des voix s?apaise. Laisse la place à celles de la télé, dont on a monté le son. C?est la mi-journée. Heure de faible audience où la MBC diffuse A beautiful mind, film porté par Russell Crowe.

Dès les premières images, un commentaire fuse. Tellement vrai. Tellement humain. Tellement « eux». « Li ti kapav malad me selman li bien intelizan. » Une série de calculs mathématiques plus tard, la salle s?égaye d?un : « Eh, enn fim revolitioner sa. »

Sans se faire prier, Amal quitte sa place pour dérouler un peu le film de sa vie. Analyse cliniquement sa maladie : « Parfois nou eta dam pins pins nou. » Simplement, il nous confie que ce n?est pas facile pour lui de trouver le sommeil. « Sa empess ou konsantre. » Avant de préciser : « Me mo boir medsinn. » Que serait sa vie sans le centre ? Amal est catégorique : s?il ne fréquentait pas Friends in Hope depuis quatre ans, « kit foi mo ti pou fini al mental. » Ses doigts font tourner le bracelet qu?il porte au poignet gauche. « Isi nou ena kamarad ».

« Le sortir de son rôle de malade »

Pour s?occuper, le centre de Vacoas meuble la journée des adhérents. « Chez nous, on ne dit pas ?patient? », comme le précise Josy St Mart, directrice de Friends in Hope. Couture, broderie, cours de cuisine, de peinture, entre autres, occupent les mains et l?esprit de la trentaine d?adhérents qui fréquentent le centre deux à trois la semaine, entre 9 heures 30 et 14 heures 30.

Amal lui, est visiblement attiré par la peinture. Sa couleur préférée : le noir. « Li pass partou, li pa bizin lot kouler. » Reflet d?Amal lui-même ? Toujours est-il que l?attitude de l?adhérent est constructive. Il se voit déjà vendant « enn ti tablo pou gagn enn ti kass. »

Les fonds. La question des sous est cause d?effervescence en ce début d?après-midi, à Friends in Hope. Josy St Mart procède aux derniers réglages pour les trois jours de quête annuelle, qui prend fin aujourd?hui. à écouter la discussion, il est clair que les adhérents ont chacun leur idée sur les points stratégiques pour faire appel à la générosité des passants.

Après avoir elle aussi aidé à mettre tout le monde d?accord, Joyce Marie Jeanne, trésorière de Friends in Hope, nous explique le fonctionnement du centre. En insistant sur un point clé : « Pour être adhérent, il faut d?abord que la personne soit stabilisée. » Friends in Hope accueille actuellement une trentaine d?adhérents venus suivre une réhabilitation suite à des troubles mentaux, tels la schizophrénie, une dépression grave, les maladies bi-polaires. « Nous travaillons avec le médecin traitant. » Sabrina Puddoo, psychologue est aussi engagée à temps partiel au centre.

« Le sortir de son rôle de malade. » Elément central de la réhabilitation, selon Josy St Mart. « Lui dire que ce n?est pas parcequ?il prend des médicaments qu?il ne peut pas mener une vie normale. »

Rétablir la confiance en soi. Autre terrain glissant chez des adhérents stigmatisés par les tabous, atteints dans leur chair par les commentaires malveillants ou simplement inconscients de leur entourage. « Justement, au cours de l?un de nos exercices, la question s?est posée : « Quand on nous traite de fou qu?est-ce qu?on fait ? »

Apaiser les craintes d?insécurité

La réponse est à trouver en fonction des besoins de chacun, explique Josy St Mart. « Nous cherchons quel comportement a occasionné cette remarque, et comment faire pour sensibiliser les gens à la condition des adhérents. »

Se défaire de ses mauvaises habitudes, ne pas utiliser le chantage affectif pour obtenir immédiatement ce que l?on veut, font partie des nouveaux comportements que l?équipe de Friends in Hope tente d?apprendre à ses adhérents. « Vous savez, ces enfants ont les mêmes soucis que leurs parents. Et les parents se demandent souvent ce qui va arriver à leur enfant quand ils ne seront plus là. »

Apaiser les craintes d?insécurité. Mais aussi apprendre à affronter le regard des autres, font partie des objectifs fixés par Friends in Hope. « Nous finissons à 14 heures 30, mais certains sont pressés de partir avant. Quand on leur demande pourquoi, ils disent que c?est pour ne pas rencontrer les collégiens dans la rue ou dans le bus. Zot pe koz lor moi», raconte Joyce Marie-Jeanne.

Faire face au stress du travail. C?est la nouvelle étape que les adhérents de Friends in Hope s?apprêtent à franchir. Cela consistera à offrir des emplois protégés aux adhérents. En clair, ils seront en situation de travail dans le Charity Shop que l?association ouvrira d?ici le mois d?août. Vente de livres de seconde main, de vêtements de même condition, vente aussi d?objets fabriqués par les adhérents. Conditions contrôlées pour qu?à terme, d?autres adhérents intègrent le monde du travail dit « normal ».

Friends in Hope, un mental de fer

Association existant depuis 1979, elle a été créée par des parents dont des enfants souffraient de troubles mentaux. C?est en 2000 qu?elle a ouvert un centre de réhabilitation à Vacoas. « Quand la maladie se manifeste, c?est comme une bombe. Les parents sont finis, ils ne savent quoi faire », raconte Joyce Marie-Jeanne, trésorière de l?association et membre fondateur de Friends in Hope.

« Quand on est malade, on perd ses amis ». Vers qui se tourner ? C?est là que le réseau de Friends in Hope entre en scène. « Quand il y a une crise, ils peuvent en parler avec d?autres parents qui ont vécu les mêmes situations, qui sauront les écouter et les rassurer. »

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