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29 avril 2006, 00:00

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par Nazim ESOOF

L?administration centrale essuie des critiques sévères du ministre des Finances ces jours-ci. En effet, dans son procès contre le gaspillage, Rama Sithanen ne rate pas une occasion d?évoquer le manque de rigueur et de contrôle dans l?exécution des projets publics. C?est dans cet esprit qu?il a lancé cette semaine les comités d?audit au sein des différents ministères. Les dépenses publiques sont aujourd?hui le faix que le grand argentier porte en bandoulière. Il semblerait que Rama Sithanen en a désormais assez. Et il le dit haut et fort. Ce qui est courageux parce qu?il risque ainsi de s?aliéner une partie de ceux qui ont porté l?Alliance sociale au pouvoir. S?il s?obstine dans cette voie, c?est qu?il réalise qu?il n?y a pas d?autres solutions. Autant donc prendre le taureau par les cornes. Mais il importe toutefois de savoir si ces fameux comités d?audit ne seront pas des simples instances créées pour la galerie, pour bien coller à l?ère de la transparence et «l?accountability». Le doute est légitime et bien réel à voir le sort qui est réservé annuellement au fameux rapport du bureau de l?Audit.

La houle ascendante des dépenses publiques ne cesse d?engourdir les jambes des finances de l?Etat. Pourtant jusqu?ici aucun gouvernement n?a eu le courage d?affronter le problème de front. Il faut faire le crédit à Rama Sithanen qui ne s?embarrasse pas de dire qu?il est «outré de constater que certains projets de développement dépassent largement leurs coûts initiaux». Cela dit, il faut dans le fond se demander quels seront les pouvoirs réels de ces comités d?audit. Seront-ils pro-actifs ou fonctionneront-ils dans la postériorité? Seront-ils des comités qui procéderont après coup à des constats et accoucheront de rapports qui finiront dans des tiroirs ? Ou auront-ils le pouvoir d?intervenir en cours de route pour éviter que certains «projets de développement dépassent largement leurs coûts initiaux»? A vrai dire, le dysfonctionnement n?est-il pas structurel ? Comment peut-on encore aujourd?hui concevoir et planifier des projets dont les coûts (ne) dépassent les prévisions ? Nos techniciens au sein de l?administration centrale seraient-ils de mauvais prévisionnistes?

Il reste aussi à savoir sous quelle autorité ces comités d?audit vont fonctionner. Seraient-ce des bras exécutifs du bureau de l?Audit ou seraient-ils placés sous tutelle ministérielle ? Qui garantira leur indépendance et leur impartialité ? Il est évident que sans l?apport d?un certain nombre de règles propres au monde concurrentiel, ils seront inefficients. Comment faire accepter cela aux puissants commis de l?Etat ?

Ce sont autant de questions auxquelles le ministre des Finances devra apporter des réponses sous peine de voir son initiative assimilée à la longue série de bonnes intentions qui ne servent qu?à apaiser les attentes des réformistes. Face à une fonction publique conservatrice, des syndicats corporatistes et paradoxalement à un gouvernement qui a fait siennes les recettes économiques les plus populistes et l?électoralisme à tous crins, Rama Sithanen a aujourd?hui la lourde tâche de ramener un peu de rationalité au sein de la gestion centrale. Tâche herculéenne et urgente dans une atmosphère générale qui tend de plus en plus à antagoniser les rapports entre le public et le privé.

Il est un fait aujourd?hui que les dépenses publiques doivent passer sous les fourches caudines de l?Etat à défaut de quoi toute velléité de modernisation ne restera que des v?ux pieux. Il ne s?agit pas simplement d?être réformiste pour être à la mode. Il s?agit de mettre à la mode des concepts comme la transparence et l?équité. De bousculer ces habitudes qui évacuent tout processus consacrant les garde-fous et les dynamiques de contrôle. Ce n?est pas une révolution qui est attendue de Sithanen mais de restaurer le B.A.-ba de la gestion publique pour qu?il ne soit pas accusé de perdre du temps à faire du clientélisme intellectuel.

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