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Renvoi définitif des élections municipales

27 avril 2006, 20:00

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Peut-il y avoir, à la fin de 1981, quelque chose d’aussi révoltant que l’indifférence du gouvernement Ramgoolam à l’égard du martyre imposé à ces déracinés de Chagossiens ? Réponse affirmative, hélas ! Il s’agit du renvoi définitif des élections régionales (villageoises et municipales). Le gouvernement Ramgoolam/Duval a déjà sur la conscience l’annulation pure et simple des élections législatives de 1972. Il récidive, depuis avril 1980, en refusant les élections municipales, devant avoir lieu trois ans, au plus tard, après celles d’avril 1977, elles-mêmes mettant fin à un autre accroc dans l’histoire de la démocratie régionale à Maurice. L’on sait qu’à la fin de 1973, Ramgoolam dissout des conseils municipaux, à la suite de l’expulsion de son gouvernement de Gaëtan Duval et des ministres PMSD lui restant fidèles, et les remplace par des commissions administratives.

En avril 1980, le gouvernement Ramgoolam est dans la même incapacité qu’en 1972 et en 1974 de justifier son refus antidémocratique de permettre aux électorats concernés de désigner de nouveaux représentants. Cet exemple déplorable sera pourtant tristement suivi par le gouvernement à l’israélienne MSM-MMM de 2000-2005 pour accumuler un retard impardonnable dans l’organisation d’élections régionales. Cela peut avoir peu d’importance aux yeux des locataires de l’Hôtel du Gouvernement. Pour un démocrate, la date butoir d’élections, même mineures, est, par nature, sacrée. Soit on la respecte coûte que coûte, soit, on la considère une peccadille, comme le font bon nombre de dictatures et autres tyrannies.

Il y a même pire que le renvoi d’élections municipales et le remplacement de conseils municipaux, dûment élus, par des commissions administratives nommées par les puissants du jour. Il s’agit des rôdeurs de boutte, se bousculant au portillon pour obtenir cet os à ronger avant que d’autres opportunistes ne s’emparent, avant eux, de ce morceau, pourtant peu, ragoûtant.

Ce refus définitif d’organiser de nouvelles élections municipales est d’autant plus inquiétant que Ramgoolam rechigne également à donner des indications rassurantes quant à la date des prochaines élections générales devant, pourtant, avoir lieu avant la fin de 1981. A huit mois de cette date butoir, il est encore à déclarer en plein Parlement : “Je ne révèlerai pas la date des prochaines législatives”. Il se garde également de préciser qu’elles auront lieu avant la date butoir prévue par la législation en vigueur. Les craintes d’un nouveau renvoi antidémocratique sont d’autant plus grandes que les risques d’ “ène batté bèf” augmentent de jour en jour pour le gouvernement Ramgoolam tandis que se multiplient les possibilités d’un 60-0, inimaginable, même dans les rangs mauves.

Non seulement le gouvernement Ramgoolam, à la fin d’avril 1981, renvoie définitivement et sans état d’âme les élections municipales dues depuis un an mais le voilà encore qui se met à tripatouiller sans scrupule dans cette poubelle antidémocratique : Port Louis, déjà, passe du contrôle du PMSD à celui du Comité d’Action Musulman, destitution des commissaires nommés de Vacoas-Phoenix et des membres du conseil de districts de Moka-Flacq. Le PTr s’empare, enfin, du contrôle de Vacoas-Phoenix aux dépens du CAM qui détient les leviers de commandes. Pas de changement, en revanche, du côté de Q-Bornes qui reste rouge et de Curepipe et de BBRH, plus bleues que jamais. Il a même fallu un comité “spécial” pour concocter cette purée antidémocratique. Il est composé de Ramgoolam, Ringadoo, Duval, Kher Jagatsingh, Kailash Purryag, Iswardeo Seetaram, Bundhun, Tally, Razack Peeroo et de James Burty David. Pendant une heure, il est question de tout sauf d’organiser de nouvelles élections municipales et de rendre au peuple son pouvoir électoral et souverain.

Les réactions ne se font pas attendre. Une fois de plus, l’UDM de Guy Ollivry est le premier parti politique à condamner énergiquement ce renvoi des élections municipales. Le MMM, le PSM d’Harish Boodhoo, Progrès et Liberté de Coombes et Cie, Bérenger dixit, le Parti Libéral d’Yvon Saint-Guillaume suivent son exemple mais avec 48 heures de retard. Même Ramgoolam est plus rapide qu’eux pour oser déclarer ceci : “Il n’y a rien d’anticonstitutionnel dans le renvoi d’élections”.

Il est vrai que le PTr flirte outrageusement alors avec le régime révolutionnaire et dictatorial libyen. Ramgoolam et ses principaux collaborateurs préparent activement une grandiose cérémonie de jumelage entre les capitales mauriciennes et libyenne. Il annule, pour une des rares fois de sa longue carrière politique, ses engagements antérieurs, pour co-présider, à la mairie de Port-Louis, les préparatifs de ce jumelage, se voulant historique. L’opposition mauve, humant cette même odeur nauséabonde de pétrodollars, se garde, bien sûr, de toute protestation. On multiplie les présidences d’honneur, les co-présidences, les vice-présidences, les sous-comités. A chacun son “boutte”. A défaut de caravane et de chameaux (il n’en manque pourtant pas dans notre arène politique), le gouvernement Ramgoolam promet de mettre à la disposition des camarades libyens deux limousines et ses bungalows à Trou-aux-Biches. C’est qu’on attend le secrétaire du “Tagoula” ainsi qu’une troupe culturelle libyenne qui se produira à la place Ducray à la Plaine-Verte, rebaptisée pour faire plaisir au leader bien-aimé de la Jamahiriya libyenne. Le petit Livre Vert prend place sur certaines tables de chevet. Une certaine presse soutient massivement cette adhésion aux théories libyennes. Un de ses membres les plus éminents s’écriera: “La démocratie parlementaire du type westministérien est de la bibine comparée à la démocratie populaire directe concoctée par le camarade-colonel Mouammar Khadafi”. Les habitants de Lockerbie apprécieront.

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