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Sithanen et la réforme
par Nazim ESOOF
?Le coût de n?entreprendre aucune réforme est bien plus élevé que les inconvénients causés par la réforme. Des décisions courageuses et difficiles s?imposent.? Nos politiques se sont toujours montrés pusillanimes dès lors qu?il est question de réformes en profondeur. Le discours de Rama Sithanen marque, en ce sens, une rupture que nous nous devons de relever. Le ministre des Finances, à l?approche de la présentation du budget, met le doigt sur la plaie.
C?est parce que nous faisons l?économie de toute culture réformiste que nous sommes constamment en déficit de modernité. La gestion des dossiers sucre et textile en témoigne. Nous sommes effectivement en retard de plusieurs guerres économiques. Les Mauriciens en sont conscients. C?est aussi l?une des raisons pour laquelle ils ont fait confiance à une Alliance sociale qui présentait Rama Sithanen comme ministre des Finances.
Technicien des finances quand il le faut, populiste à souhait sur la scène du folklore électoral et sociologue des chiffres à ses heures perdues, Rama Sithanen incarnait un espoir de modernisation rapide de la société mauricienne. Voilà enfin un homme capable de conjuguer rigueurs économiques et responsabilités sociales de l?Etat. Il ne s?agissait pas d?un simple gestionnaire envoyé au pouvoir. Il est beaucoup plus question d?un homme dans lequel les Mauriciens ont voulu voir un virtuose des finances au point de faire abstraction de sa maestria excessivement électoraliste, voire sa propension évidente au sophisme.
Bref, aujourd?hui, alors que le pays est confronté aux pires ennuis, Rama Sithanen et, par extension, le gouvernement, ont tout intérêt à nous engager dans un cycle réformiste à long terme. Mais cela ne semble pas être leur intention. Car le ministre Sithanen enchaîne, dans la même déclaration citée plus haut, sur ces perspectives à court terme où abondent les promesses classiques de prébendes en fin de mandat.
?Plus nous prendrons ces décisions rapidement, plus les bénéfices se matérialiseront rapidement. Vers 2008, soit dans deux ans, nous commencerons à voir les résultats de ces réformes?, déclarait ainsi le grand argentier. Il faut comprendre qu?après les sacrifices de premières années de gestion suivra une période de bacchanales économiques. Faut-il croire à ce génie man?uvrier typique des politiques ? Probablement. Mais nous préférerons ici relever cette persistance de la bêtise qui nous conduit irrévocablement à l?impuissance.
L?immobilité est, en ce sens, notre vertu cardinale. Tout le monde parle d?initiatives. Mais le gouvernement en premier semble être en manque d?imagination. Obnubilé par la vulgate socialisante avec en face une population décervelée par la promesse de démocratisation, il gère aujourd?hui la léthargie dans un marécage de désespoir. Avant que l?impotence ne nous gagne, il faut espérer un sursaut. Le prochain budget est l?occasion rêvée de nous embarquer dans un cycle de réformes.
Le gouvernement de l?Alliance sociale a encore tout à prouver. Dans un peu plus d?un mois, il a son premier véritable rendez-vous avec la nation. Il aura l?opportunité de prouver qu?il est capable de se remettre en orbite après la dérive idéologique et le gâchis causé par une gestion politicienne des affaires. A Rama Sithanen de nous convaincre que ce n?est pas à la veille des prochaines législatives que son gouvernement nous sortira son rosaire de serments d?un avenir meilleur. Déjà, il doit savoir que les choses dues sont de très loin inversement proportionnelles aux choses promises.
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